Et nous voilà arrivés à cette heure où la fin du jour pleure les premières larmes du départ.
Pourtant nous avions promis. Pas de larmes cette fois-ci. Je crois me souvenir qu’on s’était déjà promis cela la dernière fois. Et l’autre avant. Et encore celle qui l’a précédée.
Les vagues s’écrasent contre les rochers avec tristesse. Parfois poussant un cri.
Elles connaissent si bien mes mots. Mes silences. Mes regards. Elles connaissent si bien cette amère certitude que je ne serai que malheureux ailleurs qu’ici.
Les regrets s’enfilent comme des perles d’un rosaire de prières vagabondes à la Sainte Mère de la Rocha, puisqu’aucun dieu ne m’écoute. Les dieux ne savent rien de la douleur de vivre loin de la terre qui a bercé mon enfance.
Et le regard, troublé par l’inquiétude des larmes, s’égare partout, comme un peintre qui chercherait à retenir toutes les couleurs. Un poète meurtri par ses maux. Aucun parfum ne se perd. Le temps suspend sa course vers un immuable demain pour quelques instants. Le temps que je ferme les yeux et qu’il me caresse le visage, comme une douce brise maritime, pour me rassurer.
À chaque départ la même déchirure. Les mêmes soupirs. Les mêmes regards à l’horizon. Là où les marins se sont perdus pour revenir avec des nouveaux mondes dans leurs bagages.
À chaque départ les mêmes promesses et mensonges. Le même besoin d’une grande gorgée de mon ciel d’un jour qui s’achève, pour tromper un cœur meurtri par tant de départs. Seule une promesse de revenir l’apaise un peu. Si peu.
Puis, toujours pareil. Comme la dernière fois et toutes celles qui l’ont précédée, on se tourne le dos. Tête basse. Parce que tous les mots ont déjà été dits. Tellement de fois.
Et personne ne pourra jamais comprendre cette douleur du partir. Personne.
Je m’assois encore quelques instants. Juste le temps d’écouter une fois encore la voix d’Amália, enchaînée aux cordes d’une guitare portugaise, comme un oiseau nommé saudade, qui prend son envol pour se poser dans une branche de mon cœur.
Raízes
Velhas pedras que pisei
Saiam da vossa mudez
Venham dizer o que sei
Venham falar português
Sejam duras como a lei
E puras como a nudez.
Minha lágrima salgada
Caíu no lenço da vida
Foi lembrança naufragada
E para sempre perdida
Foi vaga despedaçada
Contra o cais da despedida.
Visitei tantos países
Conheci tanto luar
Nos olhos dos infelizes
E porque me hei-de gastar?
Vou ao fundo das raízes
E hei-de gastar-me a cantar.
-Traduction de courtoisie –
Racines
Vieilles pierres que j’ai foulées
Sortez de votre mutisme
Venez dire ce que je sais
Venez parler portugais
Soyez dures comme la loi
Et pures comme la nudité.
Ma larme salée
Tombée dans le mouchoir de la vie
A été un souvenir naufragé
Et pour toujours perdue
Comme une vague déchirée
Contre le quai de l’adieu.
J’ai visité tant de pays
Connu tant de lunes
Dans les yeux des malheureux
Et pourquoi dois-je me dépenser?
Je vais au fond des racines
Et je m’épuise à chanter.






C’est très beau.
Alice
J’espère Armando que le retour s’est bien passé malgré tout cela
La vie est ainsi faite d’allers et de retours mais on sait très bien où vont nos préférences
Bon courage pour la reprise
« Les pires exils sont intérieurs » (Anne Dandurand)
Merci pour ce dernier coup d’oeil avant de partir, pour les émotions qui y sont liées, et qui font que tu es ce que tu es…
Et alors Armando, on se plaint d’un peu de « Saudade » ?
Pourtant, c’est si agréable la « Saudade » …