Sur une illustration de João Vaz de Carvalho

26 avril 2015

Vous avez toujours eu envie d’écrire quelque chose sur Fernando Pessoa ou d’inventer une histoire dont il serait le héros? L’illustration du Lisboète João Vaz de Carvalho devrait constituer le prétexte idéal pour le faire.

Et comme le veut l’habitude, vous avez une semaine devant vous avant la validation des textes.

Bonne semaine à tous et en espérant que Pessoa vous inspirera!

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Perdu dans la grisaille des jours qui passent, j’avais presque oublié le parfum frais des couleurs chaudes et intimes qui caressent Lisbonne dès les premières lueurs de l’aube, et le chant des tramways matinaux qui déchirent le silence, comme une plainte adressée au jour qui s’annonce.

Je ferme les yeux. Avant le voyage. L’odeur accueillante du café chaud. La gourmandise pour les boules de Berlin et l’irrésistible mille-feuilles qu’on savoure religieusement jusqu’au cœur de chaque miette. Dans la rue, livreurs de journaux, fleuristes, cireurs de chaussures et autres commerçants s’activent. C’est encore tôt pour les joueurs de musique et autres jongleurs. J’entends les bruits de pas pressés qui traversent la place du Commerce. Je crois que la dame aux seins fermes et charnus lit dans mes pensées. Elle me sourit. Malicieuse. Le Martinho da Arcada où l’écrivain venait s’attarder si souvent est encore fermé.

Je m’arrête. J’entends le murmure de l’eau. Je respire le Tage. Le ballet des mouettes. Le Christ-Roi qui m’ouvre les bras. Et la voix de Pessoa qui murmure à mon cœur : Le Tage est plus beau que la rivière qui traverse mon village.

J’y suis. Oh oui, oui, je vous assure que j’y suis. Bien sûr que j’y suis. Comme si je n’étais jamais parti.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 12 janvier 2014.

Sur une toile de Giuseppe Cacciapuoti

19 avril 2015

Le jour de Noël est maintenant chose du passé. Et grâce à vos textes qui viennent tout juste d’être validés, nous savons ce que contenait la liste du père Noël. Textes que je vous invite d’ailleurs à lire alors qu’est déjà bien entamé le dernier dimanche de l’année.

Et pour finir l’année en beauté, je vous propose d’animer en vos mots cette jolie scène peinte par l’artiste italien Giuseppe Cacciapuoti, où l’amour de la lecture est mis en évidence.

Nous vous lirons l’an prochain avec grand plaisir. D’ici là, bon dimanche, bon réveillon de la Saint-Sylvestre et bon jour de l’An à chacun d’entre vous.

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Mon défunt beau-père avait une conception de la famille qui m’a toujours échappé. Veuf, il avait épousé ma mère, plus par nécessité que par amour. Il est vrai que, pour ma mère, mère célibataire, ce mariage avait été une chance. Comme elle disait.

Entre lui et moi le dialogue n’a jamais été ni aisé ni fructueux. Quelques mots. Pas plus. Jamais aucun sujet digne d’intérêt.

De leur union de raison était née Clara. Une fille discrète, que je protégeais plus que de raison, comme un grand frère attentionné, fort de notre quinzaine d’années d’écart.

Cette année-là, et malgré le désaccord de mon grincheux de beau-père, j’avais décidé d’offrir pour ses cinq ans son premier sapin de Noël à Clara. J’avais déposé, de la part dupPère Noël en personne, au pied du sapin La véritable histoire de Santa Claus que j’avais eu la précaution de dédicacer : Pour Clara avec toute mon affection. Père Noël.

Et même les mots aigris de mon beau-père, prétendant que le père Noël n’existait pas et que je ne devrais pas raconter de sottises à la petite n’ont pas eu raison de son émerveillement et de sa certitude que le père Noël existe.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 5 janvier 2014.

Sur une illustration de Julian De Narvaez

12 avril 2015

Le père Noël sera-t-il prêt pour la nuit de Noël? A-t-il trouvé tous les articles qui composent sa longue liste? À vous de nous raconter en vos mots ce que vous inspire cette scène de saison imaginée par l’illustrateur colombien Julian De Narvaez.

C’est avec plaisir que nous lirons vos textes dans une semaine. Pour l’heure, il est temps de lire ceux que vous avez déposés sur la toile de dimanche dernier. D’heureuses surprises vous attendent, je n’en dis pas plus!

Bon dimanche et bonnes vacances de Noël à ceux qui en ont!

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Il avait l’air si embarrassé le vieux père Noël que cela finissait par être amusant. Il reprenait sa longue liste, pour la troisième fois, tout en me demandant d’épeler clairement mon nom. Ce que je faisais avec conviction.

