Quand le vin a le goût de l’histoire…

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Il y aurait de nombreuses découvertes archéologiques, des documents de référence ainsi que des vestiges d’amphores de vin trouvés dans la région du Douro qui remontent aux IIIème et IVème siècles et qui témoignent de la fabrication du vin dans la vallée du Douro, depuis deux millénaires.  Cependant, ce n’est que dans la seconde moitié du XVIIème siècle que la « saga du vin du Porto » a véritablement demarré.

En ce temps-là, les commerçants de vin hollandais, dans leur volonté d’expansion, se sont vus dans l’obligation d’aller vers le sud. C’est ainsi qu’ils ont découvert le vin blanc à Lisbonne et le rouge à Porto. Il y aurait des traces, dès 1675, de leurs premiers achats de vin au couvent de Lamego, qui avait la réputation de produire un vin d’une bonne qualité, dans des vignobles tout au long des rives du Douro. C’est cette région qui, plus tard, serait délimitée comme « région des vins du Porto ».

La première exportation de vin, avec la désignation de vin du Porto, aurait donc eu lieu à cette époque.

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Peu de temps après « la découverte hollandaise« , les Anglais, eux aussi friands des vins ibériques,  se sont intéressés de près à ce qui leur a semblé un juteux commerce. Il faut dire qu’après la restauration de l’indépendance, en 1640, du fait que Filipe d’Espagne avait beaucoup affaibli l’empire portugais, les marchants anglais occupaient une place de choix dans le commerce au Portugal.

 

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Lors de la guerre civile anglaise, en 1642, le Portugal avait soutenu le camp des vaincus, et que Cromwell, le vainqueur, a fait payer cela très cher, en imposant sa protection ainsi qu’un traité commercial avec l’Angleterre, qui rendait le Portugal très dépendant. Ce traité ouvrait au commerce anglais les domaines portugais du Brésil, de l’Afrique et de l’Orient. Et ceci malgré le fait que le Portugal et l’Angleterre avaient la plus vieille alliance du monde, datant de 1373… et qui dure toujours…

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L’Angleterre avait ainsi une situation privilégiée sur le marché portugais et, plus important, au Brésil. Après une période de richesse facile, le prix du tabac et du sucre ayant fortement descendu, les Anglais ont eu besoin de se tourner vers un nouvel eldorado et c’est alors qu’ils ont louché sur le « vin du Porto ».
C’est vers 1680, quand les Anglais ont voulu trouver un substitut pour les vins de Bordeaux que les premiers tonneaux de vin de la région du Douro ont fait leur premier voyage vers le territoire britannique.

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En 1703, le Portugal et l’Angleterre signent le Traité Meuthuen.  Un traité qui va s’avérer, comme  pratiquement tous ceux que l’Angleterre a signés avec le Portugal, très rentable pour les Britanniques.  En échange de tarifs préférentiels pour le vin du Porto sur le marché anglais, les Britanniques se voient accorder l’exclusivité des tissus britanniques sur le marché portugais.

La notion de vin de qualité arrivera avec Peter Bearsley, membre de l’entreprise Taylor’s Port. En 1744, la Maison Taylor était propriétaire d’un domaine dans le Douro.
Ce domaine a été l’hôpital des troupes de Wellington, en 1810, pendant les guerres napoléoniennes.

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Ce sont les Anglais qui ont importé et appris aux Portugais le savoir-faire de la conservation du vin dans des tonneaux.  De même, ce sont eux qui ont eu l’idée d’ajouter de l’eau-de-vie pour retarder la fermentation du raisin sucré. Plus résistant ainsi aux bactéries, le vin du Porto se montre idéal pour l’exportation.

Tous les progrès réalisés dans la fabrication du vin du Porto ont conduit à ce que les commerçants anglais se regroupent autour d’une « factorerie anglaise » qui a réussi à monopoliser le commerce de ce vin, et, à la fin du XVIIIème siècle, plus de 90 % de la production du vin de Porto partait en Angleterre.

Cependant, lorsque le sprix sont en chute libre, les Anglais accusent les exploitants portugais de fraude et décident de suspendre leurs achats de vin.

En 1756, le marquis de Pombal fonda la Compagnie Générale de l’Agriculture des Vins du Douro.

