Sur une toile de Fiona Phillips

25 janvier 2015

Qui dit dimanche au pays de Lali dit En vos mots, ce lieu qui n’appartient qu’à vous et que vous animez dimanche après dimanche depuis plus de six ans avec vos poèmes, vos nouvelles ou même de simples phrases.

Puisse la toile de Fiona Phillips susciter chez vous quelques lignes et nous faire connaître cet homme en bleu qui lit en jetant parfois un œil à la photo encadrée sur la table. C’est avec plaisir que nous vous lirons dans sept jours, au moment de la validation des textes déposés d’ici là.

Bonne semaine à tous les envosmotistes et à ceux qui les lisent.

PHILLIPS-Fiona-3

Et toujours ce besoin de tuer ces silences qui mettent en feu mes souvenirs. Toutes ces solitudes de l’enfance que rien n’apaise. Toujours la trace d’une blessure. Quelque part. Indélébile. Au détour d’un bouquin. D’une histoire. D’un paragraphe. Au creux d’un mot. Un seul petit mot. Dans l’intonation d’un mot dit. Dans le silence du regard de quelqu’un qu’on croise. Jusqu’au bord de mer hors saison, sans cris de joie. Où seul le vent qui caresse mon visage se souvient encore. De tout. Et puis ce feu qui recommence. Et qui brule de l’intérieur.

Et les voilà qu’ils reviennent. Souvenirs et silences. Lancinants. Infatigables. Et la douleur. Impassible et sans compassion. Jusqu’à l’épuisement. À l’envie de tout arrêter.

Il me semble avoir entendu dire que ceux qui sont morts ont déjà tout oublié.

Je voudrais tant le croire. Pour ne plus être ce prisonnier oublié. Enfermé pour toujours dans cette prison sans clef.

Et me dire, enfin, que l’enfance dessinée dans le livre de ma vie n’est qu’un mensonge. Un stupide mensonge. Rien d’autre.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 12 octobre 2013.

Sur une illustration de Miroslav Bartak

18 janvier 2015

Alors que je viens tout juste de valider les textes inspirés par la toile de dimanche dernier, une autre scène livresque a été accrochée à votre intention. Il s’agit d’une illustration de l’artiste tchèque Miroslav Bartak qui devrait donner des idées à certains législateurs en mal de panneaux routiers. Celui-ci serait bien utile aux abords de bibliothèques et de librairies!

La suite n’appartient qu’à vous. Et comme le veut l’habitude, vos textes seront validés dans une semaine et pas avant. D’ici là, profitez-en pour lire ceux qui viennent de l’être et pour imaginer une histoire…

Bon dimanche et bonne semaine à tous!

BARTAK-Miroslav

C’était l’heure solitaire où le silence se dissipe peu à peu. Sous les chuchotement des premiers mots. Le bruit de pas. Et toutes les autres centaines de petits bruits qui meublent le jour. Sans qu’on y prête attention.

Où l’on s’aventure, insouciant, un livre à la main, sans plus faire vraiment attention à toute la multitude de bruits qui nous empêchent d’entendre l’essentiel. Un l’oiseau qui s’envole. Un sourire. Un cœur qui bat. Des choses comme ça. Auxquelles plus personne ne prête attention. De crainte de se sentir coupable. Ou pire : retardé dans la course de la médiocrité de nos sens et de nos regards.

C’était un dimanche. Pas grand-chose de différent des autres jours. Les rues sont un peu plus vides. C’est tout. Je marchais au pas de la nonchalance errante et distraite. Indifférent, comme tous les autres, aux bruits qui m’entouraient. Je n’entendais rien. Mon bouquin prenant tous les sens et tous les sons du monde. Et j’étais heureux. Enfin je le croyais. Jusqu’à ce qu’un bruit sourd vienne déranger ma passionnante lecture.

Assise par terre, dans l’indifférence générale, une fillette pleurait doucement en se cachant le visage. Elle pleurait si doucement que je me suis dit que son chagrin devrait être immense. J’ai alors arrêté la lecture de mon livre passionnant qui m’interdisait d’entendre tout bruit autour de moi et je me suis penché pour lui manifester mon inquiétude. La fille m’a regardé les yeux rougis en murmurant : Vous savez, je voulais juste qu’on m’aime. Ce n’est pas une grande chose. Juste qu’on m’aime. Un peu. Rien qu’un peu.

Je l’ai dévisagée. Incrédule. Et je lui ai avoué, sans raison à mon tour : Je te comprends. Oh! comme je te comprends… Moi aussi je voudrais tant qu’on m’aime. Un peu. Rien qu’un peu.
Et je me suis mis à pleurer.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 3 octobre 2013.

Sur une toile de Jean-Pierre Laurens

11 janvier 2015

Tandis que je validais les commentaires sur la toile de dimanche dernier, textes que je vous invite d’ailleurs à lire, question de faire de belles découvertes, la lectrice peinte par Jean-Pierre Laurens s’est installée près de la fenêtre. C’est là qu’elle passera la semaine, espérant un regard de vous, attendant vos mots pour s’animer et devenir plus qu’une image figée à jamais.

Répondrez-vous à son appel?

LAURENS-Jean-Pierre

Je me suis réveillé en me demandant pourquoi les rosiers n’aiment pas l’automne. Diable. Pourquoi on se réveille quelquefois avec des pensées venant de nulle part qui vous assaillent l’esprit comme une obsession maladive.

En plus, je n’ai que faire des roses. Encore moins de l’automne. C’est dire à quel point cela m’intéresse de trouver une réponse à cette question matinale.

