A Severa

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De celle dont on prétend qu’elle a été la première chanteuse de fado, la seule chose dont nous sommes tous certains, est qu’il existe un certificat de décès émis au nom de Maria Severa Onofriana, connue sous le nom d’A Severa… Pour le reste, son existence, à se demander si elle a  réellement existé, réellement, est aussi trouble que les chemins qui mènent aux premiers pas du Fado

Pour les uns, elle serait née dans le quartier de la Mouraria alors que pour d’autres dans le quartier de la Madragoa, aux alentours de 1820. Sa vie de prostituée aurait tangué à la faveur de passions et d’aventures amoureuses avec des bourgeois, artistes, hommes politiques et aristocrates et, dit-on, du fado qu’elle savait chanter comme personne.

Elle aurait vécu une grande histoire d’amour illicite avec D. Francisco de Paula de Portugal e Castro, comte du Vimioso, qui l’aurait délaissée quelque temps plus tard, pour une gitane.

On raconte qu’elle a promené sa beauté rare dans un quartier de mauvaise réputation fréquenté par des voleurs, bagarreurs, ivrognes et quelques marins portugais et anglais, qui venaient se payer les faveurs des prostitués et se saouler en écoutant, cigarette au coin des lèvres, chanter le fado.

A Severa, la grande pionnière du fado, serait morte de tuberculeuse à 26 ans, fin novembre 1846 et aurait été mise en terre dans une fosse commune.

Je sais, l’image est belle comme un cliché de la vieille Lisbonne et est celle que les Portugais tiennent comme véritable.

Cependant, il faut savoir que certaines voix prétendent que le mythe de la Severa serait né de l’imagination de l’écrivain Julio Dantas, dans le roman du même nom, paru en 1901, qu’il adapte au théâtre, dans une pièce en quatre actes.

Ce mythe se verrait renforcé dans les racines populaires par l’adaptation, sous la main d’André Brun, avec musique de Filipe Duarte, en opérette du roman de Julio Dantas en 1909. En 1931, le réalisateur Leitão de Barros obtient, quant à lui, un immense succès avec une adaptation pour le cinéma d’A Severa. Le premier film sonore réalisé au Portugal.

D’ailleurs, d’autres voix prétendent que, dans la mesure où le fado n’est apparu qu’en 1840 dans les rues de Lisbonne et qu’A Severa étant morte en 1846, elle n’aurait vécu que 6 ans après l’apparition du fado et donc, qu’elle ne pourrait être qu’un mythe populaire.

Toujours est-il qu’un des plus anciens fados dont la mémoire se souvienne a été écrit en 1848 par un certain Sousa do Casacão et s’intitule O fado da Severa (Le fado de la Severa).

Mythe ou réalité? Il est certain que le nom de Maria Severa fait partie indélébile du panthéon du fado et que son nom a fait et fera encore couler beaucoup d’encre…

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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8 réponses à A Severa

  1. Lali dit :

    Ce qui est fascinant, et ce n’est pas la moindre des choses, est qu’elle a fait couler beaucoup d’encre… et que la tienne est drôlement intéressante!

  2. JC dit :

    Tout à fait d’accord avec Brazex

  3. Claire-Lise dit :

    Mythe ou réalité, au fond peu importe, le mystère autour de l’existence de cette femme n’a pas besoin d’être levé.
    Le fado lui va bien.

  4. BRAZEX dit :

    Moi personnellement le préfère le rêve du mythe, et puis sa vie pourrie sa triste sort et finalement sa mort, c’est tellement portugais…tellement FADO…je la garde moi cette version.

  5. Denise dit :

    C’est un joli billet Armando sur « A Severa », belle femme mais une fin bien triste pour elle…

  6. Chantal dit :

    Triste vie. Aimée.. ? Abusée, délaissée… et pour finir tuberculeuse et inhumée dans une fosse commune. A 26 ans. Mieux vaudrait, qu’elle n’eût jamais existé et n’être qu’un personnage de roman. De quoi chanter un fado !

  7. Dominique dit :

    un fantôme chanteur en somme ?
    il y a les portraits, les chansons, tout ça a la couleur du Fado ….mais ….

  8. Avec une si belle description, il me semble entendre sa voix. Aérienne et planante. 😉

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