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Robert Southey, poète et écrivain, signale, en 1815, l’existence du vin de Porto lors de son passage à Ostende et dans l’hôtel d’Angleterre en Dunkerque.
À Spa, seule la présence de riches Anglais peut justifier que ce vin aurait été prescrit comme médicament. D’ailleurs, le très respectable Dr Victor Scheuer, l’auteur du traité des eaux de Spa, préconisait en 1881 qu’il était de bonne santé de boire un verre de porto après les repas.

Le vin du Porto allait cependant connaître quelques crises. La guerre civile, puis les maladies des raisins (l’oïdium, d’abord et la phylloxéra ensuite) pendant la décennie de 1850-1860, et, enfin, le traité Franco-Anglais en 1860, ont porté un coup dur à un commerce florissant.

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Vers 1850, il semble que le gouvernement portugais ait enfin pris conscience de la valeur du vin de Porto et de profonds changements dans les pratiques viticoles ont lieu.  Sont alors introduites des pratiques de plantation de la vigne, la sélection des meilleurs cépages, l’utilisation d’engrais…
En outre, les imitations du vin du Porto fleurissent sur les principaux marchés où on vend des French Ports, des Hamburg Portos, des Tattagona Ports, à des prix nettement plus bas que ceux du véritable vin du Porto. Ainsi, le Portugal lance les premières démarches pour trouver de nouveaux marchés et de ses initiatives sont nés des accords commerciaux avec l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas.
L’exposition mondiale présentée à Anvers en 1885 a été l’occasion d’espoirs pour la commercialisation du vin du Porto.

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L’acceptation du vin du Porto n’a été que très lente en Belgique et il faut dire que même si en 1913 on fait l’éloge du vin du Porto, sa consommation n’était toujours pas entrée dans les habitudes, mise à part pour quelques privilégiés. Il va connaître un nouveau coup dur suite à la loi Vandervelde de 1919.

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L’exposition universelle à Bruxelles en 1935 a donné au Portugal une nouvelle opportunité de percer le marché belge. La France était déjà conquise depuis le début du siècle.

Avec la deuxième guerre mondiale, le vin du Porto a connu un nouveau déclin, mais dès la moitié des années 40, le Portugal a établi de nouveaux accords commerciaux avec la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège.

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Dans les années 50, le Portugal a lancé de nouveau une campagne concernant le vin du Porto, mais le vin du Porto n’allait connaître une stabilité qu’à partir du milieu des années 60.

Dès lors, il est apprécié et a conquis ses lettres de noblesse partout dans le monde.

Et quelquefois, quand j’entends discuter de la saveur unique du vin du Porto, il me vient à l’esprit qu’il y a des boissons qui ont ce goût incomparable de l’Histoire.  Une histoire singulière et indossociable d’un pays, d’un vin et d’une région.

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À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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8 réponses à Quand le vin a le goût de l’histoire…

  1. Isa dit :

    vive le Porto. Le vin bien sûr…

  2. Dominique dit :

    Tout simplement ennivrant
    on a envie de détailler chaque vignette et de se jeter sur une histoire du Portugal car là je me sens ignare hélàs

  3. Lali dit :

    Une fois de plus un magnifique reportage!
    Et quelles belles affiches pour nous tenter!

  4. Denise dit :

    Quel beau documentaire Armando. Ah ! le porto…
    je suis comme ma tante qui de temps à autre s’offre un petit porto. Le meilleur dit-elle !

    Quel plaisir de voir ces belles vignettes, merci Armando !

  5. chantal dit :

    Tiens, super ! Un petit clin d’œil au porto… qui m’était offert par mes soignantes portugaises… Bon pour se requinquer disaient-elles ! Avec modération il va sans dire !
    Je dirai comme Flairjoy ! En plus avec le vin de noix fait maison, c’est mon apéritif préféré !

    Bonne journée Armando ! Avec mon sourire.

  6. brazex dit :

    Article très intéressant même pour un portugais, d’ailleurs je bouvais déjà un verre de Porto.

  7. JC dit :

    Voici un billet qui n’est pas vain lol
    Bonne journée à tous avec ou sans Porto…

  8. Flairjoy dit :

    Ces vignettes sont magnifiques et çà me donne le goût d’un petit porto avec une pointe de bleu!

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