Archive pour mars 2011

Sur une toile de Vittorio Matteo Corcos

Jeudi 31 mars 2011

Ce texte a été écrit par Armando Ribeiro, et a été publié, une première fois, dans le jardin de Lali, dans “En vos mots”, le 8 mai 2010, où vous pouvez trouver d’autres textes qui vous donneront chacun leur regard sur des toiles.

Qui sont-ils? Quels sont ces livres qui sont là et qu’elle ne lit pas? Cela fait-il longtemps qu’il parcourt le journal page après page? Lui arrive-t-il de lire certains articles à haute voix? Voilà autant de questions auxquelles vous pouvez répondre en examinant la toile de l’artiste italien Vittorio Matteo Corcos, ce qui ne vous empêche nullement de prendre d’autres chemins ou d’utiliser la prose ou la poésie pour faire vivre celle-ci à votre manière.

La toile est donc à vous pour sept jours. Le temps que chacun de ceux qui se sentiront inspirés puissent déposer quelques lignes ou plusieurs paragraphes. Afin qu’elle puisse avoir une vie propre en vos mots. Une vie dont nous saurons des bribes grâce à ceux-ci au moment de la validation de tous les commentaires reçus dimanche prochain.

Depuis quelque temps, j’avais pris l’habitude de passer mes après-midi auprès de Susanne. On s’était connus chez Ester, une connaissance commune, lors d’un de ses diners citadins et ennuyeux où tout le monde cherche à impressionner tout le monde.

Susanne, un peu à l’écart, a tout de suite attiré mon regard. Elle semblait beaucoup plus intéressée par une coupure de presse parlant de la sortie des livres du mois que par la soirée un peu bruyante et embellie par des sourires de circonstance indispensables dans des soirées de ce genre.

-Puis-je vous conseiller L’avenir suspendu de John Peter?…

Susanne a poursuivi sa lecture, comme si elle avait ignoré ma question. J’ai insisté :

-Puis-je vous conseiller…
-J’ai entendu. Je ne suis pas sourde, m’a-t-elle répondu sans lever les yeux de sa coupure de presse.

Je l’ai regardée fixement quelques instants avant de tourner le dos.

-Et pourquoi je devrais vous écouter?… Vous connaissez quelque chose en livres ou est-ce simplement pour faire la conversation?…
-C’était juste pour faire la conversation. Rien d’autre.
-Sachez que John Peter est mon romancier préféré et croyez-le ou non, je lisais justement la critique de son dernier livre et je ne suis pas d’accord du tout… Vous l’avez lue?…
-Pas vraiment… Vous savez, John Peter, ce n’est qu’un pseudonyme…
-Et alors, vous avez quelque chose contre les pseudonymes?… Cela vous dérange de ne pas savoir son vrai nom?… Et puis, qu’est-ce que cela change?… On juge ce qu’il écrit, pas qui il est… Et c’est mieux ainsi. Au moins on peut lire ses livres sans à priori. On ne sait rien de lui qu’un pseudonyme et c’est tant mieux. Je ne veux rien savoir.

Je lui ai souri. Je ne pouvais faire que cela.

-Je ne vous dirai rien de moi alors.
-Je ne demande rien non plus. Et je ne vous dirai rien de moi non plus, m’a dit Susanne.

Voilà comment nous nous sommes retrouvés condamnés à nous voir régulièrement, sans autre promesse que celle de parler de nos lectures et rien d’autre.

Susanne ne savait rien d’autre de moi que mes opinions littéraires qui semblaient lui plaire. Nous parlions de livres sans jamais nous laisser détourner par tout autre sujet frivole, même si au long des mois nous étions devenus une habitude l’un pour l’autre. D’elle je ne savais pas grand-chose non plus. Qu’elle aimait boire le café froid et qu’elle avait une insatiable passion pour la lecture et les longs passages des livres de «son» John Peter qu’elle aimait me lire à voix haute sans s’épuiser.

J’avoue que je l’écoutais fasciné.

Une fois, je lui ai dit que John Peter serait fier et très heureux de la vie et de l’enthousiasme qu’elle donnait à ses écrits.

-Vous n’êtes qu’un flatteur… Vous ne savez rien du tout, m’a-t-elle lancé en retour.

Je me souviens que j’ai rougi. Je me souviens qu’elle a éclaté de rire. Ça avait été le plus bel éclat de rire que j’avais entendu de toute mon existence.

Cet après-midi-là, elle m’avait lu un long passage de L’avenir suspendu. De John Peter, évidemment. Puis elle a reposé son livre et, comme à son habitude, a laissé son regard rêvasser dans un long silence.

Timidement je lui ai dit que le lendemain, au Club Littéraire de la Plume Bleue, John Peter allait présenter son prochain et dernier livre. Le journal disait qu’il était amoureux et qu’il avait décidé d’abandonner son pseudonyme pour celle qu’il aime.

-Vous y serez ?…

Elle a esquissé un sourire triste.

