Sur une toile de Ditz

13 avril 2014

Alors que je viens à l’instant de valider les commentaires que vous avez déposés sur la toile de dimanche dernier, il est l’heure d’accrocher une nouvelle toile à votre intention.

Puisse cette scène livresque et animalière signée Ditz, bien différente de tout ce qui vous a été proposé jusqu’ici, éveiller votre imagination et donner envie d’écrire aux habitués comme à ceux qui hésitent encore à faire partie de la grande famille des envosmotistes.

Comme le veut l’habitude, les commentaires reçus ne seront pas validés avant dimanche prochain afin de donner à tous et à toutes l’occasion d’écrire sans savoir ce que les autres participants ont écrit.

À dimanche prochain pour la suite!

Il était une fois, dans un monde éloigné de toute mémoire humaine, une sorcière aux pouvoirs étranges qui vivait à l’écart des hommes et des rois qui la craignaient autant qu’ils la détestaient.

Seuls les enfants abandonnés de la ville aimaient sa compagnie. En effet, ils ne voyaient ni méchanceté, ni aigreur, ni laideur chez la sorcière. Bien au contraire. Elle leur apportait la chaleur et la tendresse qui leur manquaient tant. Et cela leur suffisait.

Cependant, les gens bienpensants trouvaient cela intolérable. Ils craignaient pour la bonne morale des enfants et des générations à venir. D’ailleurs, que peut-on attendre d’une sorcière, sinon méchanceté et perversion?…

Un jour, il y eut une manifestation dans le village dans le but d’interdire à la sorcière d’accueillir les enfants. Certains ne lui voulaient aucun mal, soulevant que les enfants étaient heureux et épanouis, alors que d’autres, acerbes, ne voulaient rien entendre. Pour eux, les enfants n’étaient pas en mesure de savoir ce qui était bon pour eux. Pire : ils prétendaient que les enfants se disaient heureux parce la sorcière les avait envoutés de telle sorte qu’ils se croyaient heureux en sa compagnie alors qu’il n’était rien. Il fallait absolument faire quelque chose pour que cela cesse et éviter ainsi que les enfants continuent de se rendre chez la sorcière.

Un jour, après dénonciation, la garde spéciale d’intervention s’en est allée chez la sorcière pour faire sortir tous les enfants qui se cachaient chez elle et amener la sorcière en prison pour qu’elle ne nuise plus à la société.

Quelle ne fut pas leur surprise de constater à leur arrivée de ne pas y trouver d’enfants mais des animaux sages, à qui la sorcière lisait, d’une voix tendre et chaude, une histoire qui parlait d’un monde où tout chacun vivait en harmonie malgré ses différences.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 22 janvier 2013.

Sur une toile de Tigran Barkhanajian

6 avril 2014

Alors que je viens tout juste de valider les textes inspirés par la 300e toile, textes que je vous invite d’ailleurs à lire, il est temps pour vous de découvrir la 301e. Celle-ci est l’œuvre du peintre arménien Tigran Barkhanajian.

Puisse-t-elle susciter des souvenirs, évoquer des rêves, ou à tout le moins vous donner envie d’écrire. En vos mots. En vers ou pas. Ou même une seule phrase.

Les commentaires qui me parviendront seront validés dans une semaine, au moment de l’accrochage d’une nouvelle toile. D’ici là, bon dimanche et bonne semaine!

Je me souviens des ruelles étroites à peine illuminées. Certaines s’étaient sûrement endormies pour toujours, il y a au moins mille ans, aux pieds de la Brenta, en regardant l’Adriatique au lointain.

Par endroits, on entendait murmurer le souvenir des anciens amants, devenus esclaves de maîtresses imaginaires, qu’ils avaient croisées jadis dans les pages jaunies de piètres romans négligés dans des étrangères moribondes, sous une couche épaisse de poussière parfumée de quelques silences que seul le soleil caresse encore, lorsque les nuages veulent bien lui céder le passage.

Il y avait, le soir venant, des gondoles noires, qui se promenaient solitaires, bercées par les eaux sales du fleuve. Elles ressemblaient à des fantômes égarés et sans âme, que le monde des vivants aurait méprisés depuis que la belle inconnue aux cheveux d’or s’était refusée à un riche Casanova vieillissant, en manque des frissons.

