Douze étoiles… en cercle

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Si un jour j’avais la faiblesse de vous dire que je travaille dans une grande organisation internationale, je ne vaudrais pas plus que Pinocchio…

Pour le comprendre, il faut être là, le matin tôt, dans le silence de mon bureau que je partage avec une collègue, et attendre l’arrivée des malheureuses…

Alors que vous ne leur demandez rien, elles arriveront et vous diront en guise de bonjour :

– Ah, je me suis déjà énervée ce matin tellement il y avait de monde sur la route…

– Ma voiture ne voulait pas démarrer…

– Un con m’a piqué la priorité…

– Oh qu’ils sont lents, les ascenseurs ici…

– Bla bla bla…

… et je fais table rase sur « les j’ai mal dormi », les « j’ai du courrir avec mes gosses », les « j’ai ceci ou bien cela », les « je fais un boulot merdique »… et j’attends le moment où la phrase arrive, « alors, on prend un café toute a l’heure?… » qui m’annonce l’arrivée de quelques instants de répis, des moments de paix… avant l’habituelle et matinalle séance de commérage sur les collègues qui ne foutent rien, a propos du chef qui est un idiot, du travail ‘con’ qu’on fait alors qu’on est bourré de diplomes, ou bien de conversations autour des cures d’amaigrissement, des programmes de télevision de la veille, le prochain diner chez machin, les prochaines vacances, etc., et qu’on appelle délicatement la pause café.

Il y a chaque matin, comme une course qui consiste à faire des petits tracas de l’existence des sujets de conversation qui se tirent en longueur, et qui me donnent toujours mon air absent, voire non « je-m’en-foutisme », qui fait beaucoup rire mes collègues… « Il est encore dans son nuage » qu’elles disent …

C’est vrai que je me dis que ça doit être en quelque sorte un exercice de gymnastique cérébrale, chaque matin, d’entretenir une forme aussi aiguë du malheur… et qu’elles y parviennent merveilleusement bien.

Ma phrase fétiche, pour les rassurer, n’a aucune originalité : Ça doit être pire d’être caissière chez GB.

Et, croyez-moi, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les caissières qui elles, quelquefois doivent supporter les remarques désobligeantes et impolies d’un tas des malheureuses aux ongles bien vernis et encore bien puantes de parfum à la fin de la journée.

Ah si, comme pour les restaurants, on devrait leur accorder des étoiles, je leur donnerais à toutes douze étoiles. Aux cassières de chez GB pour des raisons différentes. Vous avez compris. Moi aussi.

 

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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6 réponses à Douze étoiles… en cercle

  1. Denise dit :

    Ton histoire m’a fait « sourire ». J’imagine l’ambiance de bureau avec ces dames qui se plaignent de petits désagréments du matin. Je trouve qu’elles ont beaucoup de chance d’avoir un emploi. Il y a tellement de personnes au chômage…

  2. marcel dit :

    Tes avatars matinaux me remettent en mémoire la bande de joyeux drilles que j’ai cotoyés durant tant d’années.
    L’un d’entre eux vouait aux gémonies tous les lundis de la création. Une voiture en panne était, selon ses dires, une voiture fabriquée un lundi.
    Comment ça va ? Comme un lundi !
    Le souvenir d’une autre collègue à qui, s’enquérir de sa santé, vous exposait à une avalanche de commentaires médicaux allant de l’acné juvénile jusqu’à la maladie d’Alzheimer.

    Mais, le clou de la foire était encore ce petit jeunot qui attendait « sa pension » comme on attend le Messie. Il devait avoir un peu moins de trente ans. Le pauvre, il n’a pas fini d’attendre.

    Et Lilas a raison, le plus copieux c’est encore les « beuveries » des repas d’Entreprise. Quand on en tient une bonne dans le nez c’est plus facile de distiller à haute voix ce qui se dit généralement entre deux portes…

    (pardon à tous d’avoir été aussi prolixe)

  3. Lali dit :

    Voilà pourquoi le silence est une merveilleuse invention…

  4. Lilas dit :

    J’adore ta façon de dire tout çà…!! sublime !!
    J’ai toujours été dans un nuage aussi à ces moments là… avec des chansons qui me couraient dans la tête.
    Et les repas d’entreprise… du même genre ???? pendant des heures…

  5. agnès dit :

    Beaucoup aimé ta description d’un univers féminin que j’abhorre ! C’est pareil chez la coiffeuse, dans la salle d’attente des médecins. Je fais comme toi : je me tais et je rêve si le bruit des cancans n’est pas trop fort.

  6. isa dit :

    Les gents se plaignent de tout et de rien, et ça parce qu’elles ont une bonne situation économique, et voilà elles deviennent égoïstes.
    Si on regarde derrière et à cote de nous, on voit des gents que n’on rien de tout et n’osent rien dire, elles n’ont pas envie que les autres se rendent compte de leurs malheurs.
    Ceux que se plaignent le plus ce sont ceux qui gagnent très bien leur vie. C’est honteux

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