Santa Isabel et le Miracle des Roses, huile sur bois, Anonyme
XVIème siècle, Musée National Machado de Castro, Coimbra
Cette semaine, il me vient l’envie de vous prendre par la main et vous amener à la découverte d’une des plus belles légendes portugaises, transmise de génération en génération et inscrite dans la mémoire collective : le miracle des roses.
Nous sommes à Coimbra, quelque part à la fin de XIIIème siècle. Isabel d’Aragon épouse le roi-poète D. Denis, dont l’histoire littéraire a retenu ses chansons d’ami.
En ce temps-là, la bonne reine dépensait l’argent du royaume en s’occupant des nécessiteux et de tous les pauvres.
Un noble, préoccupé par le « royal gaspillage », a jugé bon de prévenir le roi quant à la perte des deniers de la couronne. À la suite de quoi le roi s’est empressé d’interdire à la reine d’utiliser ainsi l’argent royal et lui a ordonné de ne plus s’occuper de la misère du monde.

Bien évidemment que la reine n’a pas le moins du monde été impressionnée par la colère de son époux et a continué de distribuer à tous les affamés du royaume de quoi se nourrir.
De nouveau informé, le roi a décidé de la guetter et, un jour, alors qu’elle s’apprêtait à quitter le château, s’apercevant que le giron de son manteau royal était bien rempli, l’interpellée et questionnée quant à son contenu.
La reine, surprise et hésitante, lui a répondu qu’elle s’en allait décorer l’autel du monastère de Sainte Claire.
Voyant qu’elle lui mentait, le roi a insisté en lui disant qu’il avait été informé qu’elle avait désobéi à ses ordres et continuait de gaspiller l’argent de la Couronne.
Souriante et sereine, la reine lui a répondu qu’il avait été mal informé. « Ce que j’amène dans mon giron, Seigneur mon roi, ce sont des roses, rien que des roses… », lui a-t-elle répondu.
Le miracle des roses, Lima de Freitas
Acrylique sur bois, 1987
« Des roses?… En janvier?… » lui aurait crié le roi, devant le peuple apeuré. « Je vous ordonne, Madame, de me dévoiler le contenu de votre giron. »
Et c’est alors que, dans la surprise générale, la reine a dévoilé un énorme bouquet de roses d’une rare beauté.
Le roi s’est alors confondu en mille excuses et la reine a ainsi pu poursuivre son œuvre charitable sans être plus jamais inquiétée.
La nouvelle de ce miracle a très rapidement quitté les portes de la ville de Coimbra et s’est répandu partout dans le royaume. Et c’est ainsi que le peuple a proclamé Isabel d’Aragon sainte Isabel du Portugal.
Cette histoire a, depuis, traversé des générations et les livres d’histoire jusqu’à nos jours. Et bien entendu que personne n’osera mettre en doute des générations successives de Portugais. Encore moins les livres d’histoire.
Cependant, il est curieux de savoir que quelque 100 ans plus tôt, en Hongrie, qu’il existe une autre Isabel (Élisabeth en français), également devenue sainte. On raconte que le mari de celle-ci, au retour de la chasse, en la voyant pliée sous le poids de son manteau, lui aurait demandé si elle ne transportait pas ainsi de la nourriture du château qu’elle destinait aux pauvres du royaume et qu’il aurait été surpris de constater que c’étaient des roses… malgré le fait que ce n’était pas la saison. Éperdu de regrets d’avoir douté de la reine, il aurait alors ramassé une rose qu’il aurait gardée toute sa vie.

Bien évidemment, je veux croire que tout ceci n’est que coïncidences même si la transmission orale de la connaissance pourrait nous laisser croire en quelques libertés (ou aménagements) avec les petites histoires de l’Histoire. Et pourquoi pas?… La vérité se trouve sans doute quelque part dans le sourire émerveillé des enfants qui écoutent celles-ci.





Ping : Lali » Un conte inspiré d’une légende portugaise
moi j’ai entendus ire que c’etait a cause de deux enfants berger
Je connaissais cette histoire merveilleuse et je sais qu’elle est vrai. Il faut croire aux interventions Divines.
Cette histoire aurait-elle servi d’inspiration au mouvement ouvrier qui réclamait au début du XXe siècle du pain et des roses pour tous? L’histoire ne le dit nulle part, mais j’aime à le croire.
Comme j’aime aussi penser que de fil en aiguille, tout cela nous mène à la Marche du pain et des roses qu’on peut écouter ici :
http://www.ffq.qc.ca/actions/pain-roses.html
En tous les cas, bien jolie histoire qui doit en effet toujours émerveiller le regard des enfants!
Merveilleuse légende » Le miracle des roses » c’est si beau, hommage à ton pays … et merveilleux conteur que tu es …
Une légende qui a fait rêver l’adulte que je suis… le temps de lire ce beau billet ! Merci Armando, par ce temps gris et neigeux, il est bon de rêver de roses !
Une jolie légende où la femme a le beau rôle, j’ai toujours rêvé d’une pluie de roses cela doit être ennivrant
Merci Armando pour cette très belle légende qu’adultes et enfants aiment très certainement…
Trés jolie histoire, j’adore. Elle me renvoie à cette autre histoire contée autrefois par ma grand mère : celle d’une sainte fuyant l’oppression et dont les traces auraient été recouverte par la neige… en été.