Sur une illustration de Jiri Slava

29 mars 2015

Alors que je viens tout juste de valider les textes que vous avez déposés sur l’illustration de dimanche dernier, que je vous invite d’ailleurs à lire, j’ai en même temps choisi pour ce dimanche une illustration signée Jiri Slava qui attend vos mots pour prendre son envol et nous emporter là où nous ne pensions peut-être jamais aller.

Vous avez, comme le veut l’habitude, une semaine devant vous pour écrire quelques vers ou une nouvelle, une seule phrase ou plusieurs paragraphes, les textes n’étant pas validés avant dimanche prochain.

D’ici là, bonne semaine et bon dimanche à tous!

SLIVA-Jiri

Le chaos. Voilà ce qui m’attendait ce matin de décembre quelques jours avant les vacances de Noël. Monsieur Corneille observait avec un air amusé le désordre des bouquins dans l’étagère dédiée au thème baptisé « chaos ». Il y avait, au milieu de ces tas de bouquins, Les principes de base de l’organisation des sociétés modernes. Un best-seller duquel il était un des fiers auteurs puisque quelques-uns de ses textes en faisaient partie.

Le chaos. Il m’est venu que le chaos, après tout, n’est qu’un principe méconnu de l’ordre. Alors que Monsieur Corneille citait, sourire aux lèvres, le poète Nicolas Boileau : « un beau désordre est un effet de l’art. »

Il avait donc fait tout cela pour illustrer l’exercice philosophique d’avant Noël. « Est-ce que le chaos est un principe méconnu de l’ordre ou est-ce que le désordre est un effet de l’art? »… Vous avez deux heures!…

Sacré Monsieur Corneille!… Deux heures?…

Le philosophe chinois Tchouang-Tseu avait drôlement raison : « Ce sont les professeurs qui ont mis le désordre dans le monde… »

Je n’en ai aucun doute.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 15 décembre 2013.

Sur une illustration de Galia Bernstein

22 mars 2015

Et si, à l’occasion de ce premier jour de décembre, je vous offrais une image pleine de fantaisie? C’est ce que j’ai choisi de faire quand j’ai découvert, au hasard de ma galerie, cette illustration signée Galia Bernstein, qui me semble une pote ouverte à une aventure pleine de fantaisie.

Je vous la confie donc pendant une semaine afin que vous puissiez écrire en vos mots ce qu’elle vous inspire. Aucun commentaire ne sera validé avant sept jours, comme le veut l’habitude.

Puissiez-vous être nombreux à donner vie à cette scène des plus livresques!

BERNSTEIN-Galia

C’est en cherchant Les aventures de Huckleburry Finn, de Mark Twain, mis au grenier depuis une éternité, que je suis tombé, d’abord, sur des vieux disques vinyles dont j’avais, pour certains oublié l’existence, par la suite sur quelques cartes postales anciennes endormies dans une boite à chaussures, des albums de collections de timbres, quelques cahiers scolaires, où j’ai découvert avec tendresse quelques fautes d’orthographe qui, depuis mon enfance, m’ont toujours accompagné.

Puis, il y avait des livres. Des rangées de livres à s’y perdre avec émerveillement. Les Bons petits cœurs de Paul Monplaisir, Les souliers rouges, d’Andersen, les Fables de Lafontaine illustrées par Benjamin Rabier, édition de 1906, Mon premier livre de lecture par Ch. et G. Screvens (inspecteurs de l’enseignement primaire), l’édition de 1944 d’Un bon petit diable par la Comtesse de Ségur paru aux éditions Casterman. Et puis Kipling. Que de personnages fabuleux. Mowgli, Ballo, Kaa, Bagheera, Akela, et tous les autres…

J’ai toujours été fasciné par ces histoires universelles où le monde des hommes se mélange et se confond dans notre imaginaire d’enfant avec celui des animaux. Jusqu’à ne faire qu’un seul. Pour de vrai. Et à nous faire oublier que le temps passe et qu’un jour, on grandit jusqu’à oublier comment être heureux.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 8 décembre 2013.

Sur une illustration de Norman Rockwell

15 mars 2015

Il a sorti son grand livre afin de préparer une potion magique. Ou un sirop. À vous de nous raconter ce que propose cette scène imaginée par Norman Rockwell. De plonger dans vos souvenirs pour nous parler du pharmacien de votre enfance. Ou de devenir pharmacien le temps d’une histoire inventée de toutes pièces.

C’est ce que propose la catégorie En vos mots que vous animez dimanche après dimanche depuis plus de six ans en écrivant un texte à partir d’une toile, lequel n’est dévoilé que le dimanche suivant au moment du nouvel accrochage.

Au plaisir de vous lire, envosmotistes aguerris ou de passage!

ROCKWELL-Norman-22

Ils se parlaient à voix haute dans la rue,
Ces pauvres gens, comme on le dit d’ordinaire
Les femmes étaient charnelles et leurs maris cocus
C’était un de ces quartiers pauvres et populaires

Tout en haut de la rue l’église où rien ne change
Un écrivain un peu maudit qui est devenu Nobel
Un monsieur efféminé, aux allures d’un ange
Et une maison fermée qu’on appelait le bordel
Il avait un cordonnier qu’on appelait le gros
Le brave Monsieur Manuel, l’épicier à crédit,
Coincé entre le boucher et un minable bistrot
Et au coin de la rue une vieille pharmacie
Où grand-père a passé tous ses dimanches
Jusqu’au dernier souffle de sa longue vie
À faire des mélanges qu’on disait étranges
Devant mon jeune regard curieux et ébloui

Et dire qu’on s’aimait sans jamais parler à l’amour
Et on discutait sans craindre le vocabulaire
La vie tissait inlassablement le fil de mes jours
Dans ce quartier qu’on dit pauvre et populaire

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 1er décembre 2013.

