Carte blanche à… Reine

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Paul Baudry, La Musique allemande, Vic-sur-Seille, Musée départemental

 

« Le chant de nos vies »

Le pouvoir de la musique reste in-définissable. Les mots créent des images, font appel à des associations d’idées, racontent quelque chose et… le texte sous les yeux, nous arrivons à faire une analyse, à proposer un début d’explication.

Mais dans la musique, les sons à peine entendus nous échappent, d’où peut-être ce désir, ce besoin de ré-écouter sans cesse un même morceau. Comment expliquer que l’air de La Moldau fasse naître l’image d’un ruisseau, d’un fleuve, en épouse ses méandres et ses sautes d’humeur au point de nous laisser stupéfaits sur les rivages de la mer qu’il vient d’atteindre. Le titre ? Cela ne suffit pas !

Comment expliquer ce sentiment de joie, de bonheur même, en écoutant une symphonie de Mozart ? Ce sentiment de tristesse, de mélancolie dans la fluidité d’une Polonaise de Chopin ? Ou ce désir de danser et d’entrer dans la fête d’un Boléro de Ravel ou encore ce cheminement vers l’essentiel dans l’extase mystique d’un Bach en pleine Passion !

Comment expliquer ce tourbillon d’émotions que la musique fait jaillir en nous ?

Baudelaire a trouvé le mot juste :

«Souvent la musique me prend comme une mer !»

Sa métaphore filée avec le voyage est ce qui touche au plus près de cette sensation de départ vers un ailleurs souhaité mais parfois redouté, qui nous assaille dès les premières notes…

Car on ne ressort pas indemne d’une écoute musicale attentive. Elle bouscule, choque, emporte, apaise, fait sourire ou pleurer, ennuie ou enthousiasme, mais elle ne laisse en aucun cas indifférent. La hiérarchie conventionnelle du domaine musical n’est qu’artifice. Nous savons bien que l’orgue de barbarie de Montmartre, la guitare dans le couloir du métro ou le solo d’un violoniste de concert nous touchent également. Comme si, au-delà de nos conventions sociales, de nos connaissances intellectuelles, de notre culture, la musique était un langage suffisamment inné pour que nous le comprenions sans savoir le parler, comme une langue maternelle universelle.

Restent nos préférences, guidées par notre sensibilité, notre savoir et notre évolution personnelle.

Cependant la voix est, de toutes les musiques, celle qui nous rejoint tous. Elle est l’expression la plus primaire, même si elle est travaillée, la plus évidente du cri de l’homme face au monde et à sa condition humaine. Il suffit d’écouter Callas, Pavarotti ou Piaf… pour savoir intuitivement qu’ils chantent d’abord leur façon de vivre et d’être au monde avant de proposer une «interprétation» de l’œuvre.

Et c’est ce qui fait de ces grandes voix, des chanteurs reconnus par tous. Au-delà de leur expérience personnelle, nous re-connaissons la nôtre et nous sommes alors en mesure de nous réconcilier avec nous-mêmes, puisqu’ils chantent si bien ce que nous voulions dire, non… CRIER !

 

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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5 réponses à Carte blanche à… Reine

  1. Reine dit :

    Merci pour votre accompagnement… musical !

  2. JC dit :

    Aucune fausse note dans ce texte
    Merci

  3. Denise dit :

    Ton texte sur la musique me plaît beaucoup et j’abonde dans ton sens.
    La musique fait partie de ma vie, impossible de l’exclure.

    Merci Reine pour tes mots.

  4. Lali dit :

    « Souvent la musique me prend comme une mer! » a écrit Baudelaire que tu cites avec justesse. Puis-je ajouter que ton texte a exactement le même effet sur moi?

    Un bijou.
    Il n’y a pas d’autre mot.

  5. Flairjoy dit :

    Voilà un joli texte sur le « pouvoir de la musique » !
    Comment ne pas se laisser envoûter!
    Merci Reine!

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