Fernando Namora, Carnets d’un médecin…

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Le médecin et écrivain portugais Fernando Namora a vécu dans ce véritable patrimoine né de la pierre, qui lui inspira Retalhos da vida de um médico (Carnets d’un médecin de campagne), traduit en plusieurs langues et en braille.

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Un livre poignant d’humanité et de tendresse que je vous conseille de lire sans hésitation.  Je me permets de vous offrir quelques passages :

Histoire d’un accouchement

C’est dans toute la timidité de mes vingt-quatre ans que, nanti d’un diplôme de médecin, j’étais venu m’installer à Monsanto. À cet endroit, ce pays sauvage se dégage de la plaine et s’élève de rocher en rocher pour contempler dédaigneusement les montagnes d’Espagne, tandis qu’à la frontière, la bordure des plateaux guette le passage des contrebandiers et la fuite des rivières.

Ces gens à la peau sombre tendue sur les os et qui avaient l’ait taillés dans le granit, attendaient de moi ce qu’ils avaient exigé de l’ancien médecin avant de l’accepter : un acte indiscutable qui décidât de ma réputation, un accouchement, par exemple, avec son mystère effrayant et ses heures d’angoisse L’accouchement a toujours été un moment solennel et redoutable aux yeux du peuple; de lui dépendent deux vies et également le renom de sang-froid, d’audace et de savoir-faire d’un praticien.

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Je savais déjà que ces gens sous-alimentés trompaient leur estomac à l’aide de morceaux de légumes, d’herbes même, et de litres d’eau qui leur faisaient absorber la soif provoquée par le sel des aliments. En emplissant ainsi l’estomac, ils se donnaient l’impression d’assouvir leur faim.



L’enfant arriva intact dans mes mains héroïquement ensanglantées. Je l’enlevai avec ostentation des mains ridées de la matrone. Heureux et ravi, je le lavais avec tendresse. Je l’aimais déjà comme s’il eût été mien. Je dominais maintenant la situation; je dominais ces corbeaux et le plus sinistre d’entre eux, la matrone. Elle leva les bras au ciel et avec extase :

– Miracle! J’ai vu naitre des centaines de petits; j’ai vécu des heures bonnes et mauvaises, mais un travail comme celui-là!… L’enfant est là sans une égratignure. Tant que je vivrai, Monsieur le Docteur…

Et nous fûmes bons amis.

Dehors, m’attendait une nuit suffocante d’automne. Le vieux avait harnaché l’âne. Muet d’émotion, il devait faire des grands efforts pour avaler sa salive. Le chapeau à la main, il attendait mon départ et resta ainsi au garde-à-vous jusqu’à me voir disparaître au coin de la rue. C’est alors seulement qu’il parvint à prononcer d’une voix rauque :

– Merci, Monsieur le Docteur, merci! Que Dieu vous garde! À jamais!

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Maison où Fernando Namora aurait vécu, à Monsanto.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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6 réponses à Fernando Namora, Carnets d’un médecin…

  1. popelina dit :

    Já li, mas os meus pais adoravam. tenho que voltar a ler. Mais um excelente post…

  2. Isa dit :

    O GRANDE FERNANDO NAMORA

  3. brazex dit :

    Voici un livre que j’ai lu très jeune et qui m’a marqué. Ces gens la je les connus j’ai vécu avec, d’ailleurs on peut encore les trouver peut-être a Monsanto ou quelque part au Portugal dans les milliers de petites villages de montagne. Grande écrivain Fernando Namora il faut la lire.

  4. Denise dit :

    Merci Armando pour les touchants passages de ce livre !
    Médecin et écrivant qui avait un coeur…

  5. Lali dit :

    J’ai fait le tour du réseau des bibliothèques publiques de Montréal et on trouve cinq livres de cet auteur (et en version originale en plus), mais pas le carnet d’un médecin de campagne…

  6. ana dit :

    Grande medico, grande escritor… gente boa!
    Nao o sabia dessas terras!

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