Sur une toile de John Arthur Lomax

8 mars 2015

À vous de jouer! À vous d’entrer dans la toile et de nous dire en vos mots ce qui s’y trame. À vous de nous révéler ce qui unit les deux personnages de cette scène livresque imaginée par le peintre John Athur Lomax.

Ce n’est que dimanche prochain que vous pourrez découvrir en bloc les écrits des envosmotistes aguerris ou de passage, car aucun commentaire ne sera validé d’ici là. Ce qui vous donne amplement le temps de vous joindre à eux.

Bon dimanche à vous tous!

LOMAX-John-Arthur-1

C’est la prison qui m’a donné le goût de la solitude et du silence.

Toutes ces années perdues dans la quasi-obscurité d’une cellule froide, perdue à quelques kilomètres de la côte où se trainent des plages de sable fin et dorée où des gens heureux viennent se prélasser le dimanche. Pour oublier leurs tracas quotidiens.

C’était pour eux que je me battais contre cette brute de dictateur, qui les abrutissait dès l’âge scolaire, pour les empêcher de penser à autre chose qu’à la sainteté alors que l’État avait décidé que c’était bon pour eux.

Moi je voulais autre chose. Juste autre chose. Le droit de penser par moi-même.

Alors, dès ma jeunesse, je leur ai adressé mes mots. D’abord polis et un peu maladroits. Ensuite indignés. Et puis, vers la fin, pleins de haine et de révolte.

Un soir de novembre, ils sont venus me chercher, cachés par la nuit. Des voisins curieux, dissimulés derrière les rideaux, m’ont vu partir sans esquisser le semblant d’un seul mot. Certains étaient figés par la peur. 
D’autres pensaient : bien fait pour ma gueule. Je n’avais qu’à me taire.

Dix ans. La brutalité. La torture. Le manque de sommeil. L’oubli. Le néant.

Puis un jour, la révolution. Le soleil aveuglant dans les yeux. La tête qui tourne. La renaissance. Ailleurs. Loin du monde et des hommes. Perdu entre les livres et les bonheurs simples et éphémères d’un monde qui se traine nonchalant au fil des saisons.

Pour tout bonheur, Aurélie, ma petite-fille vient de la grande ville me rendre visite, chaque dimanche.

Depuis son enfance qu’elle s’amuse à venir doucement derrière moi en mettant ses douces mains devant mes yeux :
 Coucou… Devine qui c’est?…

Et moi qui l’ai tant espérée, enivré par le bruissement de ses pas et son parfum, je joue les étonnés :
 Marta ?… Marie-Ange ?… Christine ?… je ne vois pas…

Et Aurélie qui rigole, à chaque fois, à grandes gorgées de bonheur… et me fait oublier, pour quelques heures, que la prison m’a donné le goût de la solitude et du silence.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 24 novembre 2013.

Sur une aquarelle de Heatherlee Chan

1 mars 2015

Est-ce la libraire? Est-ce une cliente? À vous de nous dire en vos mots ce que cette aquarelle signée Heatherlee Chan vous suggère. À vous de laisser votre imagination prendre toute la place.

Faites-le sans tarder ou prenez votre temps. Aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain afin que chacun puisse écrire sans avoir une idée des autres textes déposés.

D’ici là, bonne semaine et que l’inspiration soit avec vous!

CHAN-Heatherlee

L’automne, dans les rues de mon village, ne ressemble pas du tout à l’automne qu’on peut connaître ailleurs. Il y a, c’est vrai, les arbres qui changent de couleur avant de perdre leurs feuilles. Il y a des jours où la pluie ne fait que passer. Le soleil se charge, la plupart du temps, de la pousser ailleurs avant la nuit.

Il y a, c’est certain, « la petite laine », les soupes chaudes et puis les châtaignes, qu’on grille et on déguste entre amis, entre deux blagues salaces, et des rires d’enfants heureux. Malgré notre âge et nos cheveux que le temps a blanchis.

L’automne, dans les rues de mon village, sent bon la mer. Les bateaux qui tanguent nonchalants. Les mouettes toujours à l’affût de nourriture. Les couchers de soleil qui embrassent la mer, avant de s’en aller. Ailleurs.

Deux ou trois boutiques à touristes qui s’ennuient en regardant l’horizon, là où les bateaux semblent s’effacer, puis en remontant le bistrot du vieux Pierre, toujours animé, l’épicerie de la vieille Laure, une pharmacie d’un autre temps et depuis quelques mois, la librairie d’Ana. Une fille de la grande ville qui a décidé de ne plus s’en aller depuis que j’ai déposé dans son cœur toutes les années qu’il me reste de vie.

Et nous savourons, heureux, l’automne qui se promène dans les rues de mon village.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le10 novembre 2013.