Une petite poupée de porcelaine fine …


La dernière image qu’il avait d’elle était celle d’une poupée. Une jolie poupée comme celles en porcelaine fine. Mais vivante. Avec un sourire qui vous caressait le visage et des petits bras si chaleureux qu’on se serait mis à croire qu’elle était un concentré de tendresse à elle seule.

Ses mots résonnent parfois dans le livre de sa mémoire. « Eu sou a Hi-a…..!!! »… Il la voit souriante, heureuse, courir vers lui, pour lui offrir toute sa tendresse d’enfant.

Et puis, un jour…

Un jour, les chemins qui se séparent

Il a beau chercher au plus profond de lui, il ne sait plus vraiment ni quand ni pourquoi ils ont pris des chemins tellement parallèles qu’ils ne se sont croisés que quelques rares fois. Timidement.

Avec les années, personne ne sait vraiment pourquoi. C’est ainsi. On se rencontre. On fait quelques pas ensemble et puis on se perd dans le vide creusé par les années.

Puis, tout à coup, la voilà à portée du regard.

Et plus il la regarde, moins il comprend. Comment comprendre ce sentiment de s’être endormi un jour, avec le visage souriant d’une enfant à l’esprit et de se réveiller quelque vingt ans plus tard pour découvrir que l’enfant est devenue une belle jeune femme.

C’est drôle comment les souvenirs les plus anciens sont parfois les plus vivants.

Il hésite, puis, il résiste à l’envie de s’approcher d’elle. À cette envie de lui caresser le visage à son tour et lui dire : « Eu sou o… ». Pourquoi faire?

Qu’allait-il bien pouvoir lui dire? Qu’il aurait aimé l’avoir vue grandir? Qu’il aurait aimé être un sourire dans le ciel de ses souvenirs?

La pudeur peut-être ou tout simplement la peur le freinent. Il aurait sûrement l’air terriblement maladroit. Pathétique. Ridicule.

Et puis, de toute manière, elle ne le comprendrait pas. Peut-être lui aurait-elle souri avec courtoisie. Un peu hébétée.

Il la regarde et il est le seul à savoir que tout ce que n’a pas été vécu sera définitivement perdu.

[Photo : Musée Art Nouveau et Art Déco – Fondation Manuel Ramos Andrade]

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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8 réponses à Une petite poupée de porcelaine fine …

  1. dit :

    Subtil e profundo.
    A vida é assim. Passa inexorável. Não podemos voltar a trás. Resta-nos o futuro para encontrar caminhos passados feitos de novo.

  2. isa dit :

    Ouvre ton cœur et laisse couler les beaux pétales de larme de sang de ta fleur.

    Ouvre ton cour et laisse sortir les mots que se cache derrière ton âme blessée.

    Ouvre ton cour et crie au monde initier que tu aime et que tu n’as pas envie d’arrêter cette amour.

  3. kk dit :

    La poupée elle continue la dans un tiroir de la mémoire.
    Comme toujours, le tourbillon de la vie, nous conduit loin de ceux qu’ont appris à aimer
    Un mot, un geste, qui ça ? Nous privons de cet amour.
    Mais un jour le cœur fait bommmmmm, hops la belle poupée de porcelaine est la, devant nous et la mémoire se met en route comme un filme ! Pourquoi est tu parti ? Je t’ai tant aimai ! Et le filme passe et repasse et il ne comprend plus rien.
    Mais elle est la,
    Peut être attend elle un geste ?
    Peut être il le reste encore un petit coin avec un souvenir ?
    Peut être que rien n’est perdu,
    Peut être resteras encore une étoile d’espoir pour réunir le fil cassé
    Peut être que rien est perdu, mais simplement range dans le tiroir plus pro font de la mémoire

  4. reine dit :

    Bigre ! J’ai oublié ! Je me surprends à lire le commentaire de Quim en mettant les accents toniques… là où j’ai envie de les mettre et je m’aperçois que j’ai au moins compris quelques mots de portugais (néanmoins les deux derniers me laissent perplexe ! ) et qu’ils chantent bien !

  5. reine dit :

    La porcelaine est très, très fragile. C’est peut-être pour cela que la poupée est restée derrière la vitrine. Elle est d’autant plus belle ! Comme une image sur laquelle le temps n’a pas eu prise et tu la retrouves en te retrouvant ! C’est la magie des poupées… de porcelaine !

  6. lilas dit :

    Quel beau texte,toujours avec sensibilité et douceur l’ émotion qui prend le lecteur et ne le quitte plus..même au delà de la fin.
    Merci Armando.

  7. denise dit :

    Merci Armando pour ce magnifique texte et le choix de la poupée en porcelaine est excellent.

  8. quim rodrigues dit :

    Caro Armando,

    surpreendente, misterioso, envolvente, em resumo, excelente este texto que muito apreciei.
    Um abraço

    Quim

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