«Il faut haïr très peu, car c’est très fatiguant.
Il faut mépriser beaucoup, pardonner
souvent, mais ne jamais oublier.»
Sarah Bernhardt
Souvent considérée comme la plus grande tragédienne de la fin du 19ème siècle, ayant une voix remarquable (on l’appelait la voix d’or ou la Divine), née à Paris de père inconnu et de mère prostituée, qui a toujours manifesté peu de tendresse à son égard, Sarah Bernhardt a été « un monstre sacré » à son époque.
Elle aurait passé ses premières années chez sa tante où elle recevait peu des visites de sa mère, avant d’être mise en pension dès l’âge de sept ans. Elle était une petite fille indépendante, têtue et colérique. Après le pensionnat, elle rentre au couvent des Grands Champs à Versailles. Elle recevra beaucoup de soutien des religieuses et toute sa vie elle leur restera fidèle.
C’est le Duc de Morny, ami de sa mère qui a eu l’idée de l’envoyer au Conservatoire. D’abord, Sarah refuse sous prétexte qu’elle veut devenir religieuse, mais elle finit par accepter. Elle est reçue au Conservatoire après avoir récité la fable de La Fontaine, « Les deux pigeons ».
On prétend que très jeune, elle se serait prévalue de ses charmes, comme sa mère. Elle aura un enfant suite à une liaison avec un noble belge, alors qu’elle n’a que 20 ans. On lui trouvera une rivière de liaisons amoureuses tout au long de son existence.
Sarah Bernhardt, la divine, quittera l’Académie Française en 1866, et sera révélée par Le Passant de François Coppée, et en 1869, elle triomphe dans le rôle de Reine dans Ruy Blas de Victor Hugo. Elle retournera à l’Académie française pour jouer dans Phèdre de Racine et dans Hernani.
Comédienne infatigable, elle jouera dans L’autre de George Sand, Le mariage de Figaro de Beaumarchais, elle sera la princesse Falconieri dans Dalila d’Octave Feuillet, Cléopâtre de Victorien Sardou; jouera dans Pelléas et Mélisandre de Maeterlinck, ainsi que dans Hamlet, Antoine et Cléopâtre et Macbeth de William Shakespeare, parmi tant d’autres.


Elle formera sa propre compagnie avec laquelle elle fait fortune à l’étranger en jouant des rôles de travesti, et elle se produit à Londres, en Russie et aux États-Unis où elle fait la connaissance de Thomas Edison et enregistre sur cylindre une lecture de Phèdre.
Elle sera l’interprète principale de Salomé, dans une pièce qu’elle commande à son ami Oscar Wilde.
En 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance et puis du théâtre des Nations qui est devenu le théâtre Sarah Bernhardt, où elle joue La dame aux camélias.

En 1894, la comédienne a besoin d’urgence d’affiches pour son nouveau spectacle, Gismonda de Victorien Sardou, qui doit avoir lieu au théâtre de la Renaissance.
A la veille de Noël, les dessinateurs qui habituellement travaillent pour Sarah sont occupés, en famille, mais il n’est pas question de ne pas satisfaire la grande Sarah.
Dans l’atelier, un artiste d’origine tchèque, un certain Alfons Mucha, né en Moravie une trentaine d’années plutôt corrige des épreuves. Sollicité, il relevé le défi, et le 1er janvier 1986, Paris découvre, émerveillé, les affiches longilignes qui annoncent le spectacle de Sarah Bernhardt. D’ailleurs, le succès des affiches est tel qu’ici et là, on vient les voler pendant la nuit.


La comédienne même est conquise à un point tel qu’elle tient à signer un contrat d’exclusivité avec l’artiste. Il s’ensuit six ans d’étroite collaboration et c’est le début de la reconnaissance artistique de Mucha.
En 1905, au Canada, alors qu’elle se produit au Québec, l’archevêque Louis-Nazaire Bégin, demande à ses paroissiens de boycotter la représentation de la comédienne, malgré qu’elle soit reçue avec les honneurs par le premier ministre Wilfrid Laurier. La comédienne habituée aux foules se produira devant une salle vide.


Femme de caractère et de convictions, elle soutiendra Émile Zola, lors de l’affaire Dreyfus. Considérée comme une féministe, elle a été la première femme à être immortalisée sur un timbre poste dont l’auteur n’est autre que le peintre, graveur et illustrateur Raoul Serres. Toutefois ce projet, collection du musée de la Poste à Paris, aurait été refusé. Un timbre sera toutefois émis en 1923, lors du centenaire de sa naissance. En 1994, lors de la commémoration du 150ème anniversaire de la naissance de Sarah Bernhardt , leMonaco édite un timbre en son honneur.

