Sur une toile de Bror Hillgren

17 août 2014

Alors que je validais les commentaires déposés sur la toile de dimanche dernier, le lecteur peint par l’artiste suédois Bror Hillgren, qui a notamment illustré des livres de Selma Lagerlöf et de Hans Christian Andersen, s’est installé au pays de Lali pour une semaine. Le temps pour vous de l’examiner, de nous dire en vos mots ce qu’il évoque pour vous ou même de vous glisser dans sa peau.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain.

D’ici là, bonne semaine et bonne lecture. Les textes déposés sur la toile de Marco Cazzato vous attendent.

HILLGREN-Bror

Cette année-là, je caressais du bout de mon sourire le pays de mes rêveries solitaires d’enfant. Je découvrais le pays où Corte Real s’était promené bien avant Jacques Cartier.
Je me promenais sur le mont Royal et aux chutes Montmorency. Je trainais quelques heures dans Vieux-Québec et je découvrais la poésie dans les rues de Trois-Rivières.

Quai de l’horloge, une dame jouait de la harpe. La tour regardait passer le Saint-Laurent. Les amoureux se murmuraient de promesses insensées. Les enfants couraient dans tous les sens. Une jeune fille et son vélo semblaient attendre quelqu’un qui tardait. Le jour s’endormait. Sur le port de Montréal il faisait doux. Je me souviens d’un crépuscule paisible.

Et pourtant, cette année-là, l’amitié a suspendu son vol comme une colombe agonisant prisonnière des grilles du mensonge.

J’aurais aimé pouvoir écrire dans les bordures blanches de mes silences quelques mots pour plus tard, quand mes larmes viendraient me rappeler mes blessures passées.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 4 mai 2013.

Sur une toile de Marco Cazzato

10 août 2014

Mais que sont tous ces mots? Qui donc les a écrits et pour qui? Et celle qui semble les lire, qui est-elle? À vous de nous dire en vos mots quelle histoire peut bien se cacher dans cette scène imaginée par l’artiste italien Marco Cazzato.

Vous avez, comme d’habitude, une semaine devant vous, puisque je ne validerai aucun commentaire avant dimanche prochain afin que ceux qui veulent jouer le jeu puissent le faire en toute liberté, sans savoir ce que les autres ont écrit.

Rendez-vous dans une semaine pour la suite, mais d’ici là, profitez-en pour lire les textes qui ont été déposés sur l’illustration de dimanche dernier. Peut-être que ça incitera certains qui seraient tentés, mais encore hésitants à tenter l’expérience, à tenter le coup…

CAZZATO-Marco-2

Depuis longtemps, j’avais esquissé des silences rêveurs dans le ciel lourd de mes souvenirs. La mémoire que j’avais tissée des choses s’était convertie, peu à peu, en un désert inutile et stérile, où seuls quelques mensonges habillés de mes « j’vous jure » entrainés pendant des heures sans compter, le soir, devant mon miroir, faisaient encore bonne figure. Et j’étais heureux. Enfin j’étais persuadé de l’être. Comme tous ceux qui sont persuadés qu’ils croient à l’existence de Dieu. Sans jamais oser se poser la question et encore moins s’ouvrir aux ragots de ceux qui pensent autrement et prétendent que Dieu n’existe pas.

Puis un jour nous nous sommes croisés.
Moi qui m’étais détaché de tout ce qui pouvait m’enchainer aux précaires sentiments humains et elle.

Elle qui voulait parler de la difficulté d’aimer. De sa façon d’aimer. Comme s’il pouvait y avoir une autre façon d’aimer que celle d’aimer. Et je l’écoutais.

Je l’écoutais par manque de courage de lui dire que ses mots ne m’intéressaient pas. Par commodité, peut-être. Par lâcheté, surement. Je l’écoutais. Aussi froid qu’une colonne fatiguée d’un ancien monument grec, qui regarde défiler la souffrance humaine sans le moindre frisson.
Et je l’écoutais parler de la souffrance d’aimer. Cette souffrance indéfinissable de tous ces regards qui vous jugent et vous étouffent. Parce que les couleurs des peaux que l’amour mélange au hasard de leurs destins. Ou parce que les différences vous conduisent à aimer celui ou celle au-delà des différences de sexe. Et qui s’aiment, même s’il y a morale qui condamne. Parce que les hommes n’ont jamais rien compris au mot « aimer ».

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 25 avril 2013.

Sur une illustration de Patrice Barton

3 août 2014

C’est aujourd’hui presque jour d’anniversaire pour En vos mots. C’est en effet le 15 avril 2007 qu’était créée cette catégorie qui vous appartient, qui m’a été inspirée par Armando, lequel a été de tous les dimanches depuis. C’est d’ailleurs le seul à avoir réussi cet exploit. Flairjoy a, quant à elle, participé aux 100 premières éditions et vient déposer quelques rimes quand la toile l’inspire. Merci à eux deux et à tous ceux qui, au fil des années, notamment Cavalier, Anémone, Pivoine et Adrienne ces derniers mois, ont animé cette catégorie avec imagination, humour et tendresse.

Je vous invite à (re)lire les textes du premier En vos mots et à déposer quelques lignes sur l’illustration de la semaine signée Patrice Barton. Comme d’habitude, aucun texte ne sera validé avant sept jours.

