Châtelaine de la tristesse

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Hautaine et cuirassée de mépris
Je vis seule en mon château de Peine
Où passe la lumière de tout l’amour du monde…
Jamais en mon château nul n’a pu pénétrer!

Châtelaine de la tristesse, que vois-tu?…
Qui vois-tu? – mon regard interroge –
Je guette, au loin les ombres du couchant…
Mais pleure le silence… Rien… Personne ne vient…

Châtelaine de la tristesse, pourquoi ces pleurs
Et parcourant, vêtue de blanc, un livre des heures,
À l’ombre dentelée du vitrail?…

La nuit, penchée sur la muraille,
Pourquoi pries-tu tout bas?… De quoi te languis-tu?…
Quel rêve effleure tes mains de reine?…

[Traduit par : Claire Benedetti]

Hautaine et couraçada de desdém,
Vivo sozinha em meu castelo : a Dor !
Passa por ele a luz de todo o amor…
E nunca em meu castelo entrou alguém!

Castelã da Tristeza, vês?… A quem?…
– E o meu olhar é interrogador? –
Perscruto, ao longe, as sombras do sol-pôr…
Chora o silêncio… nada… ninguém vem…

Castelã da Tristeza, porque choras
Lendo, toda de branco, un livro de horas,
À sombra rendilhada dos vitrais?…

À noite, debruçada,pelas ameias,
Porque rezas baixinho?… Porque anseias?…
Que sonho afagam tuas mãos reais?…

Florbela Espanca dans le bleu :

Amar (Aimer)
Ser poeta (Être poète)

Florbela Espanca (1894-1930), nom de baptême : Flor Bela de Alma da Conceição, est une des plus grandes poétesses portugaises.

Elle naît le 8 décembre 1894 à Vila Viçosa (en Alentejo). Elle est la fille illégitime de João Maria Espanca et d’Antónia da Conceição de Lobo qui meurt à trente-six ans d’une maladie incomprise qui est déclarée comme étant la névrose. Florbela est élevée par son père et sa femme, Mariana Espanca, tout comme son frère de sang, Apeles, né et répertorié comme Florbela. Il naît trois ans après elle.

[la suite : ici]

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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10 réponses à Châtelaine de la tristesse

  1. Lali dit :

    Ah Florbela…
    Voilà déjà quatre ans que tu me l’as fait découvrir…

  2. Chris dit :

    Je ne vais pas faire dans l’originlaité en disant que c’est beau … je suis partie dans tes pages pour découvrir avec bonheur Amar et Ser poeta et Sonhos aussi , magnifique …
    Etre poète c’est avoir les yeux et le coeur ouverts plus grands, merci pour ces beautés Armando

  3. Quel magnifique rappel d’une poétesse que les temps modernes ont laissé un peu dans l’ombre. Merci

  4. Dominique dit :

    Maintenant que j’ai grâce à toi une superbe anthologie de la poésie Portugaise je vais voir ce que je trouve d’autre sur cette poète qui me plait bien

  5. colo dit :

    Lumières filtrées, ombres dentelées, couchant et nuit, quelle superbe et tragique façon de crier sa peine.

    Je m’en vais lire d’autres poèmes d’elle, merci Armando.

  6. Claire-Lise dit :

    Ces vers sont poignants.
    En lisant l’histoire de cette femme, je ne m’étonne pas qu’elle ait été poétesse. Le besoin d’absolu, d’un idéal qui ne peut se réaliser sur terre est une quête courante chez de nombreux poètes et encore plus chez les femmes.
    Je suis très heureuse d’avoir découvert, grâce à toi, l’existence de cette grande poétesse portugaise que j’évoquerai un jour ou l’autre dans mon blog.

  7. Mathilde dit :

    Quelle jolie femme si pleine de talents…Je trouve qu’ elle porte bien le nom que le Portugal lui a donné..
    Amitiés Armando

  8. Denise dit :

    Il est bon de lire des poèmes de poétesses du Portugal. C’est une magnifique découverte.
    Même si ce poème est triste, les mots sont beaux et donnent envie d’en lire d’autres…
    Merci Armando!

  9. chantal dit :

    Merci Armando ! Je viens longuement, de m’imprégner des trois poèmes de cette grande poétesse que je découvre… ils sont merveilleux, beaucoup d’émotion à leur lecture !

  10. Servanne dit :

    Comme c’est beau, dans la douleur de ses mots, et les photos sepia, et tout ce qui se lit sur son visage … Merci de m’apprendre les poétesses de ton pays Armando.

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