L’ami perdu…, Helder Moura Pereira

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L’ami perdu…

L’ami perdu croit voir sur le Tage
une mer de flots calmes, s’efforce d’oublier
l’importance qu’il a donné à certains gestes et paroles,
la nappe sombre qui recouvre ce côté du port
n’est pas le vert que j’avais derrière les collines.
en leur sein il n’avait jamais craint la nuit et les coups
sur la peau étaient pures feintes, une encre
de chine faisant un dessin de villages.
L’ami perdu n’a pas de nom, il a une histoire
mais ce n’est pas moi qui la raconte. Car je n’ai eu
que de brèves admirations ou des phrases d’assentiment
dans des escaliers pressés, dans les rues
de la ville, avec la peur de dévoiler mes
secrets. L’ami perdu pense qu’il me voit
coller des enveloppes, conserver des chagrins.
Sur le mur il y a une mer aux flots calmes, je viens
du fleuve, foule des dattes qui éclatent sous les pieds.

[Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
1935-2000

Choix et présentation de Michel Chandeigne
Traduction de Patrick Quillier, Michel Chandeigne,
Michelle Giudicelli, Magali et Max de Carvalho
Éditions Gallimard, 2003]

[Photo : Armando Ribeiro]

Né à Setúbal en 1949, Helder Moura Pereira a été professeur au secondaire et assistant à la Faculté de lettres de Lisbonne. Il a enseigné la littérature portugaise au King’s College de l’Université de Londres et a également enseigné le portugais et les techniques d’expression du portugais lors des cours de formation professionnelle de la Faculté de médecine dentaire de Lisbonne.
Au service du ministère de l’Éducation, qu’il a rejoint en 1986, il a travaillé à l’éducation des adultes, notamment en animation de groupes de lecture et à l’élaboration de la revue Forma et du journal Viva Voz.
Puis il a également exercé son activité au service du ministère de la Justice dans l’établissement pénitencier de Lisbonne.
Traducteur à ses heures, il a traduit des auteurs comme Ernest Hemingway, Sylvia Plath, Jorge Edwards, entre autres, et est l’auteur d’écrits sur la musique dans le Jornal de Notícias.

C’est en 1990 qu’il commence à publier avec De novo as sombras e as calmas (De nouveau les ombres et la sérénité), réunissant des poésies écrites entre 1976 et 1990. Son plus récent travail, Segredos do Reino Animal (Secrets du Royaume des animaux), publié en 2007, a reçu le prix du P.E.N. Club Portugais de Poésie.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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7 réponses à L’ami perdu…, Helder Moura Pereira

  1. BRAZEX dit :

    Très beau texte d’un poète inconnu pour moi, encore une belle découverte grâce a toi …merci

  2. Dominique dit :

    Une anthologie qui va trouver le chemin de ma bibliothèque
    J’aime beaucoup ce vers : l’ami perdu n’a pas de nom il a une histoire

  3. Servanne dit :

    Je le découvre, merci Armando, un bonheur …

  4. Lali dit :

    Ah ce que j’aime cette anthologie!
    Bonne idée de la diffuser en présentant ainsi des auteurs et des textes.

  5. Denise dit :

    Merci Armando pour ce très beau reportage!
    Je ne connaissais non plus ce poète.

    Bonne soirée!

  6. teo dit :

    Joli texte.
    Tu nous fait découvrir un poète que je ne connaissais pas!

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