Une lettre, la dernière

J’avais écrit les derniers mots, il était déjà tard. La lune avait perdu sa solitude tranquille tellement il y avait d’étoiles.

Depuis plus de deux heures que je savais le sommeil anxieux de me voir poser la plume.

Après le dernier mot, épuisé, je me suis arrêté un instant à contempler le silence de la nuit.

Puis, l’envie de relire , une dernière fois, ce texte qui avait pris plus de temps que celui que j’avais prévu au départ. Enfin. Je n’avais pas vraiment prévu quoi que ce soit. Simplement, d’habitude, une fois que j’avais tourné dans ma tête les mots à dire, une fois que j’avais décidé de la façon et du comment les dire, les phrases défilaient souvent assez involontairement.

Il arrivait même que quelquefois, dans le tourbillon de l’écriture, d’autres mots viennent se greffer et m’inviter vers des champs où l’imaginaire ne s’était pas préparé à voyager. Chaque, fois c’était un bonheur.

Mais là, ce n’était pas une lettre courante. Certes, c’était une lettre d’amitié, mais pas courante. Disons que c’était une lettre dictée par une certaine forme d’amitié. La seule qui à mes yeux peut avoir un sens.

Depuis quelques jours, les mots avaient voyagé, comme des oiseaux dans ma tête. J’avais dessiné le chemin où devaient se nicher les phrases. J’avais dûment pesé les mots pour exprimer les sentiments divers à l’égard de celui à qui j’adressais la lettre. J’avais balayé tous les mots pouvant blesser et je n’avais gardé que des choses précises. Concises. Sans ambiguïté.

Toutefois, je me suis intérrogé. Que peuvent bien valoir des mots écrits dans le silence de la raison une fois lus ? Je ne sais pas. Ou mieux, je faisais semblant de ne pas vouloir savoir.

Sans doute que ces mots que j’avais pris tant de peine et de précautions à écrire allaient générer la colère et la médisance. Parce que celui qui allait les lire n’allait pas comprendre qu’il y a parfois une heure où les adieux, même écrits, deviennent inévitables. Comme le dernier sursaut d’une amitié moribonde.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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5 réponses à Une lettre, la dernière

  1. isa dit :

    Les vrais amitié, ne se terminent jamais, on peut ne pas être toujours d’accord avec ce que l’autre dis ou pense, on peut ne pais aimer la façon de dire des parfois des mots que blessent, mais la vrai amitié, c’est ça, c’est dire ce qu’on pense même si ces pensée plaisants.

  2. Lilas dit :

    L’amitié est une chose extraordinaire, mais très fragile parfois.
    On ne comprend pas toujours ce qui se passe dans la tête de l’autre…
    les mots deviennent inutiles, ou si mal interprêtés,partir et ne garder que la douceur des bons moments passés.
    Je sais que c’est très dur…une grande blessure, comme une brulure, qui reste dans un petit coin du coeur.

  3. Lali dit :

    Un jour, quand on est de trop, quand tout ce qu’on dira se retournera contre nous, il faut se taire et partir. Pour ne pas abîmer ce qui a été beau et ainsi conserver les mots acerbes de la fin d’une amitié…

    Même si c’est dur. Même si ça fait mal…

  4. Merci Agnès pour tes mots toujours chaleureux. En effet, il s’agit d’une situation vécue qui m’a laissé un souvenir douloureux.
    Amitiés.

  5. agnès dit :

    Cher Armando, j’ai eu l’impression -en lisant ton texte- que tu voyais en moi… Drôle d’impression ! Tu décris ce que je vis en ce moment (et depuis des mois), la fin d’une amitié très forte parce que mes mots ont été mal lus, mal compris, détournés…
    Pour prouver son innocence, il n’y a que les mots… ou le silence ! J’ai opté pour ce dernier.
    Très fort, ton texte ! Il m’a touchée en plein coeur !

    « Sans doute que ces mots que j’avais pris tant de peine et de précautions à écrire allaient générer la colère et la médisance. Parce que celui qui allait les lire n’allait pas comprendre qu’il y a parfois une heure où les adieux, même écrits, deviennent inévitables. Comme le dernier sursaut d’une amitié moribonde. »

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