
Si un jour j’avais la faiblesse de vous dire que je travaille dans une grande organisation internationale, je ne vaudrais pas plus que Pinocchio…
Pour le comprendre, il faut être là, le matin tôt, dans le silence de mon bureau que je partage avec une collègue, et attendre l’arrivée des malheureuses…
Alors que vous ne leur demandez rien, elles arriveront et vous diront en guise de bonjour :
– Ah, je me suis déjà énervée ce matin tellement il y avait de monde sur la route…
– Ma voiture ne voulait pas démarrer…
– Un con m’a piqué la priorité…
– Oh qu’ils sont lents, les ascenseurs ici…
– Bla bla bla…
… et je fais table rase sur « les j’ai mal dormi », les « j’ai du courrir avec mes gosses », les « j’ai ceci ou bien cela », les « je fais un boulot merdique »… et j’attends le moment où la phrase arrive, « alors, on prend un café toute a l’heure?… » qui m’annonce l’arrivée de quelques instants de répis, des moments de paix… avant l’habituelle et matinalle séance de commérage sur les collègues qui ne foutent rien, a propos du chef qui est un idiot, du travail ‘con’ qu’on fait alors qu’on est bourré de diplomes, ou bien de conversations autour des cures d’amaigrissement, des programmes de télevision de la veille, le prochain diner chez machin, les prochaines vacances, etc., et qu’on appelle délicatement la pause café.
Il y a chaque matin, comme une course qui consiste à faire des petits tracas de l’existence des sujets de conversation qui se tirent en longueur, et qui me donnent toujours mon air absent, voire non « je-m’en-foutisme », qui fait beaucoup rire mes collègues… « Il est encore dans son nuage » qu’elles disent …
C’est vrai que je me dis que ça doit être en quelque sorte un exercice de gymnastique cérébrale, chaque matin, d’entretenir une forme aussi aiguë du malheur… et qu’elles y parviennent merveilleusement bien.
Ma phrase fétiche, pour les rassurer, n’a aucune originalité : Ça doit être pire d’être caissière chez GB.
Et, croyez-moi, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les caissières qui elles, quelquefois doivent supporter les remarques désobligeantes et impolies d’un tas des malheureuses aux ongles bien vernis et encore bien puantes de parfum à la fin de la journée.
Ah si, comme pour les restaurants, on devrait leur accorder des étoiles, je leur donnerais à toutes douze étoiles. Aux cassières de chez GB pour des raisons différentes. Vous avez compris. Moi aussi.
Ton histoire m’a fait « sourire ». J’imagine l’ambiance de bureau avec ces dames qui se plaignent de petits désagréments du matin. Je trouve qu’elles ont beaucoup de chance d’avoir un emploi. Il y a tellement de personnes au chômage…
Tes avatars matinaux me remettent en mémoire la bande de joyeux drilles que j’ai cotoyés durant tant d’années.
L’un d’entre eux vouait aux gémonies tous les lundis de la création. Une voiture en panne était, selon ses dires, une voiture fabriquée un lundi.
Comment ça va ? Comme un lundi !
Le souvenir d’une autre collègue à qui, s’enquérir de sa santé, vous exposait à une avalanche de commentaires médicaux allant de l’acné juvénile jusqu’à la maladie d’Alzheimer.
Mais, le clou de la foire était encore ce petit jeunot qui attendait « sa pension » comme on attend le Messie. Il devait avoir un peu moins de trente ans. Le pauvre, il n’a pas fini d’attendre.
Et Lilas a raison, le plus copieux c’est encore les « beuveries » des repas d’Entreprise. Quand on en tient une bonne dans le nez c’est plus facile de distiller à haute voix ce qui se dit généralement entre deux portes…
(pardon à tous d’avoir été aussi prolixe)
Voilà pourquoi le silence est une merveilleuse invention…
J’adore ta façon de dire tout çà…!! sublime !!
J’ai toujours été dans un nuage aussi à ces moments là… avec des chansons qui me couraient dans la tête.
Et les repas d’entreprise… du même genre ???? pendant des heures…
Beaucoup aimé ta description d’un univers féminin que j’abhorre ! C’est pareil chez la coiffeuse, dans la salle d’attente des médecins. Je fais comme toi : je me tais et je rêve si le bruit des cancans n’est pas trop fort.
Les gents se plaignent de tout et de rien, et ça parce qu’elles ont une bonne situation économique, et voilà elles deviennent égoïstes.
Si on regarde derrière et à cote de nous, on voit des gents que n’on rien de tout et n’osent rien dire, elles n’ont pas envie que les autres se rendent compte de leurs malheurs.
Ceux que se plaignent le plus ce sont ceux qui gagnent très bien leur vie. C’est honteux