Sur une toile de Joseph Christian Leyendecker
17 mai 2012Ce texte a été écrit par Armando Ribeiro et a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 20 mai 2011.
Au pays de Lali, le dimanche est une journée est bien spéciale depuis un peu plus de quatre ans. C’est le jour d’En vos mots, une rubrique qui ne m’appartient pas et qui est vôtre. Une rubrique que vous nourrissez de vos mots et d’histoires que vous inventez à partir d’une toile. Une rubrique que certains entretiennent depuis le début alors que d’autres viennent tout juste de se joindre à cette aventure.
Nous voici donc dimanche et les lecteurs de l’artiste Joseph Christian Leyendecker viennent de s’installer. Ils ne bougeront pas de la semaine et aucun des commentaires que vous déposerez d’ici dimanche prochain ne sera validé avant l’accrochage d’une nouvelle toile. Vous avez donc sept jours devant vous pour écrire quelques lignes, pour nous dire en rimes ou en prose ce que cette scène évoque, pour faire vivre la toile du jour.
Puisse celle-ci vous inspirer!

Depuis quelques semaines que je n’arrivais pas à dormir. Dans ma tête, constamment, avec la violence d’un marteau piqueur, la suspicion du médecin, lors des derniers examens : « Il nous faudra faire des examens supplémentaires. On a trouvé quelque chose, mais on n’est sûr de rien. Il ne faudra pas vous inquiéter. »
Elle a décidé de les remettre à plus tard, ces examens. En sortant de l’hôpital, avant que je ne puisse articuler mes premières appréhensions, je l’ai entendue me confier que les examens, ce sera pour quand on reviendra des vacances. La maladie serait toujours là. Malheureusement.
Je l’ai regardée et elle m’a souri. D’un air désinvolte. Ou insouciant. Je n’ai jamais compris la différence.
Je l’ai regardée dans les yeux et je me suis avoué vaincu. Elle ne me semblait pas inquiète. Pas plus que cela. Je n’ai pas eu le courage de lui parler de cinq années de galère. Des nuits sans dormir. Des douleurs. De la solitude. Des peurs. Manifestement elle s’en foutait. Ou elle faisait tout comme. En me défiant du regard. Avec un sourire marqué par les ans.
J’ai décidé de ne pas lui parler de mes peurs. Des nuits où je me réveille pour me poser des questions sans réponse. D’ailleurs, je sais qu’elle se rend compte de mes absences. Elle ne me questionne plus. C’est à peine si elle me rétorque que les nuits sont faites pour dormir, lorsque je prétexte un coup de fatigue.
Cet après-midi encore, je la regarde, elle me semble si heureuse, si paisible, si insouciante et lorsque inquiet, je lui demande comment elle va, elle me répond en me lisant, avec bonheur quelques mots de Jacques Sternberg : « Il y a un temps pour vivre, un temps pour mourir. Après cela tout s’aggrave parce qu’il n’y a plus de temps. »
Et moi je la regarde. Mais comment fait-elle?…

















