
Luis Cilia nait en 1943, en Angola, un pays faisant partie de ce qu’on définissait, à l’époque, comme l’Empire colonial portugais.
Il arrive à Lisbonne en 1959 pour y poursuivre ses études et croise le chemin de l’auteur de L’invention de l’amour, le poète cap-verdien Daniel Filipe, qui décédera en 1964 au Cap-Vert, lequel l’encourage à mettre la poésie en musique.
Il composera alors Meu país (Mon pays) et O menino negro não entrou na roda (L’enfant noir n’est pas entré dans la ronde), et ces titres feront, quelques années plus tard, partie de son premier album, sous le label Le Chant du Monde, Portugal-Angola : Chants de lutte, sorti en 1964, l’année où Luis Cilia s’exile en France et obtient le statut de réfugié politique. Il sera le premier chanteur à dénoncer « tout haut » la guerre coloniale menée par la dictature de Salazar, ainsi que la privation de libertés au Portugal.
Pendant son exil, il trouvera un travail à l’Union nationale des étudiants de France, où il fait des photocopies pour le fondateur du journal Libération et vice-président de l’Union nationales des étudiants de France, Serge July et pour le directeur du Festival d’Avignon, Alain Crombecque. Là, il rencontrera des hommes politiques en exil, alors que des poètes et des musiciens deviendront ses amis, en particulier Colette Magny qui le présentera à la maison d’édition Le Chant du Monde, où il enregistrera son premier album.
Conscient qu’il doit se perfectionner, il prendra des cours de composition avec Michel Puig et de guitare avec le guitariste espagnol António Membrado et participera à de nombreux concerts qu’on dit « engagés » où il fera la rencontre de deux autres exilés célèbres du Portugal, le poète Manuel Alegre et les poètes et chanteurs Adriano Correira de Oliveira, José Mário Branco, Sérgio Godinho et José Afonso, qui ont marqué de leur empreinte la chanson portugaise.

Il fera également la rencontre du chanteur Paco Ibañez, de Léo Férré et puis d’un certain Georges Brassens, de qui il interprètera quelques années plus tard, en portugais, La mauvaise réputation. Celui-ci devient d’ailleurs son « parrain » lorsque Luis Cilia s’inscrit à la Société des Auteurs, et dépose ses premières chansons emblématiques comme Exílio (L’Exil), composé sur un texte de Manuel Alegre. Pionner de la « chanson d’intervention », ses albums se vendront clandestinement au Portugal.

En 1966, le réalisateur Christian de Chalonge lui demande de composer la musique du film O Salto, qui évoque le long voyage clandestin des premiers émigrés portugais.
Il participera en 1968 à la pièce Ma déchirure (Claude Chabrol) au Théâtre de la Commune, à Paris, aux côtés de Pierre Arditti et Patrick Deware où il chantera Les immigrés.


Luis Cilia, un artiste à l’œuvre riche et importante dans le patrimoine musical portugais aura la reconnaissance des plus grands, malgré qu’après le 25 avril il ne bénéficiera ni du statut ni de la reconnaissance qu’il aurait mérités. Probablement parce qu’il n’a jamais voulu se rallier à un parti communiste qui l’avait exclus en 1969, parce qu’il avait parmi ses amis des gens d’autres courants politiques. Certes, les excuses sont venues deux ans plus tard, sous caution d’un malentendu, mai, les blessures dès qu’on les ouvre… Il quittera définitivement le parti communiste en 1981.
Puis, après la Révolution des œillets, et lorsqu’il rentre au Portugal dans le même avion que le leader du Parti communiste portugais en exil, Alvaro Cunhal, sa chanson Avante, qu’il avait composé quelques années plus tôt à la demande d’un ami qui cherchait une chanson formatée pour la radio, est devenue l’hymne du Parti communiste et se chante inlassablement dans les rues d’un Portugal libéré.
Luis Cilia, interviewé pour la radio Portugal Livre, dira humblement que l’hymne Avante avait d’abord été une simple chanson avant de devenir un hymne de quoi que ce soit.


De sa discographie de 18 albums je voudrais faire écho du superbe album O peso sa Sombre (Le poids de l’ombre), paru en 1980, dédié à la poésie d’Eugenio de Andrade et à sa magnifique trilogie La poésie portugaise de nos jours et de toujours, datant de 1967, 1969 et 1971, où il a interprété les plus grands poètes portugais comme José Saramago, Luis de Camões, Almeida Garrett, Fernando Pessoa, Guerra Junqueiro, Miguel Torga, Manuel Alegre, David Mourão Ferreira, etc.
Le long play sorti en 1969 est un « collector » introuvable du fait qu’à l’intérieur, on trouve une peinture de l’artiste Helena Vieira da Silva dédiée à Luis Cilia.

Le bleu, tout en vous souhaitant une bonne écoute, vous propose la version portugaise de La mauvaise réputation, A má reputação.


Vous pouvez lire plus dans http://www.luiscilia.com. Si vous voulez parler avec luis cilia fait un mail pour moi que je lui reenvoi.
merci, (excusez de mon français)
bonjour, je suis un ami de Luis, dans les années 70 … Si vos avez un contact … Merci !
Très intéressant comme d’habitude
Merci
Encore une fois un billet exceptionnel ! j’ai tout appris là , des chanteurs, des poètes, des résistants aux fascisme de l’époque qui est en train de revenir partout en Europe
ça fait du bien de lire des hommages comme celui là
Cette simple introduction de Luis Cilia, sur scène avec sa guitare, et si jeune, est émouvante. Quelle lucidité et ses propos sur la pauvreté sont éloignés d’une approche misérabiliste. Bel hommage à ce grand poète et interprète portugais.