Main dans la main

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Il est entré dans ma vie brutalement. Comme si j’avais eu un accident violent. Un choc. Et vous restez un peu « sonné » en vous demandant ce qui vous vient d’arriver. Comment est-ce possible que cela vous arrive. Et pourquoi c’est à vous que cela arrive.

J’ai cru entendre un sourire cynique derrière moi. Un sourire pendu aux paupières de cet instant où vous avez du mal à vous relever.

L’homme en blanc parlait d’un air monocorde, fade et distant, comme si l’horreur faisait tellement partie de son quotidien, en vous annonçant les choses comme si on était au journal de 20 heures, devant la télévision.

– Voilà, disait-il à mon épouse, il s’agit bien de… C’est cette boule ici… Il faut opérer rapidement… très dangereux… agressif… hôpital… prise en charge…

Les mots sont devenus de plus en plus inaudibles et épars dans mon esprit. Je la tenais par la main. Et j’ai senti un tremblement de peur et de colère mélangées auquel encore aujourd’hui je n’arrive pas à donner un nom.

Puis les larmes. Les siennes d’abord, que j’ai enlacée. Impuissant. Puis les miennes. Les promenades en forêt. Les silences. Les mots qui se veulent rassurants. Les interrogations. Les questions. Les unes et les autres sans connexion aucune. Juste comme ça. Parce qu’elles ont besoin d’être exprimées. Pour se soulager. Pour se donner confiance. Pour se dire qu’on est encore vivant.

Et puis, on serre les poings et on se dit qu’on ne se laissera pas faire si facilement. Qu’on va livrer bataille, même si elle est inégale. Même si l’ennemi est lâche, impitoyable, rusé.

L’hôpital. L’opération. Les regards inquiets et tristes. Les sourires d’espoir. Les larmes de l’usure. Les couloirs sombres et sordides. Les traitements lourds. Les douleurs. La perte de poids. Les nuits sans dormir. Et puis, les mêmes visages tous les jours. Jaunâtres. Fatigués. Chauves. Familiers. Tendrement familiers.

Parfois l’absence d’un visage vous interroge. Vous interpelez l’infirmière. Inquiet. Apeuré. On se parle avec des mots timides. Presque inaudibles. Quelquefois c’est le regarde qui vous répond.

Et les mois défilent. Impitoyablement.

Dehors la vie pétille. Indifférente à vous. Indifférente à tout.

Sur un balcon, un l’oiseau en cage chante. Un chien vient vous renifler. Instinctivement, vous le caressez et vous vous rendez compte qu’il vous regarde avec tristesse comme si il était le seul à s’apercevoir que votre cœur souffre. Son maitre l’appelle et vous salue, « Bonne journée », et vous quittez cet îlot de vie insouciante, pour plonger à nouveau dans la mer de vos tourments, même si parfois vous arrivez à un lac où tout semble doux et calme. Comme avant…

Mais quelque chose au fond de vous vous dit que plus rien n’est ni sera comme avant. Quelque chose au fond de vous vous dit que le monstre peut se réveiller encore. À n’importe quel moment.

Et que tous les moments de vie qui défilent devant vous, il vous faudra les vivre.

Parce que la vie est la seule chose dont vous avez besoin pour pouvoir vivre tous les autres moments.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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6 réponses à Main dans la main

  1. Reine dit :

    Il dit aussi combien le corps médical est parfois maladroit et démuni. Une bonne formation, et pas seulement technique, serait indispensable pour établir une relation entre les soignants, le malade et sa famille, c’est aussi important que les traitements. Mais… est-ce que cela s’apprend ?
    Il y a des progrès dans ce sens et c’est encourageant mais la route est encore longue… comme dans tous les métiers où la relation humaine est essentielle, on accepte difficilement la médiocrité. Heureusement, d’ailleurs !

  2. agnès dit :

    Oui… Parfois, on s’étonne d’avoir été capable de supporter tout cela. On s’étonne de rire et de trouver le goût du pain merveilleux, la voix des enfants si pure, les yeux aimés si profonds, les caresses siagréables. On s’étonne de sa force et de cette envie de vivre qui nous porte.

    Ton texte m’émeut beaucoup, Armando. Il dit avec justesse les silences, les peurs, la tristesse. Merci !

  3. marcel dit :

    Un récit extrêmement émouvant et les mots qui sonnent juste.

  4. Il est de moi.
    Autrement, j’aurais mentionné la source.

  5. Marion dit :

    Je ne sais pas qui a écrit se texte, mais il est si vrai et si beau que je ne peux ajouter aucun mot.

  6. saab dit :

    Oui la vie continue et on se sent largués, abandonnés, on ne comprend pas pourquoi la ciel ne s’est pas éffondré et la terre mise à trembler… j’ai vécu cela et c’est vraiment dur.

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