Les Amants du Tage
Les Amants du Tage – Acte I
L’auteur du roman Les amants du Tage, Joseph Kessel, est né en Argentine, fils d’un médecin juif d’origine lituanienne. Il a fait ses études à Nice et à Paris et obtient en 1915 sa licence de lettres. Ce sera lui qui, en compagnie de son neveu, Maurice Druon, fera l’adaptation, le 30 mai 1943 à Londres du Chant des Partisans, un chant révolutionnaire interprété en russe par Anna Marly, son auteure.

Son roman, noyé au milieu de la richesse de son œuvre, ne sera jamais un succès international ni sera jamais inscrit dans la liste de ses œuvres majeures.
Sorti en 1954, il raconte l’histoire de Roubier, un soldat qui, rentrant chez lui, lorsque que la guerre est terminée, découvre sa femme dans les bras d’un autre homme. Il la tue et, son passé de résistant jouant en sa faveur, il s’en sort avec une peine symbolique. Fuyant son passé, il s’exile à Lisbonne, où il devient chauffeur de taxi…
Les Amants du Tage – Acte II
Le cinéaste Henri Verneuil, né en Turquie, d’origine arménienne, de son vrai nom Achod Malakian, tourne en 1954, à Lisbonne, Les amants du Tage, avec Daniel Gélin, dans le rôle de Roubier, Françoise Arnoul, dans le rôle d’une veuve séduisante, soupçonnée d’avoir tué son mari et le Britannique Trevor Howard dans le rôle d’un inspecteur.

Dans un rôle secondaire, relativement important, on trouve Amália, dont le choix a sans doute davantage été lié à la croissante popularité de chanteuse à l’étranger qu’à ses dons d’actrice.
Tourné à l’extérieur, à Lisbonne et à Nazaré, une petite ville de pêcheurs, le film reste encore aujourd’hui un témoignage exceptionnel du charme de la Lisbonne des années 50, avec des policiers qui contrôlent la circulation aux carrefours, et où on peut également apercevoir quelques petits métiers aujourd’hui disparus ou pratiquement disparus, comme les cireurs de chausseurs, les vendeurs de journal à la crie, les vendeuses de poisson, les employés de café habillés avec l’uniforme de leur enseigne, etc.



On peut également apprécier une Lisbonne, avec des trains joyeux qui circulaient encore à Rossio, sans le Cristo-Rei et sans aucun pont, ni celui du 25 avril ni celui, plus récent, de Vasco da Gama.
L’histoire du film est ‘faible’, presque invraisemblable, mais pour le fils de Lisbonne que je suis, l’intérêt du film se traduit par la nostalgie de la Lisbonne de mon enfance, que, bien peu de films (y compris des films portugais) montrent aussi bien que le film d’Henri Verneuil.
Le film, dont la musique a été à charge de Michel Legrand, sort en 1955, après avoir été passé au peigne fin par la censure de Salazar, qui aurait amputé la version finale de 20 minutes environ.
Les Amants du Tage – Acte III
Les amants du Tage, c’est aussi la naissance de Barco Negro, porté par la puissante voix d’Amália, que j’ai tant écouté dans mon enfance, et qui a fait le tour du monde, devenant un des plus grands succès de la diva du fado.
Faut dire que la chanson, qui parle d’un pêcheur qui est allé en mer sur un bateau noir et qui n’est jamais revenu, tandis que sa maîtresse se refuse à croire qu’il est mort, sonne comme un hiatus dans l’histoire du film, où elle est chantée dans une sorte de nightclub.


Chanson pour les uns, fado pour d’autres, elle a été reprise ici et là, avec plus ou moins de bonheur. Je vous offre deux versions, une dans la voix de Katia Guerreiro et une deuxième dans la voix de Mariza qui me plaisent beaucoup, également.
Le texte de cette chanson, on le doit à un des plus grands écrivains portugais David Mourão Ferreira, qui, à partir d’une chansons interdite par la censure portugaise (dont je vous parlerai samedi prochain, même si vous n’êtes pas sages) a écrit le texte
De manhã temendo que me achasses feia,
acordei tremendo deitada na areia,
mas logo os teus olhos disseram que não
e o sol penetrou no meu coração.
Vi depois, numa rocha, uma cruz,
e o teu barco negro dançava na luz;
vi teu braço acenando, entre as velas já soltas.
Dizem as velhas da praia que não voltas…
São loucas! São loucas!
Eu sei, meu amor,
que nem chegaste a partir,
pois tudo em meu redor
me diz que estás sempre comigo.
No vento que lança
areia nos vidros,
na água que canta,
no fogo mortiço,
no calor do leito,
nos bancos vazios,
dentro do meu peito
estás sempre comigo.
Un texte que seule la voix d’Amália pouvait faire éclater avec la puissance du fouet.
Et quand je m’attarde à penser qu’il a suffi du murmure d’une plume égarée d’un Argentin pour éveiller l’intérêt d’un cinéaste d’origine arménienne et faire en sorte qu’un des plus grands écrivains portugais, David Mourão Ferreira, puisse écrire un des plus beaux textes jamais chantés par Amália, je ne peux que sourire, quand je lis que Les amants du Tage n’est qu’un si beau titre pour rien…
L’était-ce vraiment ?…







28 octobre 2009 à 08:30
Je découvre ton univers et je vois que tu aimes la lecture… Je reviendrai voir le choix de livre que tu as fais car je suis une lectrice passionée…
Je te souhiate donc une très belle journée et te dis à bientôt.
28 octobre 2009 à 12:49
Javais 17 ans à l’époque de “Barco negro”
Cela remue
Merci Armando
28 octobre 2009 à 12:49
Je devrais ajouter Merci pour le par…tage Armando lol
28 octobre 2009 à 13:04
Merci Armando pour ton texte que je trouve passionnant. Je n’ai pas vu le film mais espère le trouver.
Les deux versions de chansons sont magnifiques!
Quel plaisir tes mercredis au Portugal.
28 octobre 2009 à 18:01
Ah Les Amants du Tage : mon livre préféré
))
Non je plaisante, merci à Armando pour ce billet qui me permet de découvrir un livre ( peut être pas le chef d’oeuvre de kessel ) ET un film
j’ai une bonne médiathèque donc je vais partir à la chasse
Armando j’ai ajouté ton questionnaire sur mon billet : plus on est de fou …
28 octobre 2009 à 20:55
Bien intéressant ce billet en trois actes… surtout pour un si beau titre (pour rien)!
Paraît qu’il y a une suite samedi?
29 octobre 2009 à 10:13
Très beau billet, Armando. Et que d’informations tu as pris le temps de dénicher pour nous. Kessel, j’aime. Deux livres que j’ai adorés : Le lion et Les cavaliers. Celui-là, j’avoue ne pas le connaître, pas plus que sa ou ses version(s) cinématographique(s).
29 octobre 2009 à 15:52
tu nous dévoiles toujours plus de ce pays si riche (de culture).et quelle chanson…tu devrais les traduire pour les malheureux qui ne comprennent pas .
biz