Archive pour la catégorie ‘PORTUGAL - Mes mercredis au Portugal’

Un mercredi pour Dominique

Mercredi 18 août 2010

Je vous avoue les amis que le commentaire laissé par Dominique (à sauts et à gambades) la semaine dernière m’a donné envie de lui offrir un mercredi au Portugal rien qu’à elle.

Vous savez, un de ces mercredis où vous vous levez le matin en vous demandant comment vous pouvez offrir un sourire à quelqu’un. Même si cela vous semble une des choses on ne peut plus banales, pour moi, cela tient de la douceur de vivre. Offrir des sourires. C’est mieux que les fleurs. Un sourire fleurit chaque fois que la mémoire nous prend par la main et nous plonge au cœur d’un souvenir heureux. Et cela ne se fane jamais. Malgré les années.

Nous parlons tous volontiers de nos ineffaçables douleurs. Sans doute parce que nous n’attachons pas suffisamment de prix aux sourires de la vie. Je crois.

Toujours est-il qu’aujourd’hui il me vient d’inviter Dominique, la lectrice, dans un monde dans lequel, sans doute, elle sera heureuse de voyager.

Je prends donc la direction de Porto, la très belle capitale du nord du Portugal, réputée pour son vin et qu’a si bien chantée Rui Veloso (une des rares chansons portugaises qui me fait transpirer des yeux) afin d’inviter Dominique à visiter Lello & Irmão – il y a des livres heureux…, dans l’espoir de voir son regard étinceler d’émerveillement…

Puis, à prendre le chemin de la ville des amours de Pedro l’amoureux et celle des étudiants, l’éternellement jeune Coimbra, là où le fado se chante autrement, avec un autre son, mais toujours avec le même frisson, et où là, une des plus belles bibliothèques du monde, la bibliothèque Joanina nous attend pour un retour, sans concessions, dans l’histoire à travers livres rares, boiseries et plafonds peints qui ont vu naitre et mourir des générations de regards éblouis.

Et puis surtout je m’éloignerai discrètement et la laisserai, sans doute rêveuse, dans un univers d’où elle gardera des étoiles plein les yeux et duquel elle se rappellera de temps en temps. Avec le sourire.

Et puis, faut surtout pas que j’oublie le clin d’œil en partant. Ça fait craquer les filles…

Eugénio de Andrade – Avec la mer

Mercredi 4 août 2010

mes-mercredis.jpg
mes-mercredis-ar.jpg

Avec la mer

J’apporte la mer entière dans ma tête
De cette façon
Qu’on les jeunes femmes
D’allaiter leurs enfants;
Ce ne qui ne me laisse pas dormir,
Ce n’est pas le bouillonnement de ses vagues
Ce sont ces voix
Qui, sanglantes, se lèvent de la rue
Pour tomber à nouveau,
Et en se trainant
Viennent mourir à ma porte.

[Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
1935-2000
Choix et présentation de Michel Chandeigne
Traduction de Patrick Quillier, Michel Chandeigne,
Michelle Giudicelli, Magali et Max de Carvalho
Éditions Gallimard, 2003]

[Photo : Armando Ribeiro]

Nous avons en commun le fait d’être nés un 19 janvier même si 31 ans nous séparent.

Eugénio de Andrade a été inspecteur administratif du ministère de la Santé pendant 35 ans  et  malgré son prestige international, il a vécu éloigné de la vie mondaine et a justifié ses apparitions par le fait “de cette débilité du cœur qui est l’amitié”.

Celui qui comptait parmi ses innombrables amis Marguerite Yourcenar et Sophia de Mello Breyner Andresen a été couvert de distinctions parmi lesquelles le Prix de poésie de l’Association portugaise des écrivains et le Prix Camões.

Il disparait, après une longue maladie, en 2005 à Porto où une Fondation porte son nom depuis 1992. Malheureusement celle-ci, selon les dires d’Arnaldo Saraiva, son responsable, n’est pas viable et est donc condamnée à disparaitre.  Il est prévu à la place la création de la “Casa da Poesia” (Maison de la poésie) portant le nom du poète, laquelle devrait fonctionner selon des termes plus favorables, sans équivoque entre le privé et le public, le commercial et le culturel.

 

Je Parle, Pedro Tamen

Mercredi 28 juillet 2010

mes-mercredis.jpg
mes-mercredis-ar.jpg

Je Parle

Je parle. Je te dis des bleus, des verts,
tentations, lézards, brises tièdes,
je te dis dépense et désir, j’habite,
j’avise, où je veux je te parle

et je tombe. J’étends un chant
aux tempes de l’hiver;
sifflement, océan, il est mon front.

[Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
1935-200
Choix et présentation de Michel Chandeigne
Traduction de Patrick Quillier, Michel Chandeigne,
Michelle Giudicelli, Magali et Max de Carvalho
Éditions Gallimard 2003]

[Photo : Armando Ribeiro]

Pedro Tamen est né à Lisbonne et après des études de droit à l’Université de Lisbonne a été directeur de l’Editora Moraes de 1958 a 1975 et puis administrateur de la Fondation Calouste Gulbenkian, jusqu’en 2000, moment où il s’est retiré de la vie professionnelle.

Son activité poétique, qui a été récompensée par plusieurs prix, aurait commencé en 1956 avec Poema para todos os dias (Poème pour tous les jours) et ses poèmes ont été traduits en plusieurs langues.

De même pour son activité de traducteur littéraire que lui a valu en 1990 le Grand Prix de Traduction. On lui doit notamment la traduction d’À la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

Ce qui reste, Gastão Cruz

Mercredi 21 juillet 2010

mes-mercredis.jpg
mes-mercredis-ar.jpg

Ce qui reste

La mer où ton corps
Reposait
Comme si chaque vague édifiait

Une grotte protectrice
Est un champ relu voilà ce qui reste
Semblable au silence

Des corridors
Me mènent à un autre temps parcourant
L’océan des lieux

[Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
1935-200
Choix et présentation de Michel Chandeigne
Traduction de Patrick Quillier, Michel Chandeigne,
Michelle Giudicelli, Magali et Max de Carvalho
Éditions Gallimard 2003]

[Photo : Armando Ribeiro]

Ayant obtenu une licence en philologie germanique à l’université de Lisbonne, Gastão Cruz a été professeur et lecteur de portugais au King’s Collège, à Londres.

Poète et critique littéraire, il a travaillé pour quelques journaux et revues comme critique littéraire et a traduit des auteurs comme William Blake et Shakespeare.

Il est de plus le fondateur du Théâtre Hoje (Aujourd’hui), où il a mis en scène plusieurs pièces.

Son œuvre a été couronnée par plusieurs prestigieux prix littéraires parmi lesquels le grand prix de la Littérature, en 2005.