Je voudrais tellement l’entendre dire oui. Il est temps qu’on se rencontre…

Un après-midi à Barcelone

Jeudi 31 mars 2011

Je vous invite à voir
la photo du jour de
nuages de photos

A Severa

Mercredi 30 mars 2011

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De celle dont on prétend qu’elle a été la première chanteuse de fado, la seule chose dont nous sommes tous certains, est qu’il existe un certificat de décès émis au nom de Maria Severa Onofriana, connue sous le nom d’A Severa… Pour le reste, son existence, à se demander si elle a  réellement existé, réellement, est aussi trouble que les chemins qui mènent aux premiers pas du Fado

Pour les uns, elle serait née dans le quartier de la Mouraria alors que pour d’autres dans le quartier de la Madragoa, aux alentours de 1820. Sa vie de prostituée aurait tangué à la faveur de passions et d’aventures amoureuses avec des bourgeois, artistes, hommes politiques et aristocrates et, dit-on, du fado qu’elle savait chanter comme personne.

Elle aurait vécu une grande histoire d’amour illicite avec D. Francisco de Paula de Portugal e Castro, comte du Vimioso, qui l’aurait délaissée quelque temps plus tard, pour une gitane.

On raconte qu’elle a promené sa beauté rare dans un quartier de mauvaise réputation fréquenté par des voleurs, bagarreurs, ivrognes et quelques marins portugais et anglais, qui venaient se payer les faveurs des prostitués et se saouler en écoutant, cigarette au coin des lèvres, chanter le fado.

A Severa, la grande pionnière du fado, serait morte de tuberculeuse à 26 ans, fin novembre 1846 et aurait été mise en terre dans une fosse commune.

Je sais, l’image est belle comme un cliché de la vieille Lisbonne et est celle que les Portugais tiennent comme véritable.

Cependant, il faut savoir que certaines voix prétendent que le mythe de la Severa serait né de l’imagination de l’écrivain Julio Dantas, dans le roman du même nom, paru en 1901, qu’il adapte au théâtre, dans une pièce en quatre actes.

Ce mythe se verrait renforcé dans les racines populaires par l’adaptation, sous la main d’André Brun, avec musique de Filipe Duarte, en opérette du roman de Julio Dantas en 1909. En 1931, le réalisateur Leitão de Barros obtient, quant à lui, un immense succès avec une adaptation pour le cinéma d’A Severa. Le premier film sonore réalisé au Portugal.

D’ailleurs, d’autres voix prétendent que, dans la mesure où le fado n’est apparu qu’en 1840 dans les rues de Lisbonne et qu’A Severa étant morte en 1846, elle n’aurait vécu que 6 ans après l’apparition du fado et donc, qu’elle ne pourrait être qu’un mythe populaire.

Toujours est-il qu’un des plus anciens fados dont la mémoire se souvienne a été écrit en 1848 par un certain Sousa do Casacão et s’intitule O fado da Severa (Le fado de la Severa).

Mythe ou réalité? Il est certain que le nom de Maria Severa fait partie indélébile du panthéon du fado et que son nom a fait et fera encore couler beaucoup d’encre…

Un sourire rose

Mercredi 30 mars 2011

Je vous invite à voir
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Miscellaneaous ou la Boîte à Petites Choses

Mardi 29 mars 2011

[Logo sur une image de Pierre Zanzucchi]

Je pourrais, sans grande difficulté, vous énumérer une bonne poignée de raisons de pourquoi je déteste l’esprit forum ou encore celui de certains blogs qui, ici et là, s’éparpillent partout dans un nuage de médiocrité toxique qui se mesure au nombre de commentaires. Je pourrais. Sauf que je n’ai plus envie de me noyer dans cela. Puis, entre nous, faut avouer qu’on parle bien trop souvent de ceux-là.

Aujourd’hui il me vient plutôt l’envie de vous dire quelques mots sur une poignée de textes écrits par Patricia Grange (Jardin de Mariposa), auxquels se sont venus s’ajouter, en écho, des haïkus de Claire-Lise Coux (Encres du monde, Poèmes sur les toits et Nodoka) et des illustrations d’Isis G. (Le monde d’Isis G. )

Évidemment que je ne vous offrirai pas la  »goujardise«   de m’étendre dans un exercice analytique stérile concernant la qualité du contenu qui, au passage disons-le, est de très bonne facture et d’une plaisante élégance artistique.
Miscellaneous ou la Boîte à Petites Choses (autoédition Mariposa, Mars 2011), renferme en elle, à mon humble avis, une des plus nobles utilisations de la toile. Le partage. Un partage né de rencontres virtuelles.
Des échanges qui deviennent des enrichissements au delà des frontières imposées par l’espace et par le temps, comme si chacune d’entre elles n’était pas plus qu’un petit bras de rivière qui coule vers cette joie de la rencontre universelle qui donne vie aux rêves les plus intimes.

Il nous est aisé de parler de choses et d’autres. Aujourd’hui j’avais juste envie de vous parler d’autre chose.