Elle sera également l’actrice de quelques films, parmi lesquels Le duel d’Hamlet, La dame aux camélias, La reine Elizabeth.
C’est en 1914 qu’on lui remet la légion d’honneur et un an plus tard Sarah Bernhardt est amputée d’une jambe, suite à une blessure. Ceci ne l’empêchera pas de poursuivre ses représentations ni de rendre visite aux soldats au front.

L’éternité l’appelle le 26 mars 1923 (il y a 85 ans précisément), pendant le tournage du film La voyante, et son souhait de reposer à Belle-Isle-en-Mer, face à l’océan ne sera pas satisfait puisqu’elle se trouve au Père Lachaise. La propriété de Sarah Bernhardt est acquise en 2000 par le Conservatoire du littoral et est transformé en musée à Pointe des Poulains (Belle-île-en-Mer). À Paris, dans le 20ème arrondissement, un square porte son nom.


De celle que inspirera à Marcel Proust le personnage de l’actrice la Berma dans À la recherche du temps perdu, Sacha Guitry disait (Dailymotion) et : «Madame Sarah jouait un grand rôle dans notre existence. Après notre père et notre mère, c’était assurément la personne la plus importante du monde à nos yeux.»

Elle laissa une trace impressionnante de sa carrière de comédienne, actrice et écrivaine.
Comédienne – 1862: Valérie de Scribe; Les Femmes savantes de Molière; 1864: Un mari qui lance sa femme de Labiche et Deslandes (rôle de la princesse Douchinka); 1866: La Biche aux Bois de Cognard; Phèdre de Racine (dans le rôle d’Aricie); Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (rôle de Silvia); 1867: Les Femmes savantes de Molière (rôle d’Armande); Le Marquis de Villemer de George Sand; François le Champi de George Sand (rôle de Mariette); 1868: Kean de Dumas père (rôle d’Anna Damby); 1869: Le Passant de François Coppée (rôle masculin d’un troubadour [Zanetto]), son premier grand succès; 1870 : L’Autre de George Sand; 1871 : Jeanne-Marie d’André Theuriet; Fais ce que dois de François Coppée; La Baronne d’Édouard Foussier et Charles Edmond; 1872 : Mademoiselle Aïssé de Louis Bouilhet; Ruy Blas d’Hugo (rôle de Doña Maira de Neubourg, reine d’Espagne); Mademoiselle de Belle-Isle de Dumas père (rôle de Gabrielle); Britannicus de Racine (rôle de Junie); Le Mariage de Figaro de Beaumarchais; Mademoiselle de la Seiglière de Jules Sandeau; 1873 : Dalila d’Octave Feuillet (rôle de la princesse Falconieri); Chez l’Avocat de Paul Ferrier; Andromaque de Racine; Phèdre de Racine (rôle d’Aricie); Le Sphinx d’Octave Feuillet; 1874 : Zadig de Voltaire; Phèdre de Racine; (rôle de Phèdre); 1875 : La Fille de Roland d’Henri de Bornier; 1876 : L’Étrangère de Dumas fils (rôle de Mrs. Clarkson); Rome Vaincue de Parodi; 1877 : Hernani de Victor Hugo (rôle de Doña Sol); 1879 : Phèdre de Racine (rôle de Phèdre); 1880 : L’Aventurière d’Émile Augier; Adrienne Lecouvreur de Legouvé et Scribe; Froufrou d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy; La dame aux camélias de Dumas fils (rôle de Marguerite Gautier); 1882 : Fédora de Victorien Sardou; 1884 : Théodora de Victorien Sardou (rôle de Théodora, impératrice de Byzance); 1887 : La Tosca de Victorien Sardou; 1888 : La Princesse Georges de Dumas fils; 1890 : Cléopâtre de Victorien Sardou; 1893 : Les Rois de Jules Lemaître; 1894 : Gismonda de Victorien Sardou; 1895 : Amphitryon de Molière; Magda; 1896 : La dame aux camélias de Dumas fils (rôle de Marguerite Gautier); Lorenzaccio de Musset; 1897 : Spiritisme de Victorien Sardou; La Samaritaine de Rostand; Les Mauvais bergers d’Octave Mirbeau; 1898 : Médée de Catulle Mendès; La dame aux camélias de Dumas fils (rôle de Marguerite Gautier); Jeanne d’Arc de Jules Barbier; Izeyl d’Eugène Morand et Armand Sylvestre; Le Roi Lear de Shakespeare (rôle de Cordelia); 1899 : Hamlet de Shakespeare (rôle d’Hamlet); Antoine et Cléopâtre de Shakespeare (rôle de Cléopâtre); Macbeth de Shakespeare (rôle de Lady Macbeth); Pierrot Assassin de Richepin (rôle de Pierrot); 1900 : L’Aiglon de Rostand (rôle du duc de Reichstatdt); 1903 : La Sorcière de Victorien Sardou; 1904 : Pelléas et Mélisandre de Maeterlinck (rôle de Pelléas); 1906 : The Lady From the Sea d’Ibsen; La Vierge d’Avila de Catulle Mendès (rôle de Thérèse d’Avila); 1911 : La reine Elizabeth d’Émile Moreau 1913 : Jeanne Doré de Tristan Bernard (rôle de Jeanne Doré).
Actrice – 1900 : Le Duel d’Hamlet; 1908: La Tosca; 1912 : La Dame aux camélias; Adrienne Lecouvreur; Elizabeth Reine d’Angleterre; Sarah Bernhardt à Belle-Isle; 1915 : Mères françaises (une infirmière de la Croix-Rouge); Ceux de chez nous (biographie); 1916 : Jeanne Doré; 1923 : La Voyante (inachevé).
Écrivaine – 1888 : L’Aveu, drame en un acte en prose; 1907 : Adrienne Lecouvreur, drame en six actes; Ma double vie; 1911 : Un cœur d’homme, pièce en quatre actes; 1920 : Petite idole; L’Art du Théâtre : la voix, le geste, la prononciation, etc.








