Le Panthéon

mes-mercredis.jpg
mes-mercredis-ar.jpg

 

 

01-2009-03-17-panteao-nacional_0007_.jpg

 

Il a une fière allure le ‘temple des Dieux’, le regard plongé dans la mer de paille (mar da palha); cependant, le Panthéon portugais sait que son passé n’a pas été des plus pacifiques.

03-2009-03-17-panteao-nacional_0017_.jpg

Il est né des ruines de la vieille église de Santa Engrácia, fondée en 1568 lors de la création du quartier du même nom, à l’initiative de l’infante D. Maria de Portugal, fille du roi D. Manuel Ier et d’Éléonore de Habsbourg, sa troisième épouse qui est devenue veuve en 1521 suite à la mort du roi D. Manuel.

2009-03-17-panteao-nacional-eleonorehabsbourg.jpg

Après le traité de «la paix des dames», Éléonore de Habsbourg est devenue reine de France, par son mariage avec François Ier qui la négligera toute sa vie durant en préférant sa maîtresse favorite, Anne de Pisseleu. D’ailleurs, le destin d’Éléonore de Habsbourg, catholique fervente, est un véritable drame, puisque de nouveau veuve en 1547, elle est priée de quitter la cour de France, ce qu’elle fait avec dignité pour se réfugier chez sa sœur à Bruxelles. Lorsqu’elle se décide à aller au Portugal visiter sa fille, l’infante Dona Maria, cette dernière la rejette. Éléonore de Habsbourg décédera sur le chemin du retour.

02-2009-03-17-panteao-nacional_0000_b.jpg

 

En 1630, l’église de Santa Engrácia a été saccagée.  S’en est suivie une lente reconstruction qui a traîné jusqu’en 1668, pour succomber, à la suite d’une énorme tempête qui s’est abattue sur Lisbonne en 1681.

C’est alors qu’une confrérie, formée de nobles et de notables, a décidé d’ériger une église somptueuse. La première pierre de la première église baroque au Portugal a été posée en 1682. Même si tout le monde n’est pas d’accord avec les mots (inspiration, influences, évocation), le fait est qu’elle a des ‘airs de famille’ avec l’église San Pietro in Montorio, à Rome, et San Satiro à Milan notamment. Les murs arrondis rappellent les églises et palais romains et de Paris du XVIIème siècle.

07-009-03-17-panteao-nacional_0012_.jpg

En 1712, lors du décès de l’architecte João Antunes qui dirigeait la construction et qui a su tirer profit de l’ample panorama, les travaux sont encore bien loin d’être achevés.
D’autres architectes plus ou moins prestigieux viendront poursuivre les travaux jusqu’à ce que la (longue) construction vienne à subir les ravages du tremblement de terre de 1755.  Et, c’est ainsi que de contretemps en discussion et de discussion en vicissitude, que l’oeuvre majestueuse, qui a gardé la trace approuvée en 1683, n’a été considérée comme achevée qu’en 1966.  Déjà avec le statut de panthéon national.

04-2009-03-17-panteao-nacional_0000_.jpg

Cependant, le peuple de Lisbonne se réfère toujours à l’église de Santa Engrácia et, quand on veut faire allusion à un travail qui prend plus de temps qu’il devrait, on a coutume de dire « on dirait les travaux de Santa Engrácia« .

09-2009-03-17-panteao-nacional_0006_.jpg

Dans ces lieux où d’illustres personnages dorment paisiblement comme des livres dans une belle bibliothèque, où on entend quelquefois la mémoire nous murmurer des choses, nous trouvons quelques présidents de la république, Manuel d’Arriaga, Téofilo de Braga, Óscar Carmona (l’homme qui a nommé Salazar en 1927, comme ministre des finances et puis président du conseil en 1932.  Il a été le premier président de l’État nouveau) et Sidónio Pais;

2009-03-17-panteao-nacional-manuel-arriaga.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-teofilo-de-braga.jpg

2009-03-17-panteao-nacional-oscar-carmona.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-sidonio-pais.jpg

des écrivains, Almeida Garrett, João de Deus, Guerra Junqueiro et Aquilino Ribeiro (qui a fait objet d’une grande contestation parce qu’on l’accuse d’avoir été un des responsables du régicide qui a conduit à l’assassinat du roi D. Carlos, le père du dernier roi du Portugal);

 

2009-03-17-panteao-nacional-almeida-garrett.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-joao-de-deus.jpg

2009-03-17-panteao-nacional-guerra-junqueiro.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-aquilino_ribeiro.jpg

on trouve également le général Humberto Delgado, qui a été un opposant de l’État Nouveau de Salazar et, enfin, la très médiatisée reine du Fado, Amália, qui a été transférée du cimetière des plaisirs (cemitério dos prazeres), en 2001, après une énorme pression de ses admirateurs. Elle repose dans la Salle de la langue portugaise, auprès des écrivains.