Un chien errant me suivait, à distance, depuis des heures. Sans doute me prenait-il pour son pareil ou alors n’avait-il pas trouvé mieux pour combler sa solitude. Je me suis surpris à regarder derrière moi, par dessus de mon épaule, pour m’assurer que je n’étais pas seul.

Quelque part, j’ai entendu un violon qui valsait dans la nuit. Et puis cette fille. Seule. La belle traversait la place Saint Marc, pieds nus et avec l’élégance de ceux qui ne s’en vont jamais nulle part. Nos regards se sont attardés. Elle m’a souri. Quelques mètres plus loin, comme si elle voulait s’assurer que je la regardais toujours, elle s’est retournée. Et nous sommes restés ainsi quelques instants. Puis il y eu ce premier baiser…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 17 janvier 2013.

Sur une toile d’Ileana Cerato

30 mars 2014

Quand a débuté l’aventure d’En vos mots an avril 2007, jamais je n’aurais pu imaginer que ce projet hors de l’ordinaire tiendrait le coup aussi longtemps et qu’il serait même copié et adapté. Hors, nous voici au 300e dimanche de cette aventure qui a attiré nombre de participants au fil des ans et dont deux qui étaient du premier En vos mots, Flairjoy et Armando, sont toujours là, Armando ayant écrit un texte sur chacune des 299 toiles. Ces textes sont d’ailleurs repris chez lui par la suite.

Merci à tous ceux qui ont participé à l’aventure à ce jour. Merci pour ceux qui tenteront l’expérience dans les prochaines semaines ou mois à venir. Merci à vous qui les lisez.

Et pour ce numéro 300, une toile signée Ileana Cerato. Puisse-t-elle inspirer les « habitués » et ceux qui tenteront le coup pour la première fois.

Une fois de plus, merci. C’est grâce à vous qu’En vos mots a été créé et qu’il continue de vivre.

La radio annonçait qu’à Paris les rues se remplissaient d’une marée humaine qui voulait s’opposer au mariage pour tous. Certaines voix venant de partout s’élevaient pour défendre les fondamentaux mère et père. Et je les entendais. Et tout me semblait étrange. Et tout me semblait dérisoire.

Je me disais que l’humanité a toujours basculé entre deux forces qui s’opposent. D’un côté ceux qui se prétendent libres dans la splendeur lumineuse de leurs certitudes qu’ils veulent imposer vaille qui vaille à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Et puis tous les autres. Ces milliers d’autres. Qui ne souhaitent qu’être heureux. Aimer et être aimés. Avec leurs différences. Plus ou moins admises ou tolérées. Parce qu’enfants d’une différence minoritaire. Celle qui dérange.

Hier le danger pour la sacro-sainte famille s’appelait le mariage mixte. Ce mélange de races et de couleurs contre lequel tant de braves gens si bien intentionnés ont manifesté.

Puis il y a eu l’union libre. À chaque génération son fléau. De peurs. De haines. De rejets de l’autre.

Aujourd’hui, les consciences s’élèvent contre le mariage de gens de même sexe. Et l’adoption des enfants. Hors les sacro-saints mère et père. L’horreur. La société est en danger.

Tiens donc. Et les abandons sous X?… Et les incestes?… Et tant de choses que la société efface d’un revers d’indifférence pour ne pas se regarder dans son propre miroir.

La radio annonçait qu’à Paris les rues se remplissaient d’une marée humaine qui voulait s’opposer au mariage pour tous. Puisque la famille. Les liens du sang sont sacrés. Mais est-ce qu’on peut aimer par le sang?….

Depuis quand les liens du sang seraient plus forts et plus légitimes que ceux du cœur?…

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 13 janvier 2013.

Sur une illustration d’Inge Löök

23 mars 2014

Alors que je viens tout juste de valider les commentaires sur la toile de la semaine dernière, il est temps d’accrocher à votre intention la dernière toile de l’année. Celle sur laquelle vous aurez envie de dessiner quelques mors, celle qui vous inspirera quelque poème, celle qui suscitera votre imagination et vos souvenirs.

