
Considéré par Fernando Pessoa comme un poète maudit, Camilo Pessanha est né à Coimbra en 1867, de la relation entre un étudiant universitaire et une femme du peuple, mère de quatre enfants, avec laquelle celui-ci ne s’est jamais marié.
De cette absence de structure familiale qui l’a profondément marqué, le poète dira un jour : « Un puits de misère et de douleur, voilà ce qui a été la maison de mon père. »
Camilo Pessanha commencera des études de droit à l’Université de Coimbra en 1885 et les achèvera quelque six ans plus tard. en 1891.
Sa vie affective s’avérera par contre être une vraie catastrophe. Il ne connaitra que des déboires amoureux.

Après ses études, il exercera à Óbidos où il se liera d’amitié avec Alberto de Castro, le frère d’Ana de Castro Osório, (fondatrice de la littérature pour enfants au Portugal — on lui doit d’ailleurs la traduction des contes des frères Grimm ainsi que de ceux de Hans Christian Andersen — qui était également une féministe convaincue et une grande activiste républicaine) dont Pessanha tombe amoureux au point de lui faire une demande en mariage, ce qu’Ana refuse avec tact.
Affecté par cet échec amoureux, Camilo Pessanha prend la décision de s’inscrire comme professeur et de partir pour Macao, alors possession portugaise en Chine.
Il se lie d’amitié avec Wesceslau de Moraes, à cette époque professeur au lycée São José, et s’abandonne aux plaisirs de l’opium.
Il s’intègre à la vie orientale, apprendra le mandarin et traduira même quelques textes en portugais.


Admirateur d’art chinois, il deviendra un collectionneur exquis et avisé. D’ailleurs, il fera don de sa collection d’art chinois à l’État et sa collection se trouve aujourd’hui au Musée National Machado de Castro, à Coimbra, où elle a été inaugurée en 1932.
Sa vie sentimentale sera un chaos permanent. Sa gouvernante, qui deviendra sa maîtresse, lui donnera un fils. De plus, on lui attribuera de multiples relations, notamment avec la fille de sa gouvernante de qui il aurait également un enfant.

Il reviendra plusieurs fois à Lisbonne. En 1899, il aura plusieurs contacts avec les cercles littéraires installés dans la capitale portugaise. Il verra certains de ses textes publiés dans des périodiques et pourra se rendre compte de son prestige auprès de ses contemporains des milieux intellectuels.
Parmi les poètes qui considèrent Camilo Pessanha on compte Fernando Pessoa et Luis de Montalvor, de son vrai nom Luís da Silva Ramos, fondateur de la revue Orpheu, à qui Camilo confie une poignée de textes qui seront publiés dans le seul numéro de Centauro, publié en 1916.

Le destin est toutefois étrange et il s’avère que le fils d’Ana de Castro Osório que Camilo avait courtisée sans succès est fasciné par les textes du poète et se donne pour mission de les réunir dans un seul livre qui finira par voir le jour en 1920 sous le titre de Clepsidra publié par l’éditeur Lusitânia, propriété d’Ana de Castro Osório.

C’est à Macao que le poète vivra les dernières années de son existence, dans une déchéance psychologique et miné par la tuberculose. Le poète du symbolisme au Portugal quittera le monde des vivants le 1er mars 1926.

Les fleurs d’églantier ont par erreur fleuri
Au milieu de l’hiver: et le vent est venu et les a effeuillées…
À qui songes-tu, mon cœur? Pourquoi taire, tout soudain,
Ces doux mensonges dont tout à l’heure encore tu m’abusais?
Ô châteaux d’illusion! Si Tôt effondrés!
Où allons-nous ainsi, au gré de nos pensées.
Et la main dans la main? Tes yeux, qui un court instant
Ont scruté les miens, sont si tristes à présent!
Et sur nous tombe, nuptiale, la neige,
Sourdement, en triomphe, légers et fins pétales
Jonchant le sol, dans l’acropole de glace…
Autour de ton corps, cela fait comme un voile!
Qui sème à la volée – toutes ces fleurs! – du ciel,
Sur nos deux têtes rêveuses, tes cheveux et les miens?
(traduit du portugais par Christine Pâris Montech,
maitre de conférences au département portugais
de l’Université Toulouse-le-Mirail)

Floriram por engano as rosas bravas
No Inverno: veio o vento desfolhá-las…
Em que cismas, meu bem? Porque me calas
As vozes com que há pouco me enganavas?
Castelos doidos! Tão cedo caístes!…
Onde vamos, alheio o pensamento,
De mãos dadas? Teus olhos, que num momento
Perscrutaram nos meus, como vão tristes!
E sobre nós cai nupcial a neve,
Surda, em triunfo, pétalas, de leve
Juncando o chão, na acrópole de gelos…
Em redor do teu vulto é como um véu!
Quem as esparze – quanta flor! – do céu,
Sobre nós dois, sobre os nossos cabelos?


Merveilleux billet Armando !!!
Et merci pour l’Université de Toulouse Le Mirail, que je connais bien
Un poète en avant pour son temps!
un poète qui mérite d’être connu. Merci de nous le faire découvrir.
Merci Claire-Lise pour l’honneur que vous me faites.
Encore une belle découverte que je t’ai empruntée pour mon blog !
Le mouvement et la décadence de l’Occident ont traversé et bousculé cet orientaliste qui ne pointait que le calme du soleil levant, me semble-t-il. Ne se reposait pas qui veut dans ces salons d’opium 😉
Une découvetre pour moi aussi, mais hélas, semble-t-il, rien à se mettre sous la dent en français…
J’aime les découvertes et celle-ci est très belle accompagnée du magnifique poème de Camilo Pessanha…
Encore une belle figure de la littérature et de la poésie, et encore une découverte pour moi
Merci de m’avoir fait connaître un nouveau poète aujourd’hui!