Sur une illustration de Wayne Anderson

24 mai 2015

À l’heure où je viens de valider les commentaires que vous avez déposés sur la toile de dimanche dernier, vient de s’installer pour sept jours au pays de Lali le lecteur imaginé par l’illustrateur britannique Wayne Anderson.

À vous maintenant de leur faire vivre, de lui donner un prénom ou pas, de lui créer un univers ou de vous glisser dans sa peau. À vous de nous le raconter en vos mots comme vous le faites chacune semaine depuis presque sept ans. C’est avec plaisir que nous vous lirons dimanche prochain.

D’ici là, que l’inspiration vous accompagne!

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Il partageait la plupart de ses journées entre des promenades solitaires et de longues heures de lecture non moins solitaires. Parfois grand-mère venait le rejoindre dans son bureau. Ils restaient tous les deux silencieux. Lui, perdu dans ses livres. Elle, brodant des mouchoirs où elle finissait par sécher ses larmes.

Grand-père portait en lui cette façon si étrange de poser sur vous un regard capable de vous faire taire. Et pourtant, son regard n’était jamais âpre. Ni violent. Juste intense. Grave. Parfois doux et rieur. Si souvent éperdu. Au bord des larmes.

Son regard m’interpellait. Son silence me fascinait.

Pendant longtemps je l’ai cru incapable de dire des mots. Puis, un jour, je l’ai entendu lire, d’une voix affectueuse, un poème à ma grand-mère qui, le visage tendrement illuminé, comme dans un tableau de Vermeer, savourait chacun de ses mots. C’était beau. C’était tendre. C’était intime.

Aujourd’hui encore, je garde au fond de mon cœur le souvenir de cet instant, comme un de ces moments de grâce qui ont façonné mon enfance.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 9 février 2014.

Sur une toile de Balthus

17 mai 2015

Alors que je validais les commentaires déposés sur la toile de dimanche dernier, la lectrice peinte par Balthus prenait ses aises. Aussi bien, puisqu’elle va passer la semaine ici à attendre vos vers et vos histoires.

C’est en effet dans sept jours seulement que je validerai vos mots.

D’ici là, bonne semaine et bon dimanche à tous!

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Sa chaise est désormais vide.

Eh oui. Il fallait s’y attendre. Un jour ou l’autre. Au bout de plus de trente ans de service. L’heure de la pension guette. Puis elle arrive, comme un couperet, qui tranche la folle et inexorable course du temps de nos existences.

Celles qui nous avons vécues. Et desquelles il ne nous restera que le sépia des souvenirs égarés dans quelques photos de sourires figés pour toujours.

Et puis, de l’autre côté l’inconnu. Toutes ces vies qu’il nous restera encore à vivre. Esquisses dans nos rêves.

Nous restera-t-il des regrets?… Des blessures. Un goût amer de toutes ces choses que nous aurions voulu faire autrement. Sans doute. Même sans l’avouer. Par pudeur. Ou rien de tout cela?

Quelle importance?… Puisque rien de ce qui a été ne peut plus être.

Désormais il n’y aura plus que demain. Des nouvelles vies qui s’éveillent à l’aube de chaque jour. Des pages blanches et vierges à écrire en prenant le temps d’exister. Pour ceux qui comptent. Qui nous illuminent le cœur de leur sourire. Pour le bonheur de voir naitre le printemps et s’éveiller un nouvel automne. Savourer Bach. Lire un livre, en écoutant l’incessant déferlement des vagues.

Apprendre à savourer, avec parcimonie, la nonchalance de nos silences rêveurs, cachés dans les rayons de lumière qui transpercent les vitres sales de nos fenêtres qu’il faudra se décider à laver un jour ou l’autre.

Quand le temps nous laissera un peu de temps…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 2 février 2014.

Sur une toile de Catrin Welz-Stein

10 mai 2015

J’aime beaucoup le travail de l’artiste Catrin Welz-Stein. Si bien que voilà un moment que j’ai envie d’offrir à vos mots une des scènes empreintes de magie et de poésie dont elle a le secret.

C’est aujourd’hui le jour! Puisse cette scène livresque vous plaire et vous inspirer des poèmes, des nouvelles ou même juste une phrase. Il n’y a pas de règles au pays de Lali. Sinon celle de se faire plaisir en écrivant à partir d’une image.