Et pour terminer l’année avec un peu d’humour, il me plait d’offrir à vos mots cette scène à la fois livresque et amusante de l’illustratrice finlandaise Inge Löök.

Puisse-t-elle susciter de nombreux textes! Nous les lirons l’an prochain!

Le petit village de mes vacances d’enfant avait vu naitre la seule grand-mère que j’ai connue. Elle s’appelait Rose. Ses cheveux étaient blancs comme les nuages d’été, elle sentait bon la lavande et son rire était insouciant et chaleureux. Comme un soleil brûlant au cœur du mois d’aout.

Elle avait un tout petit magasin de livres tout au bout de la rue principale du village. À l’opposé de l’église, où elle n’entrait jamais. Même pas les jours de deuil. Préférant rester à l’extérieur pour faire ses adieux à ceux qui faisaient partie de l’histoire de sa vie.

Enfant, j’ai longtemps cru qu’elle avait lu tous les livres de la terre tellement elle connaissait d’histoires qu’elle aimait tant raconter en changeant de voix et de mimique selon les personnages. Son amie Marguerite venait parfois lui prêter main-forte. Elles se cachaient sous la table et improvisaient, avec une joie enfantine, une quelconque histoire sortie de leurs imaginaires tendrement fertiles, où les fleurs se donnaient rendez-vous chaque printemps, pour entendre chanter les oiseaux et la rivière.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais été aussi heureux que lorsque j’étais en leur compagnie.

Puis, un jour elle a disparu. Elle s’en est allée rejoindre Marc, son tendre époux, mort de chagrin lorsque Paul est mort à la guerre, et sa sœur qu’une maladie inconnue avait emportée. Et ses parents qui lui manquaient tant.

Pour les gens austères du petit village, elle était quelqu’un qu’on disait bizarre. Une originale. Une sorte de sorte vieille folle. Il faut dire que les gens n’ont jamais rien compris grand-chose à la tendresse.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 1er janvier 2013.

Sur une toile de Momcilo Simic

16 mars 2014

C’est à nouveau dimanche! Les semaines passent décidément très vite, semble se dire la lectrice peinte par Momcilo Simic. À moins que ses pensées soient bien loin de ce constat. À vous de nous le dire. En vos mots.

Comme le veut l’habitude, nous vous lirons dans sept jours et pas avant. Mais heureusement, il y a de quoi vous mettre sous la dent d’ici là. Les textes inspirés par la toile de dimanche dernier viennent tout juste d’être validés et vous attendent.

Bonne lecture et joyeux Noël à tous les envosmotistes, qu’ils soient fidèles au poste semaine après semaine, ou de passage, et à ceux qui les lisent, qui sont encore plus nombreux.

Une pause. J’avais décidé de m’accorder quelques jours de pause. Histoire de prendre un peu de temps. Et de recul. Un interlude entre deux rivages. D’un côté l’année qui allait finir de s’écouler dans quelques jours et qui viendrait additionner ses pages à tant d’autres années tout aussi vides. De l’autre côté de ce pont imaginaire le temps à venir. Une sorte de rivage qui n’avait que la couleur de mes rêves et des mes espoirs. Certainement beaucoup plus importante que celle de laquelle il ne me resterait que quelques souvenirs.

Je regardais par la fenêtre les illuminations de saison et j’avoue, je me suis laissée surprendre à esquisser quelques vœux. Un peu comme ces enfants qui regardent les étoiles en murmurant des souhaits qu’on dit innocents et tout en écrivant des lettres bourrées de fautes d’orthographe, à un père Noël auquel ils ne croient encore que par convenance. Et par intérêt. Le temps de voir grandir la quantité de cadeaux au pied du sapin, qu’ils ouvriront plus ou moins désabusés, sans perdre une miette du programme qui passe à la télévision et qui comble le vide de nos existences.

Et c’est presque par ironie que je me suis dit qu’elle est bien loin cette enfance dont parlait André Laurendeau quand il disait que : « L’enfance c’est de croire qu’avec le sapin de Noël et trois flocons de neige toute la terre est changée ».

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 26 décembre 2012.