Très bien de mettre d’honorer cette femme extraordinaire. J’écris dans une petite revue de Belle-Ile-en-Mer (j’habite près de son fortin et chateau
Un grand merci pour ce magnifique hommage à l’inoubliable Madame Sarah et pour tous ces précieux documents offerts !
C’est une joie d’apprendre toujours davantage et un bonheur de découvrir d’aussi belles pages sur internet. Un grand merci et… chapeau bas ! ^_^
Un bien charmant résumé de tous les talents de la grande Sarah.
Merci beaucoup, Armando !
Quel travail de titan! Merci est un bien petit mot pour ce billet.
Malheureusement je n’en trouve pas d’autre! J’ai adoré apprendre tant de choses sur cette grande dame. Bonne soirée.
Quelles superbes anecdotes pour celle qu’on croyait connaître et que tu nous fais découvrir avec ta passion!
Un beau portrait… qui donne envie que tu nous en brosses d’autres!
Mais Comment fais-tu ??
Quel travail,c’est fantastique,que de recherches pour notre culture générale…
Mille merci et bravo pour ce fabuleux cadeau.On ne peut faire mieux pour décrire toute la vie de cette grande Dame.
Passionant,cet article.
J’ai beaucoup aimé le portrait que tu brosses de la grande Sarah, Armando. Et j’en ai appris des choses !
Ma mère l’aimait beaucoup…
Bon là franchement je suis ébloui par ton travail de recherche, chapeau… je connaissais un peut de la Diva, maintenant je suis devenus un expert.
Merci
Merci infiniment Armando pour ce très beau billet sur Sarah Bernhardt.
C’est très intéressant de suivre ce que ces grands personnages ont fait dans leur vie. J’apprécie au plus haut point.
Tu fais un travail inouï !
Amitié
Un immense bravo pour cet article qui me touche car Sarah Bernarhdt a « vécu » trente ans à Belle-Île-en-Mer (par épisodes) dans l’ancien fortin de la Pointe des Poulains qu’elle avait fait aménager en seconde résidence. Elle lui a adjoint deux autres petits batiments et le tout vient d’être transformé en un superbe musée dédié à sa vie. A voir absolument si vous passez par ici.
Quel travail, franchement Armandoo tu m’impressionnes à chaque fois davantage !!!! Un hommage somptueux à la plus grande tragédienne qui ait jamais existé !
Superbe billet à la mesure de la dame, je n’ai pas lu sa bio par Anne Delbée mais je pense à un autre personnage aussi charismatique : la Malibran, et Sandrine Willems en a fait le portrait dans un magnifique texte » Una voce poco fa »
Des femmes qui vivent et meurt pour et par leur art Emouvant vraiment
Merci Armando pour ce beau billet, je me suis régalée à retrouver les pas de cette grande femme …
Petite pause oui mais quelques visites sur la pointe des pieds …
Bisou emprinté ( du mot printemps ! sourire )