Il a une fière allure le ‘temple des Dieux’, le regard plongé dans la mer de paille (mar da palha); cependant, le Panthéon portugais sait que son passé n’a pas été des plus pacifiques.
Il est né des ruines de la vieille église de Santa Engrácia, fondée en 1568 lors de la création du quartier du même nom, à l’initiative de l’infante D. Maria de Portugal, fille du roi D. Manuel Ier et d’Éléonore de Habsbourg, sa troisième épouse qui est devenue veuve en 1521 suite à la mort du roi D. Manuel.
Après le traité de «la paix des dames», Éléonore de Habsbourg est devenue reine de France, par son mariage avec François Ier qui la négligera toute sa vie durant en préférant sa maîtresse favorite, Anne de Pisseleu. D’ailleurs, le destin d’Éléonore de Habsbourg, catholique fervente, est un véritable drame, puisque de nouveau veuve en 1547, elle est priée de quitter la cour de France, ce qu’elle fait avec dignité pour se réfugier chez sa sœur à Bruxelles. Lorsqu’elle se décide à aller au Portugal visiter sa fille, l’infante Dona Maria, cette dernière la rejette. Éléonore de Habsbourg décédera sur le chemin du retour.
En 1630, l’église de Santa Engrácia a été saccagée. S’en est suivie une lente reconstruction qui a traîné jusqu’en 1668, pour succomber, à la suite d’une énorme tempête qui s’est abattue sur Lisbonne en 1681.
C’est alors qu’une confrérie, formée de nobles et de notables, a décidé d’ériger une église somptueuse. La première pierre de la première église baroque au Portugal a été posée en 1682. Même si tout le monde n’est pas d’accord avec les mots (inspiration, influences, évocation), le fait est qu’elle a des ‘airs de famille’ avec l’église San Pietro in Montorio, à Rome, et San Satiro à Milan notamment. Les murs arrondis rappellent les églises et palais romains et de Paris du XVIIème siècle.
En 1712, lors du décès de l’architecte João Antunes qui dirigeait la construction et qui a su tirer profit de l’ample panorama, les travaux sont encore bien loin d’être achevés.
D’autres architectes plus ou moins prestigieux viendront poursuivre les travaux jusqu’à ce que la (longue) construction vienne à subir les ravages du tremblement de terre de 1755. Et, c’est ainsi que de contretemps en discussion et de discussion en vicissitude, que l’oeuvre majestueuse, qui a gardé la trace approuvée en 1683, n’a été considérée comme achevée qu’en 1966. Déjà avec le statut de panthéon national.
Cependant, le peuple de Lisbonne se réfère toujours à l’église de Santa Engrácia et, quand on veut faire allusion à un travail qui prend plus de temps qu’il devrait, on a coutume de dire « on dirait les travaux de Santa Engrácia« .
Dans ces lieux où d’illustres personnages dorment paisiblement comme des livres dans une belle bibliothèque, où on entend quelquefois la mémoire nous murmurer des choses, nous trouvons quelques présidents de la république, Manuel d’Arriaga, Téofilo de Braga, Óscar Carmona (l’homme qui a nommé Salazar en 1927, comme ministre des finances et puis président du conseil en 1932. Il a été le premier président de l’État nouveau) et Sidónio Pais;
des écrivains, Almeida Garrett, João de Deus, Guerra Junqueiro et Aquilino Ribeiro (qui a fait objet d’une grande contestation parce qu’on l’accuse d’avoir été un des responsables du régicide qui a conduit à l’assassinat du roi D. Carlos, le père du dernier roi du Portugal);
on trouve également le général Humberto Delgado, qui a été un opposant de l’État Nouveau de Salazar et, enfin, la très médiatisée reine du Fado, Amália, qui a été transférée du cimetière des plaisirs (cemitério dos prazeres), en 2001, après une énorme pression de ses admirateurs. Elle repose dans la Salle de la langue portugaise, auprès des écrivains.
Le Panthéon abrite également les cénotaphes de figures dont les tombes sont soit ailleurs soit en lieu inconnu, comme Nuno Alvares Pereira, l’Infant D. Henrique, Pedro Álvares Cabral, Afonso de Albuquerque et Luis Vaz de Camões.
Je déplore l’absence de Fernando Pessoa dont la patrie était la langue portugaise, Aristides Sousa Mendes, Egas Moniz, prix Nobel de médecine, parmi tant d’autres. Pour José Saramago, c’est encore bien trop tôt, mais le voudra-t-il?…
Puis, je déplore surtout que l’entrée soit payante.
Mon billet serait incomplet si je ne vous parlais pas de l’autre Panthéon. En effet, depuis 2003, il à été conféré au Monastère de Santa Cruz [portugais] à Coimbra [un; deux; trois] le titre de Panthéon National, du fait de la présence des tombeaux des deux premiers rois du Portugal, D. Afonso Henriques et D. Sancho I.
Le statut de Panthéon National ne peut donc pas s’appliquer en absolu et uniquement à l’église de Santa Engrácia, à Lisbonne.


















Ces explications sont vraiment très intéressantes et les photos très agréables à regarder, elles complètent parfaitement cet agréable texte
Le Portugal est vraiment un très beau pays à visiter ! Merci Armando pour cette transmission de son riche passé historique.
De plus, grâce à Lali… . les poèmes de Fernando Pessoa font partie de mon quotidien désormais ! je les savoure à petite dose… Sourire.
« Après le traité de «la paix des dames», Éléonore de Habsbourg est devenue reine de France, par son mariage avec François Ier qui la négligera toute sa vie durant en préférant sa maîtresse favorite. »
Encore une reine sacrifiée !
C’est fini, je n’attends plus la semaine des quatre jeudis, j’attends la semaine des sept mercredis…
Merci pour cet autre volet de l’histoire du Portugal|
Merci Isa de votre présence. Votre français est on ne peut plus parfait.
Obrigado Isa pela sua presença. O seu francês é perfeitíssimo.
Até breve.
Enchantée pour cette leçon d’histoire portugaise. Bravo!
Je suis complètement d’accord avec vous, Fernando Pessoa devrais aussi partager Le Panthéon avec les autres grands écrivains portugais. Il a ecrit «Minha pátria é a língua portuguesa.» (Livro do Desassossego por Bernardo Soares)
Merci Armando et excusez mon français.
Isa Hope
Maintenant j’ai compris l’origine de l’expression » “les travaux de Santa Engrácia“. 300 ans pour construire une l’église même pour un portugais ça fait quand même un peut trop. Troujours un plaisir les mercredis chez Toi…
C’est toujours un plaisir De voir ton blog le mercredi. On a un rendez-vous avec l’histoire du Portugal. Celle que nous n’apprenons pas à l’école. Et pour moi le plaisir est encore plus puisant quand tu parles de notre BELLE VILLE DE LISBONNE. Merci Mandocas
« Le temple des Dieux » a, en effet, une fière allure surplombant la mer.
Les photos sont superbes et ton commentaire riche en histoire.
C’est un endroit qui donne vraiment envie d’y aller.
De tout coeur, merci Armando !
J’aime vous entendre parler de ce pays.