Sur une illustration d’Ana Juan

14 septembre 2014

Les personnages créés par l’illustratrice Ana Juan vous attendent, ou plutôt ils attendent vos mots pour poursuivre leur conversation ou leur lecture à haute voix, puisque les voilà figés dans cette pose jusqu’à dimanche prochain. C’est en effet dans sept jours et pas avant que vos mots seront validés et pas avant.

Bon dimanche à vous tous et puisse l’inspiration être au rendez-vous!

JUAN-Ana

Frédéric aimait lire.
À haute voix.
Pour le goût des mots.
Qu’il savourait
Avec la parcimonie d’un moine
Lorsqu’il fait sa prière.
Anne était sourde
Mais elle aimait imaginer
La couleur de la voix de Frédéric
Et puis surtout ses lèvres
Qu’elle aimait tant embrasser
Avec la même gourmandise
Que Frédéric avait pour lire.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 28mai 2013.

Sur une illustration d’Irina Dobrescu

7 septembre 2014

En ce dimanche de mai, la jeune lectrice d’Irina Dobrescu s’est installée dans son fauteuil afin d’y lire jusqu’à dimanche prochain. Ce n’est qu’à ce moment que je validerai les textes qu’elle vous aura inspirés et pas avant, comme le veut cette habitude instaurée il y a plus de six ans.

Puisse ce nouvel En vos mots vous donner envie d’écrire.

DOBRESCU-Irina-1

Dimanche. Seize heures. École des Enfants de la Sainte Prière. Les enfants égarés dont les sœurs s’occupent sont sortis. Il plane un presque silence de saison. Les sœurs s’occupent entre prières et méditation. Certaines parlent à sourde voix à mon passage. Depuis deux jours, j’ai l’autorisation de me déplacer sans contraintes dans les jardins et certaines parties de l’école. Pour les besoins de mon travail. Je suis photographe et sœur Mathilde, une amie d’enfance, m’a demandé de faire un reportage sur l’école.

Dimanche. Seize heures trente-deux. Je fais la connaissance de Clarisse. La seule enfant restée à l’école ce jour-là, à la suite d’une maladie respiratoire. Enfin. Pas vraiment. C’est que les adultes prétendent pour la rassurer. Sœur Mathilde m’a avoué que c’était plus grave. Le cœur. Une malformation de naissance. Le genre d’histoire qui ne présage rien de jouissif.

Clarisse me sourit. On la dirait heureuse de me connaître. Elle me parle de son jardin secret où une vielle fée a planté un jour de printemps un arbre où poussent les rêves. Elle me dit que si j’en veux un, je peux le prendre. Il y en a plein dans son arbre. Je lui promets d’en prendre un. En sortant. Pour l’amener chez moi.

Puis elle me parle des nuages. Des nuages blancs et doux comme du coton. Qui sont des îles éparpillées dans le ciel. Pour que les anges puissent se reposer. Et veiller sur les petites filles seules.

Dimanche. Dix-huit heures. Clarisse me trouve sympa. Et rigolo. Elle m’aime bien.

Je lui demande si elle voudrait bien m’adopter… Elle rit. Amusée. Avant de me dire que je suis bête. Les petites filles ne peuvent pas adopter de grandes personnes.

Et pourtant… Dimanche. Dix-neuf heures trente-neuf. Je ne me sentirai plus jamais seul. Ma vie a désormais un sens. Et je souris.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 25 mai 2013.

Sur une illustration de Robert Wagt

31 août 2014

Vous avez été plus d’un à vous laisser tenter par la scène livresque de dimanche dernier. Puisse celle-ci, imaginée par l’illustrateur Robert Wagt, inspirer envosmotistes aguerris ou occasionnels, et même décider certains qui hésitent encore à le faire, à tenter l’expérience.

Il suffit pour cela d’écrire à partir d’une image. Une courte nouvelle, un poème, une seule phrase. Et de déposer vos mots ici avant dimanche prochain, 8 h, heure de Montréal, alors que seront validés les commentaires reçus d’ici là et qu’une autre toile sera accrochée.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous!

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Elle avait le regard coquin et le sourire des gens heureux. Elle adorait voir tomber la neige. Boire du café chaud dans un grand bol rond qu’elle tenait à deux mains. Elle aimait Nelligan, Byron, la voix de Frank Sinatra et puis Brahms. L’amour de sa vie. Comme elle ne se lassait pas de me le dire.

Et il me vient quelquefois en tête sa façon légère, comme une caresse, de murmurer Brahms. C’était si doux et tellement intime qu’on aurait pu croire qu’un soir d’été, quelque part, elle avait été sa maitresse.

