Sur une aquarelle de Heatherlee Chan

1 mars 2015

Est-ce la libraire? Est-ce une cliente? À vous de nous dire en vos mots ce que cette aquarelle signée Heatherlee Chan vous suggère. À vous de laisser votre imagination prendre toute la place.

Faites-le sans tarder ou prenez votre temps. Aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain afin que chacun puisse écrire sans avoir une idée des autres textes déposés.

D’ici là, bonne semaine et que l’inspiration soit avec vous!

CHAN-Heatherlee

L’automne, dans les rues de mon village, ne ressemble pas du tout à l’automne qu’on peut connaître ailleurs. Il y a, c’est vrai, les arbres qui changent de couleur avant de perdre leurs feuilles. Il y a des jours où la pluie ne fait que passer. Le soleil se charge, la plupart du temps, de la pousser ailleurs avant la nuit.

Il y a, c’est certain, « la petite laine », les soupes chaudes et puis les châtaignes, qu’on grille et on déguste entre amis, entre deux blagues salaces, et des rires d’enfants heureux. Malgré notre âge et nos cheveux que le temps a blanchis.

L’automne, dans les rues de mon village, sent bon la mer. Les bateaux qui tanguent nonchalants. Les mouettes toujours à l’affût de nourriture. Les couchers de soleil qui embrassent la mer, avant de s’en aller. Ailleurs.

Deux ou trois boutiques à touristes qui s’ennuient en regardant l’horizon, là où les bateaux semblent s’effacer, puis en remontant le bistrot du vieux Pierre, toujours animé, l’épicerie de la vieille Laure, une pharmacie d’un autre temps et depuis quelques mois, la librairie d’Ana. Une fille de la grande ville qui a décidé de ne plus s’en aller depuis que j’ai déposé dans son cœur toutes les années qu’il me reste de vie.

Et nous savourons, heureux, l’automne qui se promène dans les rues de mon village.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le10 novembre 2013.

Sur une illustration de Bianca Gomez

22 février 2015

Iront-ils, chacun dans sa direction, sans jamais se rencontrer? S’arrêtera-t-il pour lui demander ce qu’elle lit? Ce n’est pas à moi de vous raconter ce qui va arriver aux personnages de l’illustratrice madrilène Bianca Gomez, mais à vous. En vos mots.

Étonnez-moi. Étonnez-nous. Ce n’est que dimanche prochain que nous saurons lesquels d’entre vous auront été inspirés pour la première, la dixième ou la centième fois. Pas avant.

D’ici là, bon premier dimanche de novembre!

GOMEZ-Blanca

Deux heures du matin. Les nuages ont donné une couleur épaisse à la nuit. La lune s’en est allée vivre ailleurs. Marre du mauvais temps, surement. Je regarde par la fenêtre les soleils électriques alignés comme des sentinelles le long de la rue. Comme s’ils veillaient sur nos sommeils lourds.

Trois heures du matin. Une voix douce se promène dans ma tête avec un air connu : How many roads must a man walk down… Et cela me plait. J’ai toujours adoré cette chanson. Même avant d’en comprendre le moindre mot. Même sans savoir qui était Dylan.

Quatre heures du matin. Esperança !… Cela veut dire Espoir. Quel drôle de nom pour une fille. Solitaire et timide. Qui s’intéresse à vous parce que vous ne connaissez pas Dylan. Ni Stravinsky. Ni Albert Cohen. Et son regard attendri posé sur moi en me demandant : Mais qui connais-tu?… Comment peux-tu aimer la vie sans connaître tout cela?…
Nos deux corps ne font qu’un seule. Nos cœurs en cadence semblent espérer que la nuit suspende ses heures pour que le nouveau jour vienne tout effacer.
Tu sais on n’a pas besoin de s’aimer beaucoup. Ni de s’aimer peu. S’aimer, c’est la juste mesure des choses, m’a-t-elle lancé en se blottissant contre moi, la tête posée au creux de mon épaule. Avant de s’endormir profondément.

Cinq heures du matin. Je regarde toujours par la fenêtre ces poteaux de lumière alignés comme des soldats. Bientôt le jour qui se lève. Je me dis que, quelque part, en regardant par la fenêtre, Esperança chante toujours How many roads must a man walk down… en pensant à nous.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 10 novembre 2013.

Sur une toile de Robert Crawford

15 février 2015

Une fois de plus, une scène livresque vous est offerte afin que vous la racontiez en vos mots. Celle de ce dimanche est signée Robert Crawford.

Puisse-t-elle inspirer plus d’un d’entre vous au cours de cette semaine où la toile sera vôtre afin que vous puissiez l’examiner sous tous les sens. En effet, je ne validerai aucun des textes reçus avant dimanche prochain.

D’ici là, que l’imagination soit au rendez-vous.

Bon dimanche et bonne semaine à tous!

