
Luisa de Aguiar est née à Setubal en janvier 1753, deux ans avant le terrible tremblement de terre qui a détruit Lisbonne, où sa famille est venue s’installer dès 1765. La fille du professeur de musique et instrumentiste a démarré sa carrière à 14 ans, dans Tartuffe ou l’imposteur de Molière, présenté au Théâtre du Bairro Alto, aux alentours de 1767.
Sa grâce et son talent ont enchanté le tout Lisbonne de l’époque et plus particulièrement le violoniste napolitain Francesco Saverio Todi, qu’elle épouse en 1769, à l’âge de 16 ans.
Un an après, elle donne son premier spectacle en tant que chanteuse dans Il viaggiatore ridicolo, un opéra de Giuseppe Scolari et par la suite, forte de son succès, elle a interprété à Porto des arias du compositeur italien David Perez.
Sa magnifique voix de mezzo-soprano alliée à l’expressivité émotionnelle avec laquelle elle interprète chacun de ses personnages se fontrapidement remarquer et elle commence à parcourir les hauts lieux d’Europe avec un succès jamais démenti.

Dans Les portugais à Paris au fil des siècles & des arrondissements (Chandeigne), p. 22, sous le titre « Ancien Palais des Tuileries : Luisa Todi, chanteuse au concert spirituel », on peut lire : Il y eu un combat à vie ou à mort entre Mme Mara et Mme Todi, écrit Métra, à Paris , le 23 avril 1783. L’action s’est passée au Concert Spirituel, en présence d’un bon nombre de juges. J’en suis fâché pour l’Allemagne; mais Italienne, Portugaise d’origine, semble avoir réuni les suffrages. On lui a trouvé d’abord moins d’orgueil et ensuite plus de talent qu’à Mme Mara… Mme Todi l’emporte, selon moi, pour la facilité, pour l’expression et pour le son de sa voix, mais le public est partagé entre Marates (mauvais calembour…) et Todistes.
Avec les relations de son époux avec qui elle n’a jamais de cessé de perfectionner sa voix et son chant, la chanteuse lyrique conquiert Paris, mais également Londres, Berlin, Bonn (où Beethoven l’aurait entendu chanter), Turin, Venise, Vienne, Saint-Pétersbourg, parmi tant d’autres grandes villes, ce que lui permet de côtoyer de près l’aristocratie européenne de cette époque.

[Aquarelle d’Helena Maria Carvalho Fernandes]
À Saint-Pétersbourg, elle reçoit un accueil plus que chaleureux de l’impératrice Catherine II de Russie à qui le couple Todi a dédié l’opéra Pollinia. On raconte que l’enthousiasme de l’impératrice a été tel qu’elle aurait couvert la cantatrice de précieux bijoux. Frederico Guillaume II de Prusse la reçoit également avec enthousiasme et l’invite à s’installer avec son époux et ses enfants dans le palais royal, où Luisa Todi a séjournéede 1787 à 1789.
Elle interrompt son triomphe européen à deux reprises à la demande de la cour du Portugal. Une première fois en 1783 et une deuxième fois, dix ans après, lors du baptême d’une des filles de l’héritier du trône D. João VI. Cependant, il faut savoir qu’à cette époque, dans une cour portugaise très peu éclairée, il était interdit aux femmes de chanter devant un public et Luisa Todi a eu besoin d’obtenir une autorisation spéciale pour s’y produire.
Après une nouveau triomphe à Naples, en 1799, Luisa Todi, qui avait la faculté de chanter à la perfection en français, en anglais, en italien, en allemand et bien évidemment en portugais, rentre définitivement au Portugal. Elle se produit pour la dernière fois à Porto, en 1801.

[Luisa Todi, peinte par Vigée Le Brun, 1785]
Deux ans plus tard, elle perd son époux et vit alors triste et modestement à Porto lorsque que les troupes de Napoléon, commandées par le maréchal Soult, mettent la ville à feu et à sang. Nous sommes le 28 mars 1809. Luisa Todi qui, lors de sa tentative de fuite, perd tous ses bijoux et ses avoirs, est faite prisonnière.
On raconte que, dans un décor de chaos, le maréchal Soult, reconnait, perdue dans la foule, cette diva dont il gardé le merveilleux souvenir de l’avoir entendue un soir à l’Ancien Palais des Tuileries et ému, il s’arrête et lui offre sa protection.
Luisa Todi finira ses jours à Lisbonne où elle rentre dès 1811. Elle devient peu à peu aveugle avant de mourir dans la pauvreté en 1833. Elle avait 80 ans.

Un critique musical de la Gazzetta Urbana de Veneta a écrit à propos du chant de Luisa Todi : La douceur, le plaisir, l’admiration, l’enthousiasme qu’elle nous a donnés, on peut le sentir mais on ne sera pas capable de l’exprimer.
Antoine Reicha, dans le Traité de Mélodie, écrit en 1814, décrit Luisa Todi comme étant la meilleure chanteuse de tous les siècles!


Captivée par la destinée passionnante et mouvementée de cette cantatrice !
Rien d’étonnant, que du plaisir à te lire, Armando ! Il ne manque que ta voix… et je pourrais dire alors, tu es un remarquable conteur !
Quatre bises de chez moi !
Armando tu te surpasses en vacances
Quelle femme ! un portrait magnifique de cette femme au siècle des lumières, un destin prodigieux
Une diva avant que le mot soit inventé
Un billet fabuleux, extrêmement bien documenté, un de ceux qui font que nous ne voulons jamais rater un mercredu au Portugal!
Je me régale aussi de cette rubrique « Mes mercredis au Portugal ». Quelle belle idée de rendre ainsi hommage à de grandes figures de ce pays. Un beau destin que celui de Luisa Todi à une époque où il n’était pas facile pour une femme de devenir une artiste de renom !
Cette rubrique « Mes mercredis au Portugal » est passionnante… et vous vous trouvez réellement au Portugal… Quel perfectionnisme! (je plaisante)
Pour l’exposition « De Delacroix à Kandinsky », je vous envie de pouvoir vous y rendre quand vous le désirer! Pour ce qui me concerne, je ferai l’aller/retour dans la journée s’il le faut, mais j’irai voir ces chefs-d’oeuvre réunis, ça doit être un grand bonheur!
Très belle journée
Non c’est pas grave ! sourire,
Tu es allé directement dans la cour des grands, la preuve …
Bisous
Passionnant … On aimerait l’entendre …