SUr une toile de Willem van Nieuwenhoven

19 octobre 2014

Mais que peut bien chercher l’apothicaire imaginé par le peintre néerlandais Willem van Nieuwenhoven dans son grimoire? La formule d’un sirop contre la toux? Les contre-indications d’un analgésique? La recette d’une potion magique transmise depuis des siècles de père en fils?

À vous de nous révéler les dessous de cette scène. À vous de nous dire en vos mots ce qu’elle a suscité en vous. Nous vous lirons dans une semaine, comme le veut l’habitude.

D’ici là, que l’imagination soit au rendez-vous. Ainsi que les mots!

VAN-NIEUWENHOVEN-Willem-3

Je n’avais au fond de moi que la richesse des longues heures bercées d’indifférence. Des dimanches creux, à me bagarrer jusqu’au sang pour taire ma solitude. Comme un fou. Un désespéré. Et me croire si fort. Si fier. Et intouchable. Comme un de ces héros anonymes qui s’en vont au combat. Haïr une guerre dont ils n’ont pas voulu.

Jusqu’au jour où il est venu. Déranger mon existence. Regard paisible et mots nouveaux. M’ouvrir la porte vers un printemps inespéré pour écouter des chants nouveaux. Me dire qu’il croyait en moi. M’apportant quelques livres. Et me donner l’envie de les lire.

Et quelquefois j’y pense. Lorsque l’année scolaire s’achève. Et que, les années passant inlassablement, l’on se rend compte qu’on garde toujours quelque part un professeur dans le cœur. Qui danse au coin de nos sourires. Et à qui on doit beaucoup de nos silences apaisés.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 7 juillet 2013.

Sur une toile de John Herbert Evelyn Partington

12 octobre 2014

À quoi peut bien penser cette lectrice peinte par John Herbert Evelyn Partington? De qui ou de quel endroit rêve-t-elle en tournant les pages de son livre? D’ailleurs, que lit-elle, assise au jardin en ce dimanche de début d’été?

Ce ne sont là que quelques pistes que vous pourrez suivre ou pas afin de nous livrer en vos mots ce que suscite en vous la scène livresque de la semaine.

Les commentaires seront validés dans une semaine exactement, et pas avant, au moment de l’accrochage d’une nouvelle toile.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

PARTINGTON-John-Herbert-Evelyn

Je savais si peu de moi et presque rien de ceux qui on porté mon nom avant que je vienne au mond, que je ne pouvais que raconter, avec conviction, des histoires d’enfance que je n’ai pas vécues.

Et pourtant, elles étaient toutes vraies.

Les étés à la mer, à écrire dans le sable le destin des bateaux qui s’effaçaient à l’horizon, et tous ces soirs où le soleil naufrageait, dans un coin de la mer derrière la falaise.

Les printemps parfumés chez les grands-parents, à la campagne, où ça sentait bon la pomme et la cannelle. Et les chiens qui courraient, joueurs amusés, derrière poules et moutons. Et les oiseaux qui venaient, chaque matin, chanter pour la dame aux cheveux blancs, qui avait un sourire si heureux d’exister, malgré le souvenir de tous ces regards partis un soir d’hiver en laissant derrière eux le souvenir impérissable de leurs vies brisées.

Le petit village égaré tout en haut de la montagne. Les gens, le dimanche, autour de la table, chantant, riant et dansant, après une semaine de dur labeur. Le boulanger qui jouait du violon, grand-père qui l’accompagnait avec son vieux piano à bretelles, tandis qu’on gardait le rythme en tapant des mains. Tout était si vrai et si coloré. Comme dans un tableau de Georges de La Tour.

Puis, il me vient le souvenir d’un été tardif et la grande demeure bourgeoise, où Mme Olympe, veuve d’un grand général de l’armée coloniale portugaise, dépensait ses journées à lire les vies passionnantes de Rosa Parks, d’Alexandra David-Néel, de Karen Blixen ou encore d’Anne Frank.

Et tout était si vrai. Et même que certaines nuits d’isonomie, j’entends mon cœur solitaire me le rappeler encore et encore. Inlassablement.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 30 juin 2013.

Sur une toile de Jean-Paul Louis Martin des Moignes

5 octobre 2014

Alors que demain, les écoliers du Québec entameront la dernière semaine de leur année scolaire, j’ai eu envie de vous offrir une petite scène dans laquelle vous pourrez vous glisser afin de nous raconter un souvenir d’école ou d’en inventer un. Pour ce, j’ai donc fait appel au peintre Jean-Paul Louis Martin des Moignes.

Il ne vous reste plus qu’à déposer vos mots, comme d’autres l’ont fait sur la toile de dimanche dernier, d’ici une semaine, moment où tous les commentaires seront validés.

Bon dimanche et bonne semaine aux envosmotistes et à ceux qui les lisent!

MARTIN-DES-AMOIGNES-Jean-Paul-Louis

Il me vient en tête cette fin d’année scolaire 1968. Il faisait particulièrement chaud et j’avais ouvert toutes les fenêtres de la salle de classe pour que l’air puisse s’y promener au gré du vent et nous offrir un peu de fraicheur.

