La bataille des trois rois

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Nous sommes le 4 août 1578. Dans les couleurs de l’aube, le silence s’inquiète de la tragédie d’un empire insouciant et prétentieux qui va s’écrouler comme un château de sable. Par le crétinisme d’un seul homme, né quelque vingt-quatre ans auparavant à Lisbonne.

Le seizième roi du Portugal, fils du prince Jean, décédé deux semaines avant sa naissance, et de sa cousine germaine Joana d’Espagne (aussi connue sous le nom de Jeanne d’Autriche), a été désigné roi alors qu’il n’avait que 3 ans. Son éducation a été confiée à sa grand-mère, la reine Catherine de Castille (aussi connue sous le nom de Catherine d’Autriche), devenue Catherine ‘La Folle’ et incarcérée plus tard à Tordesillas, d’où son frère Charles I d’Espagne parviendra à la libérer quelques années plus tard.

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C’est donc en compagnie d’une folle à qui on a confié la régence du royaume du Portugal, de son grand-oncle l’inquisiteur général, le cardinal D. Henrique et des Jésuites, que le petit roi grandira pour devenir à son tour un grand malade, qui avait une énorme aversion des femmes (l’histoire dira qu’il était misogyne, mais, misogyne mon œil….).  Il se montrera un être colérique, insensé, instable et surtout persuadé que Dieu lui avait confié la noble destinée divine d’anéantir à jamais l’ennemi de la bourgeoisie chrétienne européenne, c’est-à-dire l‘Islam.

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Le Portugal était devenu un vaste empire qui contrôlait le passage dans l’océan Indien et qui s’étendait des Moluques (Indonésie) au Brésil, en passant par Ceylan, Macao et Daman (Inde). Certaines voix se sont fait entendre, pour lui dire la nécessité de renforcer l’empire que des Hollandais, Britanniques et Espagnols enviaient comme des rapaces prêts à bondir sur un corps malade. Mais le roi était présomptueux, arrogant et sourd à tout bon sens et obsédé par sa mission divine, de sorte que dès sa majorité il a quitté les fous de son enfance pour en joindre d’autres encore plus dangereux. D’autres de son âge qui le tenaient en idolâtrie et toujours prêts à le suivre dans la moindre de ses volontés, avec pour seul credo anéantir la nation islamique.

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Il faut dire que D. Sébastian ne s’est jamais intéressé ni au peuple ni au pays qu’il ne connaissait guère. Ses seules énergies il les a dépensées à former une armée, demandant de l’aide aux états étrangers, faisant des prêts pour payer des mercenaires et en affaiblissant les coffres de l’État, tout cela au nom d’une volonté divine…

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Et c’est ainsi, alors que rien ni personne n’avaient demandé une guerre et encore moins les islamistes qui étaient tranquilles chez eux, que notre bon Sébastian, armé des symboles du Portugal parmi lesquels l’épée du fondateur du Portugal, Afonso Henriques, débarque à Tanger, sous un chaleur brûlante ,et se met à traverser les terres marocaines, suivi par des centaines de soldats et mercenaires de tout bord, afin de rejoindre Alcacer Kibir, sans aucune stratégie guerrière, pour périr, comme un fou illuminé, sans aucun honneur ni gloire, dans la bataille des trois rois, emportant avec lui la plupart de la noblesse portugaise.  Malgré ce que les livres d’histoire veulent bien nous raconter.

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Ce 4 août, le soleil s’est endormi, taché par le sang de milliers de soldats, et avec la certitude que le monde allait changer profondément.

Alors que Philippe II d’Espagne faisait valoir, à Tomar,  ses droits à la couronne du Portugal (qu’il s’est empressé d’appauvrir en laissant aux Hollandais et Anglais le soin de dépouiller les terres portugaises tant convoitées du Brésil aux Indes, où on disait, si vous parlez portugais vous dominez le monde), à Lisbonne  l’idée chrétienne d’un « messie » sauveur de la patrie se répandait et le peuple prétendait que le roi reviendrait un matin de brume, pour libérer le pays.
De la frustration, de l’humiliation, de l’inquiétude et de la peur de l’avenir comme de la nostalgie du passé et de la fatalité, naissait ainsi le mythe du sébastianisme.

La lente et longue agonie de l’empire portugais, pouvait alors commencer…

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9 Responses to “La bataille des trois rois”

  1. BRAZEX dit :

    Le premier roi Gay portugais, aimais biens jouer aux guerres avec les hommes, donc comme d’habitude il a fini pour bousiller l’empire…LOL

  2. claire dit :

    très instructif, j’ai appris plein de choses et c’est dit de façon intéressante, à bientôt,
    claire

  3. chantal dit :

    Il est important de se souvenir de ces pages d’Histoire, afin que l’Humanité progresse sans cesse vers la Paix.
    Merci Armando.

  4. Lali dit :

    J’aime toujours lire l’Histoire revisitée à la Armando. Ça n’a pas le même goût que dans les livres!

  5. JC dit :

    J’ose espérer que le  » misogyne mon oeil » t’a échappé mdr

  6. lakevio dit :

    Merci Armando, de ta visite et commentaires; j’en suis très honorée. Je dois dire que nous aimons tous le Portugal à la maison. C’est un pays où on se sent immédiatement à l’aise, chaleureux et accueillant. Un grand pays. Il le fut jadis, au temps des Rois dont tu nous parles et des grandes découvertes. Il le reste par son cœur.
    Bises

  7. Lise dit :

    la folie d’un homme, la cupidité des autres, il n’en fait pas plus pour appauvrir tout un peuple. Merci pour cette leçon d’histoire, j’en redemande.

  8. Denise dit :

    Merci Armando pour ton documentaire très intéressant…Comme quoi, hélas, les guerres ont toujours existé!

  9. Dominique dit :

    comme dans beaucoup de pays d’Europe les successions étaient compliquées au Portugal
    j’ai lu il y a quelques semaines les « cahiers secrets d’Antonio du Portugal  » de Urabano Tavares Rodrigues , ça m’a fasciné et je retrouve la même chose dans ce billet