2009-03-17-panteao-nacional-humberto_delgado.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-amalia5.jpg

Le Panthéon abrite également les cénotaphes de figures dont les tombes sont soit ailleurs soit en lieu inconnu, comme Nuno Alvares Pereira, l’Infant D. Henrique, Pedro Álvares Cabral, Afonso de Albuquerque et Luis Vaz de Camões.

06-2009-03-17-panteao-nacional_0018_.jpg

Je déplore l’absence de Fernando Pessoa dont la patrie était la langue portugaise, Aristides Sousa Mendes, Egas Moniz, prix Nobel de médecine, parmi tant d’autres.  Pour José Saramago, c’est encore bien trop tôt, mais le voudra-t-il?…

Puis, je déplore surtout que l’entrée soit payante.

2009-03-17-panteao-nacional-mosteiro-santa-cruz.jpg

 

Mon billet serait incomplet si je ne vous parlais pas de l’autre Panthéon.  En effet, depuis 2003, il à été conféré au Monastère de Santa Cruz [portugais] à Coimbra [un; deux; trois] le titre de Panthéon National, du fait de la présence des tombeaux des deux premiers rois du Portugal, D. Afonso Henriques et D. Sancho I.

2009-03-17-panteao-nacional-dportugal-afonso1.jpg 2009-03-17-panteao-nacional-d_sancho_i.jpg

Le statut de Panthéon National ne peut donc pas s’appliquer en absolu et uniquement à l’église de Santa Engrácia, à Lisbonne.

 

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
Ce contenu a été publié dans Mes mercredis au Portugal. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à Le Panthéon

  1. muriel123 dit :

    Ces explications sont vraiment très intéressantes et les photos très agréables à regarder, elles complètent parfaitement cet agréable texte

  2. chantal dit :

    Le Portugal est vraiment un très beau pays à visiter ! Merci Armando pour cette transmission de son riche passé historique.

    De plus, grâce à Lali… . les poèmes de Fernando Pessoa font partie de mon quotidien désormais ! je les savoure à petite dose… Sourire.

    « Après le traité de «la paix des dames», Éléonore de Habsbourg est devenue reine de France, par son mariage avec François Ier qui la négligera toute sa vie durant en préférant sa maîtresse favorite.  »
    Encore une reine sacrifiée !

  3. Lali dit :

    C’est fini, je n’attends plus la semaine des quatre jeudis, j’attends la semaine des sept mercredis…

    Merci pour cet autre volet de l’histoire du Portugal|

  4. Merci Isa de votre présence. Votre français est on ne peut plus parfait.

    Obrigado Isa pela sua presença. O seu francês é perfeitíssimo.
    Até breve.

  5. Isa Hope dit :

    Enchantée pour cette leçon d’histoire portugaise. Bravo!

    Je suis complètement d’accord avec vous, Fernando Pessoa devrais aussi partager Le Panthéon avec les autres grands écrivains portugais. Il a ecrit «Minha pátria é a língua portuguesa.» (Livro do Desassossego por Bernardo Soares)

    Merci Armando et excusez mon français.

    Isa Hope

  6. brazex dit :

    Maintenant j’ai compris l’origine de l’expression  » “les travaux de Santa Engrácia“. 300 ans pour construire une l’église même pour un portugais ça fait quand même un peut trop. Troujours un plaisir les mercredis chez Toi…

  7. Isa dit :

    C’est toujours un plaisir De voir ton blog le mercredi. On a un rendez-vous avec l’histoire du Portugal. Celle que nous n’apprenons pas à l’école. Et pour moi le plaisir est encore plus puisant quand tu parles de notre BELLE VILLE DE LISBONNE. Merci Mandocas

  8. Denise dit :

    « Le temple des Dieux » a, en effet, une fière allure surplombant la mer.

    Les photos sont superbes et ton commentaire riche en histoire.

    C’est un endroit qui donne vraiment envie d’y aller.

    De tout coeur, merci Armando !

  9. J’aime vous entendre parler de ce pays.

Les commentaires sont fermés.