Sur une toile de Vian

14 décembre 2014

Nombreux seront sûrement ceux qui retrouveront un morceau de leur enfance en entrant dans cette toile peinte par Vian devant laquelle je n’ai pu que sourire en revoyant ma couverture rose et ma lampe de poche rouge. Et mes huit ans, mes dix ans, mes douze ans.

Puisse-t-elle vous donner le goût d’écrire, de nous raconter en vos mots un peu de vous ou d’imaginer une histoire à notre intention.

Comme le veut l’habitude, les commentaires seront validés dans une semaine et pas avant.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine! 

 

VIAN-1

 

Il est si rare que je me réveille la nuit. Pourtant, cette nuit-là, la soif avait eu raison de mon sommeil.

Pieds nus, je me suis dirigé vers la cuisine.

Dans le noir, j’ai remarqué un faible fil de lumière passant sous la porte de Laura. Putain, la pleine lune. Surement. Et j’avais encore oublié de tirer les rideaux.

C’est dans la cuisine, en regardant par la fenêtre pour la deuxième fois, que je me suis rendu compte qu’il n’y avait de pleine lune. Zut!… Laura avait encore désobéi. Cette fois-ci, c’était la fois de trop. Je l’avais bien prévenue pourtant…

J’ai doucement entrouvert la porte de sa chambre pour ne pas gâcher mon effet de surprise.

Laura lisait à la lumière de la torche que Papi Leonard lui avait offerte. Pour qu’elle puisse s’en servir dans les moments importants. Je me suis attardé un instant. Je n’ai pas voulu la déranger. Elle avait l’air si heureuse. Avec son fidèle doudou. Horace. L’ami silencieux de ses confidences.

« Ah!… quand je raconterai tout ça à Papi, il ne va jamais me croire », l’ai-je entendu murmurer.

J’ai renfermé la porte doucement. Il y a des interdits qu’il ne faut pas déranger.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 18 aout 2013.

Sur une toile de Paul Chabas

7 décembre 2014

Qui dit dimanche dit En vos mots au pays de Lali, et ce, depuis plus de six ans. L’occasion pour tous ceux qui ont envie d’écrire à partir d’une toile de le faire, sans savoir ce que les autres ont écrit, car aucun commentaire ne sera validé avant sept jours.

Vous avez donc toute la semaine pour examiner la toile de Paul Chabas afin de la faire vivre.

Bienvenue à tous, envosmotistes aguerris comme ceux qui font l’expérience pour la première fois. Nous vous lirons avec plaisir.

 

CHABAS-Paul

 

La mer danse pendant mon sommeil
L’absence a des peurs que la nuit réveille
Pourquoi je t’aime mon si tendre amour
Entre le peur du départ et l’espoir du retour

Couleurs d’ombres, étranges chagrins
L’attente s’habille de froids matins
Depuis trente jours rien à l’horizon
Les larmes de la mer portent mon prénom
Et si un jour tu reviens te blottir contre moi
Je pleurerai encore mais de bonheur et de joie
Et je te prierai de nouveau mille fois
De me serrer très fort entre tes bras.

Je te rêve autrement heureux dans mon lit
Épuisé des tendresses et paisiblement endormi
Et je t’imagine au loin priant des dieux sans pitié
Regardant vers la terre où notre ultime baiser…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 25 aout 2013.

Sur une illustration de Katy Betz

30 novembre 2014

Dès que je suis tombée sur cette illustration signée Katy Betz, j’ai su qu’elle était pour vous, pour vos mots. Je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais je sais que ça a été une évidence.

L’illustration vous appartient donc. À vous de lui prêter vos mots afin qu’elle puisse prendre vie.

C’est avec plaisir que nous vous lirons dimanche prochain. En effet, aucun commentaire ne sera validé avant le prochain accrochage.

D’ici là, bonne semaine à tous!

BETZ-Katy

Il me vient ces heures éparses où j’errais dans la lenteur épaisse de mon ennui.

Un jour où une oreille attentive s’était attardée pour m’offrir quelques moments d’écoute, j’ai enfin pu donner voix à mes gémissements. Mon ennui. Ma solitude. Ma détresse.

