Costa Pinheiro 1979
O chapéu do poeta Fernando Pessoa
L’enfant chantonnait une de ces chansons d’enfant que les vieux chantent de temps en temps pour se souvenir qu’un jour ils ont aussi été des enfants.
Il se racontait, à mi-voix, en solitaire, des histoires que seuls ses crayons de couleurs semblaient écouter et croire.
«Je vais dessiner le ciel», s’est écrié l’enfant, enthousiaste. Et aussitôt, il a pris des crayons de couleur bleu foncé et bleu clair. Il a griffonné avec énergie la feuille blanche et celle-ci, en quelques instants, est devenue ciel. Juste encore un morceau, en bas de la feuille restait désespérément blanc.
L’enfant a regardé son ciel et a ri. Heureux du ciel qui venait de naître sous ses yeux. Grâce a ses mains et à ses crayons.
Il a eu l’air de réfléchir. Longuement, comme un de ses savants qu’on imagine sages. Puis il a fouillé dans ses crayons. Il en a pris un de couleur brune et un autre de couleur verte. Il a fait surgir un arbre toute maigrichon, avec des branches tellement longues qu’on était heureux de savoir que l’arbre avait de profondes racines. Puis il a rempli son arbre de petits ronds verts qui ressemblent beaucoup à un jeune et frais feuillage printanier.
L’enfant a regardé autour. Comme pour chercher un regard qui serait fier de lui. Les grandes personnes étaient toutes occupées soit à parler de choses aussi incompréhensibles qu’inutiles, soit les yeux plongés dans un de ces livres qui racontent probablement des histoires d’enfants malheureux. Les grandes personnes sont friandes de cela.
Il a encore cherché dans ces crayons de couleur et il s’est pris d’amitié pour un crayon orange. Il a désigné un rond dans le ciel auquel il a ajouté quelques tiges désordonnées. L’enfant a dit que «ça» c’était le soleil. Et c’est vrai que ça ressemblait énormément à un soleil que j’ai vu. Il y a longtemps. Avant de perdre mes crayons de couleur.
Puis l’enfant a pris un crayon jaune et il a accroché un oiseau à une branche qui semblait manquer des feuillages.
Il a posé ses crayons et il a murmuré : vole… vole… Il a soufflé sur la feuille devenue un grand ciel, avec un joli soleil, un bel arbre et un oiseau. Il a encore murmuré à plusieurs reprises : vole, vole, vole… Mais l’oiseau semblait être si bien avec en compagnie de son créateur qu’il se refusait obstinément à s’envoler.
L’enfant avait l’air étonné. Presque soucieux. Il avait si fait un grand et beau ciel et l’oiseau ne voulait pas quitter sa branche.
Il a dû se pencher, le vieux monsieur, pour dire à l’enfant que son oiseau ne volerait jamais puisque ses ailes n’étaient pas bien dessinées. «Je vais t’arranger ça.»
Alors, il a pris une gomme et quand il a voulu gommer les ailes du l’oiseau, celui-ci s’est envolé pour ne plus jamais revenir.
L’enfant a pleuré.
Et le ciel est resté immensément vide.

Va savoir … ??? disait le vieux sage …. me souvient plus de la maxime complète … mais c’est ce qui vient en lisant ton texte …mais encore l’image de cette gomme bien maladroitement et à son insu actrice d’une histoire .. qu’est-elle devenue ?
… je reviendrai te lire
C’est beau, poétique et léger, encore époustouflée par ta plume si juste et belle.
Je ne sais pas si nous croiserons autant de poésie la semaine prochaine à Porto et Lisbonne, mais nous y serons et nous aurons une pensée pour toi.
Alma
Tu as un talent fou pour parler des enfants…
J’en redemande!
Ton texte est vraiment superbe et touchant Armando !
Laissons aux enfants leur imagination sans les décevoir.
gommer la liberté c’est nous priver de vivre. Très beau texte
C’est sans doute là qu’on dit qu’il nous reste les cieux pour pleurer lol
Très beau texte
C’est immensément beau cette histoire et cette leçon de vie: de ne jamais gommer la liberté d’un enfant…
Merci Armando!