Au bout d’un moment, il finit par m’avouer, non sans un zeste de honte, que je ne faisais pas partie de sa longue liste. Et donc, pas de cadeau.

« Tout comme l’année dernière et celle d’avant, ai-je répondu. Pourtant, cette fois-ci, en écrivant à l’adresse que vous m’avez indiquée l’année dernière. »

Il me regardait d’un air dubitatif. Puis, d’un ton désinvolte, il m’a demandé de lui dire à quelle adresse j’avais envoyé ma lettre.

– Père Noël, Pôle Nord, H0H 0H0, Canada, lui ai-je répondu promptement.

– L’adresse est correcte. Effectivement. As-tu mis un timbre?

– Pardon?… Il faut mettre un timbre sur cette fichue lettre?… Ça alors… On se moque du monde. Vraiment. Et dire qu’il y en a qui croient encore en vous.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 27 décembre 2013.

Sur une toile d’Anna Airy

5 avril 2015

Pour la lectrice de l’artiste britannique Anna Airy, c’est bientôt l’heure du départ.

Pour les lecteurs du pays de Lali, c’est l’heure de l’accrochage d’une nouvelle toile, comme c’est le cas dimanche après dimanche depuis avril 2006. Une façon pour chacun de ceux qui ont envie de se prêter au jeu et de laisser parler son inspiration en déposant ses mots afin que la toile ne soit plus figée mais porteuse de toutes les histoires qu’elle aura inspirées.

Puisse cette petite scène livresque inspirer envosmotistes aguerris ou de passage. Tous sont les bienvenus!

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Comme d’habitude, je me suis assis face à la fenêtre et j’ai noyé mon regard dans l’inépuisable lourdeur du gris du ciel.

À la radio, Winter Wonderland dans la voix de Dean Martin berçait mes pensés. Une voix de femme mûre est venue annoncer l’arrivée prochaine de la neige. Pour la nuit de noël. Probablement.

Ce serait bien un Noël blanc. Moi qui ai tant vanté la quiétude blanche de mon existence solitaire à Sarah. C’est elle qui a décidé de quitter la grande ville pour venir passer quelques jours avec moi, dans ce coin du monde où seules les âmes perdues et sans histoire viennent se réfugier.

J’avais quatre ans. Elle avait presque deux ans de moins. À la mort de nos parents, c’était à moi de la protéger. Et je n’ai pas su veiller sur elle. J’étais si petit. Et puis nous avons été séparés dans des familles qui n’ont pas voulu de l’autre, jusqu’à perdre la trace de nos vies.

Cela peut paraître étrange, mais nous nous sommes retrouvés sur Internet. Au bout de nos recherches, acharnées et persistantes. Quelquefois obsédantes. Jusqu’à l’aube. Comme si au fond de nous il y avait cette inébranlable conviction qu’un jour nous allions nous retrouver et renouer à jamais le fil coupé de nos enfances.

Et je sais que ce sera un merveilleux Noël.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 22 décembre 2013.

Sur une illustration de Jiri Slava

29 mars 2015

Alors que je viens tout juste de valider les textes que vous avez déposés sur l’illustration de dimanche dernier, que je vous invite d’ailleurs à lire, j’ai en même temps choisi pour ce dimanche une illustration signée Jiri Slava qui attend vos mots pour prendre son envol et nous emporter là où nous ne pensions peut-être jamais aller.

Vous avez, comme le veut l’habitude, une semaine devant vous pour écrire quelques vers ou une nouvelle, une seule phrase ou plusieurs paragraphes, les textes n’étant pas validés avant dimanche prochain.

D’ici là, bonne semaine et bon dimanche à tous!

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Le chaos. Voilà ce qui m’attendait ce matin de décembre quelques jours avant les vacances de Noël. Monsieur Corneille observait avec un air amusé le désordre des bouquins dans l’étagère dédiée au thème baptisé « chaos ». Il y avait, au milieu de ces tas de bouquins, Les principes de base de l’organisation des sociétés modernes. Un best-seller duquel il était un des fiers auteurs puisque quelques-uns de ses textes en faisaient partie.

Le chaos. Il m’est venu que le chaos, après tout, n’est qu’un principe méconnu de l’ordre. Alors que Monsieur Corneille citait, sourire aux lèvres, le poète Nicolas Boileau : « un beau désordre est un effet de l’art. »

Il avait donc fait tout cela pour illustrer l’exercice philosophique d’avant Noël. « Est-ce que le chaos est un principe méconnu de l’ordre ou est-ce que le désordre est un effet de l’art? »… Vous avez deux heures!…

Sacré Monsieur Corneille!… Deux heures?…

Le philosophe chinois Tchouang-Tseu avait drôlement raison : « Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde… »

Je n’en ai aucun doute.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 15 décembre 2013.