À dimanche prochain pour la suite, au moment de la validation des commentaires.

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Des mots. Elle ne se rappelait plus que les mots murmurés par des amants de passage.
Des Brando d’une nuit et quelques Redford prétentieux, fatigués avant le printemps de leur âge.

Des mots. Elle n’avait que la musique des mots qui caressait son corps meurtri. Fatigué par le temps et par les hommes venus retrouver la virilité qu’ils n’avaient plus chez eux. Avant de disparaître, anonymes dans la nuit. Sans se retourner.

Des mots. Elle n’avait que cela pour tout souvenir. Pour tout silence.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 26 janvier 2014.

Sur unr toile de Chad Gowey

3 mai 2015

Les dimanches se suivent et ne se ressemblent pas au pays de Lali. D’abord, parce que chacun d’eux est thématique; ensuite, parce que la toiles qui est accrochée à votre intention afin que vous les racontiez en vos mots a — autant que possible — peu à voir avec celle de la semaine précédente.

C’est le cas de la scène du jour imaginée par Chad Gowey que je confie à votre imagination.

Comme le veut l’habitude, nous vous lirons dimanche prochain et pas avant, au moment de la validation de vos textes et du nouvel accrochage.

D’ici là, bon dimanche à tous!

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J’ai toujours été persuadé que le cœur ressemble à une plage où on se promène souvent et où vient s’échouer tout ce que la mémoire a gardé des années perdues à jamais.

Il ne nous reste que de bribes de mémoire décolorées par les décennies. Le chant de nos rires. Le parfum de nos chagrins. Une promenade, à l’aube, sur le sable encore lisse, à attendre que le se soleil fasse tanguer, pour quelques instants, des reflets d’or sur l’eau de la mer. Et s’émerveiller. Un peu. Vivre, ce n’est que des frissons éphémères.

J’ai toujours été persuadé que rien ne dure jamais vraiment. Et qu’un jour ou l’autre, tout s’effacerait. Comme si un jour on se réveillait et qu’il n’y avait plus que le printemps. Oubliées les écorchures de l’enfance. Ces heures perdues à attendre ces mains qui ne sont jamais venues sécher mes larmes. Et toutes ces choses sans mots qu’on ne peut pleurer qu’en silence, de peur de sombrer dans l’abime de l’indifférence.

J’ai toujours été persuadé qu’avec le temps qui passe il ne nous reste rien. Et pourtant, seules les années s’en vont.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 19 janvier 2014.

Sur une illustration de João Vaz de Carvalho

26 avril 2015

Vous avez toujours eu envie d’écrire quelque chose sur Fernando Pessoa ou d’inventer une histoire dont il serait le héros? L’illustration du Lisboète João Vaz de Carvalho devrait constituer le prétexte idéal pour le faire.

Et comme le veut l’habitude, vous avez une semaine devant vous avant la validation des textes.

Bonne semaine à tous et en espérant que Pessoa vous inspirera!

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Perdu dans la grisaille des jours qui passent, j’avais presque oublié le parfum frais des couleurs chaudes et intimes qui caressent Lisbonne dès les premières lueurs de l’aube, et le chant des tramways matinaux qui déchirent le silence, comme une plainte adressée au jour qui s’annonce.

Je ferme les yeux. Avant le voyage. L’odeur accueillante du café chaud. La gourmandise pour les boules de Berlin et l’irrésistible mille-feuilles qu’on savoure religieusement jusqu’au cœur de chaque miette. Dans la rue, livreurs de journaux, fleuristes, cireurs de chaussures et autres commerçants s’activent. C’est encore tôt pour les joueurs de musique et autres jongleurs. J’entends les bruits de pas pressés qui traversent la place du Commerce. Je crois que la dame aux seins fermes et charnus lit dans mes pensées. Elle me sourit. Malicieuse. Le Martinho da Arcada où l’écrivain venait s’attarder si souvent est encore fermé.

Je m’arrête. J’entends le murmure de l’eau. Je respire le Tage. Le ballet des mouettes. Le Christ-Roi qui m’ouvre les bras. Et la voix de Pessoa qui murmure à mon cœur : Le Tage est plus beau que la rivière qui traverse mon village.

J’y suis. Oh oui, oui, je vous assure que j’y suis. Bien sûr que j’y suis. Comme si je n’étais jamais parti.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 12 janvier 2014.