
Il y a des matins où dés les premiers mots je perds envie de tout dialogue. Je trouve que mes mots souffrent parfois de plusieurs maux :
Soit ils sont hors propos; soit ils sont dits trop tôt ou bien trop tard; s’ils devraient dire ceci au lieu de cela; s’ils disent je ne sais pas quoi de plus, mais quoiqu’il en soit, il y a des mots prononcés qui n’ont pas eu l’accueil qu’ils s’attendaient avoir.
Le silence est alors de mise. On peut s’expliquer autant qu’on voudrait, on n’arrive jamais à trouver les mots qu’il faut. Ils ne sont plus a portée de notre bouche. On regrette tellement cette fraction de temps où on a dit ce qu’on croyait sans importance mais qui nous conduit à un silence qui s’impose à nous comme une gêne. Une honte. Un regret.
Il est certain qu’on ne dit jamais les mots qu’il faut, quand il le faut…
Je me souviens que quand j’étais enfant, je devais en avoir 8 ans. C’était à cette période, à Pâques, mon père est allé me rendre visite à l’orphelinat et m’avait amené un paquet d’amandes de Pâques. C’était une délicieuse gourmandise pour un enfant qui était éloigné du monde des sucreries… Je me souviens que j’étais fou de bonheur et qu’en rentrant au dortoir, j’ai demandé à la surveillante si elle voulait une amande et qu’elle à répondu par l’affirmative.
J’ai moi-même choisi une belle amande de couleur rose et je la lui ai tendue, heureux. Elle m’a giflé en prétextant que j’étais impoli et qu’on n’offre pas comme ça les choses… qu’il fallait tendre le sachet et ne pas choisir avec ses doigts sales…
L’amande est tombée par terre et s’est perdue quelque part dans le dortoir. Je me rappelle que j’avais été pris d’une tristesse profonde. Voire même inconsolable.
C’est drôle comme presque chaque année, à cette occasion, je pense à cette gifle, à cette amande rose perdue par terre, à ma tristesse et à mon humiliation, juste parce que j’avais été pris par un élan de partage.
Et je me dis que, bien trop souvent, nos mots ou nos gestes, même les plus simples et les plus nobles, n’ont jamais le goût que les autres s’attendent à trouver. Même si parfois ils ne se voudraient qu’amour…
Et ça, c’est bien dommage.
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J’ai l’impression parfois que des « grandes personnes »n’ont jamais été enfant..avec tout ce que cela implique !
Quelle tristesse ces gentilles intentions gachées et qui reste gravées dans la mémoire pour toujours,alors qu’un sourire,un merci et l’enfant est heureux..
Il est si simple par la douceur de tout expliquer.
Mais ces personnes là , n’ont peut-être pas de coeur pour pouvoir échanger un moment de bonheur comme un cadeau.
En effet, tout est une question de perception et d’interprétation…comment se fait-il qu’un « je t’aime » devienne menaçant ? Pourquoi une petite expression banale devient-elle source de guerre ? On dit qu’environ 13% de ce qui est communiqué relève de la parole. Le reste : le non-verbal, le ton, le contexte ! J’y crois maintenant dur comme fer. Chacun entend ce qu’il peut ou veut bien entendre, selon ce qu’il vivait à ce moment-là. selon son état d’âme et selon l’interprétation qu’il donnait à votre geste. Ceci dit, pour toutes les mamans du monde qui en sont incapables, je prends la douce amande, la regarde comme si c’était la plus belle chose au monde et vous regarde avec toute la tendresse possible, pour vous dire « merci, mon fils » « jamais une toute petite chose n’aura eu autant de saveur » « jamais ne m’a-t-on offert quelque chose qui ait autant de valeur ».
J’ai un jour passé de heures à ramasser des chenilles de toutes les couleurs. Parce que j’avais lu que les chenilles devenaient des papillons. J’avais donc imaginé que toutes ces chenilles deviendraient de très jolis papillons de toutes les couleurs.
J’ai offert le pot rempli de chenilles grouillantes. Que des mains ont laissé tomber dans un cri que j’entends encore aujourd’hui. Horreur que ces chenilles toutes poilues!
Longtemps, j’ai eu cette image de futurs papillons qu’on écrase avec force avant qu’ils n’aient des ailes.
Et je n’ai plus rien offert de grouillant. Ni une jolie sauterelle. Ni une coccinelle qui monte, qui monte…
Je suis toujours émue devant un beau geste d’enfant. Un enfant, c’est l’innocence. Lorsqu’il offre quelque chose, c’est de bon coeur. Un enfant aime les caresses, un gentil mot, de la compréhension, de la tolérance ou des félicitations mais s’il n’y a pas tout cela, l’enfant s’enferme et il ne peut rien contre les adultes car ils sont plus forts. Ma peine est grande lorsque je vois un enfant souffrir par le manque d’affection. Certains s’en sortent parfois mais il faut beaucoup, beaucoup de temps !
J’ai un pincement au coeur en lisant l’histoire pathétique de cet enfant qui se fait rabrouer, dont l’offrande est bafouée. Contrairement à l’adulte, l’enfant offre sans condition, sans retenue, sans CALCUL. L’enfant offre avec ses petites mains, avec son petit coeur,avec cette générosité qu’il va perdre, petit à petit… malheureusement… puisqu’il deviendra un adulte, un adulte comme nous, ulcéré par ses blessures d’enfant…
On ne guérit jamais de son enfance.
On devient vieux sans l’avoir voulu. Par la seule faute du temps qui passe.
Vaste sujet Armando
Mon père me disait : « Avant de parler tourne donc ta langue dans la bouche d’une femme… » Bon mais il est vrai qu’on n’en a pas une sous la… main à chaque fois lol
Dans ces cas-là, Armando, il faut prendre le parti de se souvenir que de ce que l’on a offert.
Pas facile… mais on y arrive mieux quand on se dit que chacun, dans son enfance, a un jour reçu une gifle. Et qui sait… si nous n’avons pas été, en tant qu’adulte, celui qui l’a donnée, sans le savoir. Les mots sont parfois plus violents que les gestes.
C’est sans doute ce que l’on appelle « apprendre la vie », plaies et bosses…
Mais l’amour, quel qu’il soit, rend aux mots leur juste valeur et éloigne toute méprise et toute erreur. Il les illumine, même s’ils sont silences. Et c’est cela qui est important.