Bon dimanche à tous et bon anniversaire à En vos mots, à ses participants et à ses lecteurs.

BARTON-Patrice

Elle porte dans ses yeux les mots que je ne saurais inventer
La joie de rires heureux et la douce insouciance d’être aimée
Elle ne connait que mots d’amour et ses crayons de couleur
Du vent elle ne connait que les caresses et la douceur

Et moi je n’ai que ce vide immense qui me ronge
Des nuits sans lune embellies par le mensonge
Juste quelques parfums volés aux gens heureux
Pour oublier que l’enfance est un fardeau

Mais elle porte dans ses rêves tous ceux que je n’ai jamais eus
Des champs de blé remplis d’or et des ciels tellement bleus
Que lorsque mon cœur défaille, je plonge dans sa tendresse
Et j’oublie pour quelques instants tous mes chagrins de jeunesse

Et puis nous rions tous les deux de nos enfances inachevées
La mienne morte avant même d’avoir été
Et la sienne comme un printemps nouveau
Qui chante comme l’eau pure d’un ruisseau…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 19 avril 2013.

Sur une toile de Wlodzimierz Kuklinski

27 juillet 2014

La lectrice peinte par Wlodzimierz Kuklinski s’est-elle endormie ou évanouie? Sont-ce les mots qui ont eu cet effet sur elle?

À vous de nous dire, en vos mots, ce qu’évoque cette scène. À vous de vous glisser dans la peau de la lectrice ou de la faire parler. À vous d’inventer ou de plonger dans vos souvenirs.

La toile vous appartient. Pour une semaine. Aucun commentaire ne sera publié avant le prochain accrochage, comme le veut l’habitude.

D’ici là, bonne semaine. Et surtout, n’oubliez pas de lire les textes inspiré par la toile de dimanche dernier. Cela vous donnera peut-être envie de devenir vous aussi un envosmotiste.

KUKLINSKI-Wlodzimierz-2

Au début, il n’y avait rien. Enfin, je veux dire qu’au début, je me suis dit qu’il n’y avait rien. Dehors, c’était encore l’hiver. Comme hier. Comme tous ces monotones avant-hier qui se prolongeaient depuis des mois.

Le ciel était habillé de tonalités de gris. Difformes et anarchiques. Et une pluie fine s’est mise à tomber dans l’indifférence des rues vides.

J’observais tout cela avec un vide immense. Et je me suis dit, avec exaspération, qu’il n’y avait rien. Vraiment rien de rien.

À part moi. Et ce sentiment profond d’une solitude immense. Et je me suis dit que la solitude est comme un serpent qui s’enroule à vos pensées et finit par vous étouffer. En silence.

Heureusement que j’avais un livre à portée des yeux. Je l’ai pris. Dans l’intention de lire quelques passages. Par ci, par là. Pour tuer le serpent avant d’étouffer.

J’ai croisé d’anciens chevaliers, des forêts magiques aux chutes d’eau cristalline et des fées que je croyais inexistantes. J’ai fait la connaissance de poètes et de malandrins. De jongleurs de fortune et d’oiseaux qui n’avaient pas besoin de savoir qui ils étaient pour s’envoler heureux dans l’infini du ciel. Où il n’y avait rien. Pas un seul nuage. Rien, je vous dis.

C’est alors que j’ai décidé d’allumer les étoiles. Et de m’endormir. Heureuse.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 12 avril 2013.

Sur une toile de Barbara Issa Wagnerova

20 juillet 2014

Pour l’En vos mots de ce dernier dimanche de mars, le premier de l’heure d’été pour le continent européen, j’ai eu envie de vous offrir une scène livresque différente de toutes celles auxquelles vous avez eu droit jusqu’ici.

C’est ainsi que j’ai pensé à l’artiste tchèque Barbara Issa Wagnerova, à l’imagination débordante, que je vous invite d’ailleurs à visiter.

Puisse sa toile vous inspirer quelques lignes. En vers ou pas. Il n’y a pas de règles au pays de Lali. Et comme le veut l’habitude, les textes déposés seront validés dans une semaine et pas avant.

D’ici là, bon dimanche et joyeuses Pâques!

WAGNEROVA-Barbara-Issa

Benjamin m’a dit
Que pour déguiser son ennui
Il s’inventait des nuits d’été
Des berceuses pour les fées
Et que quelquefois il racontait aux nuages
Ses plus beaux rêves, jolis voyages

Benjamin m’a dit
Que pour mieux vivre sa vie
Il écrivait des histoires secrètes
À l’encre bleue des poètes
N’ayant pour seule fortune
que les reflets d’argent de la lune

Benjamin m’a dit
Qu’il n’avait pas d’autres amis
Que la tristesse solitaire des anges
Et des livres accrochés comme du linge
Qui rêvaient d’être un jour caressés
Par des petits enfants émerveillés

Benjamin m’a dit
Que la vie est comme un fruit
Qu’on déguste chaque jour
Et que puisqu’il n’y aura pas de retour
Nous avons le tort de grandir
De ne pas nous voir vieillir

Benjamin m’a dit
Que vivre n’est qu’un cri…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 4 avril 2013.