Matilde avait dressé la table comme d’habitude. Enfin, il me semble que c’était comme d’habitude. Puisque rien ne manque. Sauf Matilde. Mais elle est passée où, Matilde? D’habitude, elle est si présente et si avenante pour veiller sur mon petit déjeuner.
Elle n’a pas changé d’un iota depuis que mon père est décédé. Elle me prend pour lui. Sans doute. Puisque maintenant elle ne me tutoie plus comme elle le faisait depuis plus de dix ans. Depuis la mort de mon père, elle me donne du « Monsieur », à tout bout de champ. Il paraît que cela doit être ainsi. On ne doit pas tutoyer le patron. C’est une irrévérence. Qu’elle dit. Matilde.

Moi, je m’en fous. D’ailleurs, pour tout vous dire, je crois qu’elle a un peu perdu la boule. Depuis le décès de mon pauvre père. J’aurais été mauvaise langue, j’aurais dit que… Enfin, je préfère me taire. Même si j’ai toujours trouvé Matilde très appétissante.

Dommage que je sois le patron maintenant. Faut que je m’y fasse. Et lorsque l’envie se fait trop forte, je ferme les yeux. Je rêve un peu d’interdits. Et puis j’ouvre les yeux… et voilà.

« Ah tu es réveillé?… Il était temps. » Marta me regardait. « Je lisais en attendant que tu te réveilles.
- Ah bon!… Tu aurais pu me réveiller, tu sais, lui ai-je dit.
- Tu crois?… C’est qui Matilde?…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 28 septembre 2013.

Sur une toile de Susan Macartney Snape

4 janvier 2015

En ce dimanche, j’ai eu envie de vous offrir une scène amusante. C’est ainsi que j’ai choisi celle imaginée par Susan Macartney-Snape, qui m’a beaucoup fait sourire. Puisse-t-elle vous inspirer des histoires débridées dont nous nous régalerons dans sept jours alors que tous les commentaires reçus seront validés en bloc.

J’ai déjà hâte.

À dimanche prochain!

MACARTNEY-SNAPE-Susan-1

J’avais toujours rêvé de me rendre utile là où plus personne ne voudrait se perdre. Dans ces contrées presque oubliées des vivants où tout le monde m’avait chaleureusement déconseillé d’aller. J’entends encore souvent la voix rauque de mon père : Tu ne vas quand même pas t’enfoncer dans ce trou perdu… Tu n’as pas fait des brillantes études pour ça. Tu mérites mieux.

Eh ben oui. J’avais fait des études pour ça. Pour me rendre là où j’avais le sentiment d’être utile. Où j’avais la certitude qu’être médecin signifiait l’espoir tout en faisant naitre le sourire de tant des gens que ceux de la ville méprisaient par leur indifférence.

Certes, cla n’a pas été toujours facile. Certaines nuits, je me suis posé des questions. J’avoue même que je me suis demandé quelquefois si mon vieux grincheux de père n’avait pas raison. Mais non. Il n’avait pas raison. D’ailleurs, ce vieux grincheux arrogant de médecin qui savait toujours tout avait si peu de fois raison.

Que dirait mon père s’il apprenait qu’on confondait son médecin de fils avec un vulgaire vétérinaire, lorsque dans mes déplacements on profitait de ma présence pour me demander de jeter un coup d’œil à une jument, une vache ou une chèvre qui n’allait pas très bien.

Mon père serait mort de honte. Moi, cela m’amusait. Cela me donnait une raison d’exister. De me sentir vivant. D’être libre. Utile. Heureux.

Depuis quelque temps, plus rien n’arrivait à m’étonner vraiment dans le petit village. J’étais Le Médecin avec des majuscules dans le sourire des braves gens qui gagnaient durement leur vie sans jamais se plaindre.

Enfin, quand je dis « personne », c’est bien sur sans compter avec Mathilde de quelque chose. Une prétendue comtesse qui, comme disait monsieur Antoine, était moitié bizarre, moitié folle, moitié amusante.

Et ce dimanche-là, j’ai eu la preuve de sa folie.

J’ai été appelé en urgence par ses domestiques qui avaient reçu l’instruction de ne rien me dire. Lorsque que je suis entré dans sa chambre et l’ai vue couchée, entourée de ses livres et journaux, j’ai eu l’inquiétude de me demander si la malheureuse était en souffrance depuis des jours.

Mes inquiétudes ont été vite défaites lorsque la brave dame m’a rassuré pour me dire que ma présence n’avait pour seul but que celui de lui servir de témoin testamentaire, puisque cette fois-là, elle avait décidé de léguer tous ces biens à ses 15 chiens et 38 chats…

« Quelle belle idée avez-vous eue, Madame Mathilde. Je parie que mon père serait heureux de l’apprendre », lui ai-je répondu en souriant.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 22 septembre 2013.

Bonne Année

1 janvier 2015

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À tous ceux que je ne connais pas
Et qui auraient pu devenir des frères
Et à cet homme seul qui s’en va
Chercher quelque part sa lumière
Et puis à celle que j’ai attendue
Avant de devenir ce que je suis
Parce que la vie a bien voulu
Que je sois toujours en vie

Je vous souhaite une bonne année
Que votre vie soit aussi belle
Que celle d’une colombe en liberté
Qui déploie au vent ses ailes…

À tous ceux que j’ai déçus
Parce que je n’ai su être que moi
Un homme seul, parfois perdu
Entre ses chagrins et ses joies
À tous ces frères d’un instant
Que je garde dans mon cœur
Comme ce poète qui en chantant
Transforme des mots en bonheur

Je vous souhaite une belle année
Bonheur, paix et beaucoup d’amour
N’oubliez jamais qu’il faut aimer
Sans rien attendre en retour…

(Armando Ribeiro)