Que faire d’une vie sans parents. Sans amis. Sans rien. Je me levais seul. Je me promenais seul. Je m’endormais seul. L’inépuisable ennui.

Après m’avoir écouté, mon bon vieux professeur m’a souri. Il m’a caressé la joue et avec des mots rassurants, il m’a dit : Je te comprends. J’ai ce qu’il te faut!…

Le lendemain, il m’a apporté un petit livre. La case de l’oncle Tom.

Depuis lors, il y a comme des mots qui résonnent dans ma tête. Des aventuriers intrépides qui viennent m’inviter à partir en voyage. Des bateaux qui s’en vont dans des mondes où personne ne s’est jamais aventuré. Il y a même des jours où les poètes me racontent leurs amours interdites et inassouvies.

Parfois, je me dis que j’aimerais être seul. Le temps que je me repose un peu. Juste un peu…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 18 aout 2013.

Sur une illustration d’Emily Gravett

23 novembre 2014

Et si cette semaine nous allions faire un tour dans une bibliothèque? C’est l’illustratrice Emily Gravett qui vous y invite afin que vous puissiez une fois de plus nous inventer une histoire, nous dire en vos mots ce que la scène évoque pour vous, le temps d’une nouvelle, d’un poème ou d’une phrase.

Les commentaires seront validés dans sept jours, comme le veut l’habitude. D’ici là, bonne semaine et bonne lecture. Les textes inspirés par la toile de la semaine dernière vous attendent.

GRAVETT-Emily

Le mois d’aout avait apporté avec lui la pluie promise depuis quelques jours. Cela semblait convenir à merveille aux quelques étudiants qui préparaient les examens de septembre et qui avaient pris l’habitude de venir bruler leurs après-midi à la bibliothèque.

En règle générale, ils étaient silencieux et studieux. Même si ici ou là, éclataient, comme un tonnerre, quelques fous rires, rapidement estompés par le regard exaspéré de Paula, la responsable des lieux. Une dame austère qui ne connaissait que l’ordre, la rigueur.

La porte d’entrée s’est fermée avec tant de fracas qu’elle a fait naitre le silence. Nos regards se sont tournés, silencieux, vers cet homme, sale et pauvrement vêtu, portant dans chacune de ses mains un sac poubelle rempli de babioles. Un SDF qui a voulu se réfugier à l’intérieur quelques instants. Surement.

- Puis-je vous aider?…
Le ton percutant et froid de la voix de Paula était à peine poli.

- Je voudrais consulter un livre, lui a répondu l’homme avec une voix tellement effacée que son souffle n’arriverait pas à faire vaciller la lumière d’une bougie.
- Vous être inscrit dans notre bibliothèque? lui a demandé Paula, d’un ton inquisiteur. Presque menaçant.
- C’est que… Je voudrais juste pouvoir lire quelques pages du livre Les apparences de Gillian Flynn…
- Vous êtes fou? Lire quelques pages…. Mais regardez-vous… Vous faites pitié à voir… M’enfin…

Et l’homme a recommencé, avec sa voix effacé : « Vous savez… j’ai trouvé le livre dans une poubelle et je l’ai lu, mais il manque de la page 263 à la page 268. Regardez, je l’ai noté…
- Mon Dieu! a soupiré Paula avec exaspération. Sortez Monsieur, ne faites pas de scandale.

Un court silence. Puis le bruit grave et violent d’une chaise sur le parquet. Une jeune fille s’est levée et ses hauts talons ont résonné dans toute la bibliothèque. Le bruit de ses pas s’est promené entre quelques rayons et puis s’est arrêté net. Puis, de nouveau le bruit de ses talons dans le creux de nos silences. La jeune fille s’est arrêtée à un mètre du mendiant. Tournant le dos à Paula. Puis elle a souri.
- Page 263, vous avez dit?…
- Oui… jusqu’à la page 268. Pouvez-vous me les lire?…

Et une voix douce et sucrée a rempli le silence inutile de toute la pièce. Amy Elliott Dunne, 21 Octobre 2011, Journal.
La mère de Nick est morte. Je n’ai pas pu écrire parce que la mère de Nick est morte, et son fils est complètement largué. La douce Maureen, la coriace Maureen …


Ses yeux deviennent sombres, canins, et il me prend de nouveau par les bras.
« Non, Amy. Pas pour l’instant. Je ne peux pas supporter le moindre stress supplémentaire. Je ne peux pas me rajouter un sujet d’inquiétude. La pression me fait déjà craquer. Je vais péter les plombs. »
Pour une dois, je sais qu’il dit la vérité.