CRAWFORD-Robert-2

J’ai regardé les premières lueurs du jour d’un air apaisé. J’étais si serein. Et je crois que c’était cela qui donnait une couleur particulière au jour qui commençait, peu à peu, à éclairer Lisbonne. Je me disais que cela allait être une belle journée. Mais je ne me suis aperçu réellement de la magie de ce jour que quelques heures plus tard.

Ils n’étaient que 22, mais leurs sourires me donnaient l’impression qu’ils étaient beaucoup plus. Je m’attendais à être bien accueilli et voilà que je me suis retrouvé adopté. Dès nos premiers instants. Nos premiers regards. Nos premiers sourires. Comme s’ils avaient compris que les battements de leurs cœurs faisaient vivre le mien.

Je leur ai parlé de moi, de mon travail, du temps passé où j’étais comme eux. Avec les mêmes doutes et les mêmes peurs. Ils m’ont écouté. Je les ai écoutés. Nous avons ri. J’ai été ému. Troublé par leur sincérité. Par les rayons de soleil pendus à leurs yeux. Par leur tendresse. Avec cette certitude que lorsqu’un enfant vous aime, aussi court que ce soit cet instant, il vous aime vraiment. Sans voir besoin de connaître ni de conjuguer le verbe.

Et il faut dire que le verbe n’avait pas sa place.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 3 novembre 2013.

Sur une toile de Paul Hedley

8 février 2015

En ce dimanche d’octobre, alors que nous glissons tout doucement vers l’automne, l’été n’en finissant pas de s’éterniser, la lectrice peinte par Paul Hedley n’a pas ouvert aucun des livres posés sur la table. C’est la seule chose que nous puissions affirmer. Pour l’instant. Tant que vous n’aurez pas déposé quelques lignes qu’elle vous aura inspirés. Tant que vous ne nous aurez pas dit en vos mots ce qu’elle suscite ou vous rappelle.

Nous vous lirons dans sept jours. Pas avant.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

HEDLEY-Paul-5

Je sais qu’elle connaissait par cœur tous les secrets de mes nuits d’insomnie. Avec le temps et les silences partagés, je crois qu’elle avait appris à sentir, avec la précision d’un félin, quand cela allait arriver. Comme si la couleur intense de nos silences pouvait parler plus fort que nos mots.

Je la vois encore me sourire avec la tendresse de ceux qui aiment sans se poser d’autres questions que celles qui émergent du cœur.
Il me revient en mémoire ce jour de fous rires partagés où tout avait commencé par une question d’adolescent attardé.
- Pourquoi tu m’aimes?…
- J’ai toujours eu un faible pour les garçons qui me posent des questions imbéciles, m’a-t-elle répondu en éclatant de rire. Et pour toi j’ai un faible. Un grand faible, même.

Sou rire était libre et ensoleillé, comme un matin de printemps. Et je l’entends encore. Il a résonné dans ma tête tellement de fois. Et chaque fois, il me revient ce Pourquoi tu m’aimes?… Et c’est vrai que, si elle m’avait un jour posé la même question, je n’aurais pas su quoi lui répondre.

Elle ne connaissait qu’aimer. Pas les pourquoi.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 25 octobre 2013.

Sur une toile de Ralph Hedley

1 février 2015

Le petit vendeur de journaux peint par Ralph Hedley s’est endormi à force d’attendre des clients… C’est tout ce que nous savons de lui. À vous d’inventer le reste, en vos mots, comme vous le faites dimanche après dimanche pour le plus grand plaisir de ceux qui vous lisent, toujours étonnés par l’imagination dont font preuve envosmotistes aguerris ou de passage.

Vous avez une semaine pour le faire, comme le veut l’habitude.

Au plaisir de vous lire dimanche prochain et bonne semaine d’ici là!

HEDLEY-Ralph-5

Je ne sais mesurer la solitude des êtres à leur silence.
À tous ces mots non dits depuis longtemps. Effacées de leur mémoire.
Perdus à jamais dans les profondeurs de leurs souffrances.
Et qu’ils ne prononceront plus jamais.Parce qu’ils ont oublié leur sens.

Je ne sais mesurer la solitude des êtres à leurs regards.
Qui vous transpercent le corps comme des épées rouillées par le temps.
Ces regards si souvent posés sur un lointain imaginaire.
Qui regardent perplexes un monde perdu depuis si longtemps.

Je ne sais mesurer la solitude de mes semblables qu’à leurs mensonges.
Leurs mots brodés de l’or des mots qu’ils ont volé aux poètes d’hier
Et qui sentent encore le parfum d’Uguay et l’encre fraiche de Nelligan
Mais que je fais semblant de découvrir tendrement émerveillé

Je ne sais mesurer la solitude de mes frères d’un jour
Que lorsque les rues deviennent pierres mortes et silence
Et qu’épuisé, comme un enfant seul et sans destin,
Je m’endors, en rêvant d’étoiles et de noëls éphémères

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 13 octobre 2013.