J’avais demandé aux enfants de raconter ce qu’ils avaient envie de faire durant leurs vacances. Quelles aventures iles voulaient vivre. Dans quelles contrées ils voulaient passer leurs après-midis de jeu et de découvertes. Et alors que tous semblaient si affairés dans leurs mots, je me suis aperçu de l’absence de Simon. Le regard posé dans un ailleurs tellement lointain qu’aucun bruit ne semblait être capable de le déranger.

Moi-même je n’ai pas osé interrompre. Et ce n’est qu’à la fin du cours, ayant reçu une page blanche, que je me suis décidé à lui poser la question.

C’est alors que Simon, confus, m’a raconté le décès de son grand-père et la grande peine qu’il ressentait de ne pas pouvoir le retrouver à la plage, comme lors des dernières vacances, pour des promenades joyeuses au bord de l’eau lorsqu’ils s’amusaient à ramasser des petits coquillages qui, la nuit venant, son grand-père le prétendait, allaient devenir de petites étoiles lointaines accrochées dans l’infinité du ciel.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 22 juin 2013.

Sur une toile de Carlos Dugos

28 septembre 2014

En ce dimanche de juin, c’est une lectrice qui semble bien songeuse qui s’offre à vos mots. Une lectrice imaginée par le peintre portugais Carlos Dugos qui attend vos histoires pour prendre son envol ou faire battre son cœur davantage.

Vous inspirera-t-elle quelques lignes? C’est ce que nous saurons dans sept jours et pas avant alors que seront validés tous les textes déposés afin de prêter vie à la lectrice de ce dimanche.

D’ici là, bonne semaine à tous!

DUGOS-Carlos

Parmi les bruits de la ville on pouvait entendre l’horloge de l’église des Martyrs pleurer la demi.

C’est alors que Françoise s’est rendu compte que le temps ne lui ferait aucune pitié. Il allait continuer à faire défiler à son allure insouciante les secondes, puis les minutes et enfin les heures. Tout comme il l’avait fait hier. Avant-hier. Et tous les autres jours qui avaient précédé. Sans qu’elle ne lui prête cette tragédie que seuls les départs inévitables donnent aux choses.

Demain, déjà, il faudra partir. À nouveau. Quelques mois. Si longs, et à l’hiver si gris et si coupant qu’elle les redoute déjà, en jetant un sourire complice à l’immense manteau bleu, sans un seul pli, du ciel de Lisbonne.

Saloperie. Comment dire les odeurs de la ville. Les couleurs chaudes de la fin du jour. Le parfum des vieilles librairies où elle traine sans compter et que le progrès assassine doucement les uns après les autres. Sans aucune pitié.

Comment ne plus entendre la musicalité des mots de la rue. Ne plus entendre les rires des passants. Le gazouille des enfants qui s’amusent en attendant le diner. Le chatouillement doux et nostalgique d’une guitare en contrejour, à l’heure où Lisbonne s’illumine d’espérance et où les poètes cherchent leurs mots dans l’encre nonchalante du Tage. Oublier l’envol léger des colombes. Laisser faner dans sa mémoire la tendre promesse d’un baiser.

Françoise a posé son regard mélancolique sur les ruines du Couvent des Carmes. Qu’elle dévisage de sa fenêtre. En leur faisant la vaine promesse de ne pas pleurer. Pas cette fois-ci, disait-elle. Chaque fois.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 13 juin 2013.

Sur une toile de Wiktor Najbor

21 septembre 2014

En ce premier dimanche de juin, j’ai eu envie de vous offrir un peu de fantaisie. C’est ainsi que j’ai choisi cette scène en partie livresque du peintre polonais Wiktor Najbor, laquelle met en évidence quelques personnes qui s’impatientent et une qui semble avoir tout son temps, étant donné qu’elle a de quoi lire.

Comme d’habitude, vous avez une semaine devant vous pour déposer ici vos mots inspirés par la toile. Vous avez donc amplement le temps. Profitez-en pour lire les cinq textes suscités par celle de la semaine dernière.

Bonne semaine à tous les envosmotistes et à ceux qui les lisent.

NAJBOR-Wiktor

Marta n’avait connu dans son existence que le téléphone portable et son iPad 4G, qu’elle traitait avec le soin d’une maitresse jalouse.

Ceci explique sans doute son rire moqueur et hystérique lorsqu’elle est tombée sur le tableau de Wiktor Najbor qu’elle a jugé, du haut de sa somptueuse ignorance, comme une folie d’une imagination fertile et futuriste.

Faut dire que le nom d’Antonio Meucci était absent de l’univers de Marta, à un point tel qu’elle hésitait à se décider entre un chanteur d’opéra ou un rappeur italien.

Moi, je savais qu’il n’était ni l’un ni l’autre, mais, pour une fois, j’étais heureux de lui répondre, dans l’air du temps, qu’il me semblait que chanteur d’opéra allait super bien avec Meucci.

« J’en étais sûre », m’a t-elle répondu, triomphante.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 7 juin 2013.