Le silence a encore duré quelques instants. La jeune fille a refermé le livre et a regardé le mendiant sans se détourner de son regard. Celui-ci lui a souri avec gratitude.

- Puis-je entendre votre nom jeune fille?…
- Aurore. Je m’appelle Aurore…
- Aurore… a murmuré le mendiant … avant de poursuivre : Dites, comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève?
Cela a un très beau nom. Cela s’appelle l’aurore.

« Dieu vous protège, Aurore! » lui a-t-il lancé avant de se retourner. La lourde porte de la bibliothèque a claqué derrière lui, avec tellement de fracas que seul le silence pouvait renaitre.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 7 aout 2013.

Sur une toile d’Aron Wiesenfeld

16 novembre 2014

À quoi peut bien rêver la lectrice peinte par Aron Wiesenfeld, livre à la main? Au personnage du roman qu’elle vient de terminer? Au pays dans lequel il se déroulait? À la suite qu’elle compte bien entamer sans tarder? À quelque chose d’autre?

L’histoire est entre vos mains. À vous de nous la raconter. En vos mots. Tous les commentaires seront validés dimanche prochain et pas avant, comme le veut l’habitude.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

WIESENFELD-Aron

L’été de mes seize ans. On parle d’un homme politique qui a vu sa vie et sa carrière se brisées à la suite de relations avec une call-girl. À peine deux jours après le décès du Pape Jean XXIII.

L’été de mes seize ans. Maman me raconte que mon père est parti en voyages d’affaires. J’apprendrai plus tard qu’il en avait marre de la vie trop lisse qu’il menait. En larmes et en colère, maman prépare mes affaires et m’envoie passer quelques jours à la campagne chez sa sœur. Tante Gertrude.

Je n’avais jamais vu ma mère pleurer. Je n’avais jamais vu ma mère en colère. Je n’avais jamais entendu parler de tante Gertrude. Je n’avais jamais vu la campagne.

L’été de mes seize ans. Je découvre l’aube. Le chant du coq. Le soleil qui se lève. L’odeur du café. Le pain chaud. Les matins aux feuilles perlées d’eau cristalline. Les chiens qui jouent heureux. Le chat qui sommeille. Les lapins qui s’enfuient. Le soleil qui rougit ma peau trop blanche. Le vent chaud dans les cheveux. Le jour qui s’endort. Épuisé. Heureux.

L’été de mes seize ans. Je rencontre une jeune lectrice, assise contre ce qu’il reste d’un mur. Elle est belle. Intrigante et mystérieuse. Je lui parle. Elle me regarde. Silencieuse. Je lui dis la grande ville. Ma mère. Mon père que je ne verrai plus jamais. Et de combien je suis content de croiser son chemin. Elle semble m’écouter. Ses grands yeux ouverts. Accueillante. Sans un mot. Puis nous restons silencieux. Ensemble. On se croise du regard quelquefois. Et on se sourit. Elle me semble heureuse. Moi je le suis.

L’été de mes seize ans. Tante Gertrude m’apprend que la fille s’appelle Aurore. Qu’elle est la fille des voisins. Et qu’elle se promène toujours seule. Et puis qu’il n’est pas étonnant qu’elle ne m’ait rien dit. Elle est sourde. La pauvre.

L’été de mes seize ans. À la radio quelqu’un raconte qu’à Washington, un certain Martin Luther King a rassemblé plus de 200 000 âmes, pour leur dire qu’il avait un rêve. Moi je m’empresse de terminer mon café. J’embrasse tendrement tante Gertrude. Et je cours à travers champs. Je ne rêve que d’Aurore.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 29 juillet 2013.