
Soleil pâle derrière les vitres de l’aéroport, à l’heure où les gens s’agitent pour un nouveau départ, vers des ailleurs tellement différents, qu’on n’ose à peine imaginer que le même horloge qui approche certains d’un hypothétique bonheur envoie d’autres vers la tristesse d’un départ.
Elle marchait accompagnée de ses larmes, indifférente aux rires, aux baisers, à l’agitation autour d’elle. Comme si pour elle, un chapitre de sa vie venait d’apposer quelques points de suspension et la laissait pendue au doute d’un nouveau chapitre qui allait s’écrire plus tard. Quand? Comment ?
Elle avait le sentiment d’avoir écrit les plus beaux levers de soleils de son existence. Elle qui n’aimait que le secret de la nuit qui la rassurait s’était vue vivre au grand jour. Le cœur accroché au regard de celui qui lui a appris les choses qu’elle ne connaissait que pour les avoir lues dans les livres.
La douce tendresse d’une caresse qui vous réveille pour vous demander si vous avez bien dormi. Un baiser matinal qui vous réveille à la vie comme dans les contes de fées d’un temps où les fées ne sortaient jamais des contes pour enfants.
Les promenades le long de la ville. Une ville ensoleillée où traîne partout l’écho des poètes qui ont semé des mots comme autant de fleurs dont leur parfum vous fait frissonner et vous enivre à jamais.
Ah, faut dire qu’elle a lu les poètes qui goûtent gourmandement les mots comme des fruits rares et juteux avant de les écrire.
Elle est certaine d’avoir vu la rivière lui sourire, comme une amie qu’on adopte sans trop savoir pourquoi. Elle est convaincue que les pêcheurs qui traînent tout au long de la rivière racontent de secrets à la mer qui les transporte ailleurs. Là où dorment les anciens marins, qui ont écrit dans les larmes et le sang, les plus belles pages de la découverte des nouveaux mondes.
Elle, qui n’avait jamais goûté à la tendresse ni à la douceur d’être aimée, a le sentiment que désormais elle allait avoir du mal à laisser sécher l’encre des souvenirs.
Elle marche dans l’aéroport. Vers sa destinée où elle sait que cette main qui lui caressait si tendrement le visage va la brûler de son absence.
Pour elle, tous les départs semblent désormais amers.
« Ah, faut dire qu’elle a lu les poètes qui goûtent gourmandement les mots comme des fruits rares et juteux avant de les écrire. »
J’en connais une exactement comme cela.
Et elle pleure aussi dans les aéroports…
Tu es un merveilleux « regardeur » et tu transmets les choses en toute simplicité, ce qui les rend encore plus savoureuses…
Merci pour ton regard et ta plume.
Ton texte remue un tas de souvenirs en moi… le jour où j’ai laissé -celui qui est devenu mon compagnon- l’homme que j’aimais partir seul en Afrique pour 10 mois.
Mais la fin fut heureuse, puisque les années suivantes, nous étions 2 à monter dans l’avion !
Merci Armando !
Ton texte est plein d’émotions et me ravi.
Très beau choix de toile.
Des mots tellement vivants…
Superbe texte,ou l’émotion est au rendez-vous.
Magnifiques mots, vous avez une plume extraordinaire…