
C’est en 1926, lorsque le libraire Mateus Pinheiro, installé à Lisbonne, publie le premier récit du Jésuite António de Andrade que le monde occidental entend parler du premier Européen à visiter le Tibet, en 1624.
Faut dire que l’émoi est tel que la lettre de 16 pages adressée par le père António de Andrade au missionnaire André Palmeiro, sous le titre Novo descobrimento du Gran Cathayo ou Reinos do Tinete (Nouvelle découverte du Gran Cathayo ou Royaume du Tibet) et envoyée à Lisbonne, est traduite en espagnol et deux ans après en français et en italien, puis en polonais et plus tard en hollandais.
D’autres lettres verront le jour plus tard, mais l’ampleur du « choc religieux », que n’avait pas prévu par le père António de Andrade, a fait que certaines connaissances ont dû être occultées, comme l’image de Bouddha et la symbolique des têtes et des bras, qui heurtaient la religion chrétienne et qui ont été difficiles à comprendre à cette époque.
Faut savoir que l’aventure que mènera le père António de Andrade commence en 1600 lorsque le bateau du 17ème vice-roi de l’Inde portugaise quitte le Portugal avec à son bord une vingtaine de frères de la Compagnie de Jésus. Le bateau arrivera à Cochin en octobre de la même année.

Après avoir terminé ses études au collège de São Paulo à Goa, António de Andrade est envoyé dans une mission mongole à Agra où il apprend, avec les musulmans, le persan.
En 1624, il quitte Agra pour Dehli et croise un nombre considérable de moines bouddhistes en route vers un temple qu’on prétend fabuleux, entre l’Inde et le Tibet, à quarante jours de voyage d’Agra.
Fasciné par les récits, il décide, accompagné du frère Manuel Marques, d’entamer le voyage qui l’emmènera jusqu’à Chaparangue, au Tibet, un périple de plus de trois mois, parsemé de difficultés de toutes sorte.s Il racontera :
« Nous commençâmes a gravir ces hautes montagnes, qui n’ont peut-être pas leurs pareils dans le globe. Il suffit de dire qu’il suffit de marcher plus de deux jours entiers pour en franchir une seule. Dans certains endroits, le passage est si étroit que nous ne pouvions mettre qu’un pied devant l’autre, et il faut marcher de cette manière une bonne partie du chemin, tantôt en passant de côté, tantôt s’accrochant au rocher avec les mains, de manière que si l’on faisait un faux pas, on serait sûr d’être abîmé et mis en pièces. Ces rochers sont si droits, qu’on les croirait tirés au cordeau. La rivière de Ganga (le Gange) coule à leur pied comme dans un abîme, et l’immense quantité d’eau qu’elle roule parmi ces rochers et ces précipices fait un bruit affreux, répété par les échos, ce qui augmente encore l’effroi du voyageur, tremblant sur un sentier étroit. Si la montée est difficile, la descente est encore plus périlleuse, puisqu’on ne sait pas où s’accrocher. Nous fûmes contrains plusieurs fois de marcher à reculons, et de mettre un pied après l’autre, comme si nous descendions une échelle ; mais nous voyions des gentils qui bravaient ces difficultés pour honorer leurs dieux. Parmi eux il s’en trouvait plusieurs avancées en âge, qui se traînaient sur la route, et dont l’exemple nous invitait à vaincre tous ces désagréments pour un bien autre motif que pour le leur. «
Il n’en reste pas moins que le père António de Andrade a été le premier écrivain à parler de l’Himalaya, sans le nommer.

En 1624, une chapelle est fondée à Tsaparang et le père António de Andrade est autorisé à y dire la messe. On ne sait pas avec exactitude pendant combien de temps le père jésuite a séjourné au Tibet. On sait cependant que trois lettres ont été envoyées de Chaparangue en 1627.
Les liens étroits entre les Tibétains et les Jésuites ont perduré pendant 25 ans et le père António de Andrade, né à Oleiros, Castelo Branco en 1581, à qui on doit la révélation de l’existence du Tibet au reste du mnde, meurt à Goa en mars 1634, probablement empoisonné alors qu’il s’apprêtait à repartir pour le Tibet en compagnie de six autres religieux.


J’aime cette rubrique qui me fait découvrir des personnages dont j’ignorais tout.
Merci Armando pour ces destins que tu nous fais connaître à travers tes lignes !
Encore un pan de l’Histoire qui nous est dévoilé grâce à tes soins!
Voilâ pourquoi j’aime tant les mercredis!
Quand tu penses que ce récit date de 1624 tu ne peux que te dire que formidables gens ceux qui parcourais le monde et était en contacte pour la première fois avec des cultures complètements différents des siennes. Même encore aujourd’hui ça nous parait lointain le Tibet, on peut difficilement l’imaginer en 1624.
Merci pour la découverte…
La vie n’est pas un problème à résoudre mais une réalité à expérimenter, peut-on lire dans les livres de Bouddha. En voici une belle illustration.
C’est un magnifique récit que tu nous offres sur le père Antonio Antrade.
Merci Armando pour « Tes mercredis au Portugal » toujours aussi passionnants 😉
Voyage et Tibet : deux mots qui automatiquement éveillent ma curiosité !
Les Jésuites ont eu bien des tords certes mais quels formidables hommes, curieux, d’un élan extraordinaire, courageux il ne leur manquait qu’un peu de tolérance …