Et sa voix tendrement rieuse : Pourquoi n’aimes-tu pas Brahms?…

Que lui dire, alors que je n’arrivais pas à comprendre ce qu’elle pouvait bien trouver à ce prétentieux de Brahms qui s’amusait à ignorer Camille Saint-Saëns, dont j’aimais la symphonie n° 3, en affirmant qu’il n’y avait pas de musicien français? Quel salaud.

Il me vient à l’esprit son regard épanoui comme un printemps, le soir où, son corps nu, abandonné contre le mien je l’ai entendue me dire : « Pas trop mal pour quelqu’un qui n’aime pas Brahms!… »
Cela avait sans doute été sa façon particulière de me dire je t’aime.
Elle qui savait que le cancer ne lui laisserait plus longtemps pour aimer. Avant d’aller rejoindre l’amour de sa vie. Me laissant seul. Avec Brahms. Pour combler ma solitude.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 19 mai 2013.

Sur une illustration de Kardi Kurema

24 août 2014

C’est à l’illustratrice Kadi Kurema, originaire d’Estonie, que nous devons la scène livresque de ce dimanche que je vous invite une fois de plus à raconter. En vos mots.

Comme le veut cette habitude instaurée depuis plus de six ans, aucun commentaire ne sera validé avant le prochain accrochage, c’est-à-dire dans une semaine. Ce qui vous laisse amplement le temps de tisser une histoire, d’aligner quelques vers ou même d’écrire une seule phrase. Car il n’y a pas de règles au pays de Lali. Juste le plaisir de l’écriture et du partage à partir d’une toile tous les dimanches depuis avril 2007.

Bon premier dimanche de mai à tous et que l’inspiration soit au rendez-vous!

KUREMA-Kadi-1

J’ai toujours aimé observer ces gens paisibles qui s’abandonnent à la lecture et qui voyagent accrochés aux ailes de mots inconnus, se laissant emporter par la rivière de l’écriture.

Que lisent-ils?… Où sont-ils?…

Ils écrasent le monde de leur présence et cependant on les dirait absents. Ailleurs. Suspendus à des nuages de velours, où il fait bon s’attarder quelques heures. Sans déranger la boulimie du temps qui passe, comme un ogre, avalant les poussières d’or de nos âmes.

Et je me dis qu’il doit avoir chez eux quelques frêles éclats d’éternité qui dansent, comme des aurores boréales, dans le ciel infini de leurs somptueux silences.

L’homme a de ces secrets impénétrables et tendres que les mots ne sauront jamais briser. Même s’ils sont fragiles comme des monarques aux couleurs vives. Et si beaux que le printemps les jalouse.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 9 mai 2013.

Sur une toile de Bror Hillgren

17 août 2014

Alors que je validais les commentaires déposés sur la toile de dimanche dernier, le lecteur peint par l’artiste suédois Bror Hillgren, qui a notamment illustré des livres de Selma Lagerlöf et de Hans Christian Andersen, s’est installé au pays de Lali pour une semaine. Le temps pour vous de l’examiner, de nous dire en vos mots ce qu’il évoque pour vous ou même de vous glisser dans sa peau.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant dimanche prochain.

D’ici là, bonne semaine et bonne lecture. Les textes déposés sur la toile de Marco Cazzato vous attendent.

HILLGREN-Bror

Cette année-là, je caressais du bout de mon sourire le pays de mes rêveries solitaires d’enfant. Je découvrais le pays où Corte Real s’était promené bien avant Jacques Cartier.
Je me promenais sur le mont Royal et aux chutes Montmorency. Je trainais quelques heures dans Vieux-Québec et je découvrais la poésie dans les rues de Trois-Rivières.

Quai de l’horloge, une dame jouait de la harpe. La tour regardait passer le Saint-Laurent. Les amoureux se murmuraient de promesses insensées. Les enfants couraient dans tous les sens. Une jeune fille et son vélo semblaient attendre quelqu’un qui tardait. Le jour s’endormait. Sur le port de Montréal il faisait doux. Je me souviens d’un crépuscule paisible.

Et pourtant, cette année-là, l’amitié a suspendu son vol comme une colombe agonisant prisonnière des grilles du mensonge.

J’aurais aimé pouvoir écrire dans les bordures blanches de mes silences quelques mots pour plus tard, quand mes larmes viendraient me rappeler mes blessures passées.

Ce texte a été publié une première fois dans le jardin de Lali le 4 mai 2013.