
photo : David Van Lochem
Ma semaine en musique est entièrement dédiée au jazz, en ce jour de Festival du Jazz de Montréal. Je pourrais vous dire quelques mots sur ce que je pense de cette musique que j’adore. Pure erreur. Je préfère vous offrir quelques citations sur le jazz. Je ne doute pas un seul instant qu’elles seront bien plus claires et mélodieuses que tous mes mots :
Dans les mélodies nègres de l’Amérique, j’ai découvert une grande et noble école de musique. [Antonin Dvorak (1841 – 1904)]
Quand on a si souvent cherché à retrouver dans le passé une de ces figures auxquelles on doit l’avènement de notre art…, quelle chose émouvante que la rencontre de ce gros garçon tout noir, avec dents blanches et ce front étroit, qui est bien content qu’on aime ce qu’il fait, mais ne sait rien dire de son art, sauf qu’il suit son own way, sa propre voie, et quand on pense que ce own way c’est peut-être la grande route où le monde s’engouffrera demain. [Ernest Ansermet (chef d’orchestre et critique suisse) à propos de Sidney Bechet]
En vain fermera-t-on l’oreille au jazz. Il est vie. Il est art. Il est ivresse des sons et des bruits. Il est joie animale des mouvements souples. Il est mélancolie des passions. Il est nous d’aujourd’hui. [André Coeuroy et André Schaeffner]
Si votre éducation musicale a été négligée, nul besoin de choisir une voie aride pour la refaire : l’évolution rapide du jazz vous mènera insensiblement de la musique la plus fraîche et la plus naturelle des parades et des orchestres de marches aux recherches les plus raffinées des arrangeurs actuels ; et le monde de la mélodie, de l’harmonie et du rythme vous sera définitivement ouvert. [Boris Vian]
Le jazz est mon aventure. Je traque les nouveaux accords, les possibilités de syncope, les nouvelles figures, les nouvelles suites. Comment utiliser les notes différemment. Oui, c’est ça! Juste une utilisation différente des notes [Thelonious Monk]
Selon moi, les trois meilleurs virtuoses du jazz sont Louis Armstrong, Sidney Bechet et Django Reinhardt. Personne ne leur arrive à la cheville question solos. Je crois que la musique de Django Reinhardt peut plaire à n’importe qui, de l’intellectuel au chauffeur de taxi. La beauté de sa musique est immédiatement perceptible [Woody Allen]
Le Jazz est la seule musique dans laquelle la même note peut être jouée nuit après nuit tout en étant différente à chaque fois [Ornette Coleman]
Pour nous, le jazz n’a jamais été quelque chose d’étranger, mais plutôt une extension de ce que nous connaissions. D’une certaine façon, Duke Ellington était le vieil homme sage du village. [Abdullah Ibrahim (pianiste sud-africain)]
David Linx and the Brussels Jazz Orchestra, 2007 – Changing faces
Sans jamais tomber dans les clichés standards du jazz, le mariage David Linx avec le Brussels Jazz Orchestra est plus qu’une réussite.
L’album qui compte avec la participation de la Portugaise Maria João, du Brésilien Ivans Lins et de la Française Nathalie Dessay, baigne dans une douce atmosphère de joie, un peu à l’image de The Land of Joy : cinq minutes et 32 de bonheur.
Un album lumineux, riche d’explosions musicales, à découvrir et à écouter autant de fois qu’on aura envie de se plonger dans cette musique merveilleuse qu’on appelle « jazz » grâce à la voix riche et talentueuse du Belge David Linx. Pour l’entendre, c’est ici.
Manu Katché, 2007 – Playground
Tous ceux pour qui le nom de Manu n’évoque que l’un des membres du jury d’un concours «à la mode» devraient s’imprégner de ce musicien qui a la musique à fleur de peau.
Manu Katché, excellent batteur, nous amène là où il excelle. Dans la composition de jazz, sans prouesses techniques superflues. Tout est un doux souffle, pureté, de tranquilles rivières de musique toutes en retenue qui laissent exister tour à tour sax et trompette, la batterie ou bien la chaleur de la contrebasse comme dans « Song for her ».
Magnifique équilibre entre quelques morceaux très lents et ceux un peu plus rythmés, cet album mérite d’être bien placé dans toute discothèque d’un amateur de jazz avec un minimum de sérieux.
D’ailleurs, il va atterrir chez mon amie Géraldine qui n’aime pas tellement le jazz. Enfin, qui n’aimait pas. Mais chut, ne lui dites rien. C’est une surprise.
Alice Ricciardi, 2008 – Comes love
Dans l’univers surpeuplé du jazz à la peau fine et aux voix féminines entraînantes, Alice Ricciardi sort son premier album. Va falloir se tailler un chemin. La barre est haute.
Le « je » a bien aimé sa voix prometteuse, même si j’aurais aimé un peu plus d’audace et une approche un fil moins classique de son répertoire, avec ce grain de folie qui fait la singularité.
Ceci dit, la jeune Italienne a travaillé avec des noms comme Tiziana Ghiglioni et Roberta Gambarini, entre autres, et puis sa jeunesse ne peut que lui permettre d’évoluer, donc patience, ça viendra. Puis, elle enregistre chez Blue Note… Ça veut tout dire.
Tiens, personne me demande si elle mignonne… On peut le savoir ici.
Mario Biondi, 2007 – Handful of Soul
Pour vous changer les idées, servez-vous un grand bol d’air frais. Vous allez vous sentir beaucoup mieux après.
Au départ, les chansons iront vous sembler agréablement anodines, mais à pencher l’écouteuse, en n’en revient pas, et surtout en ne s’en lasse pas… une vraie claque.
Un jazz chaleureux, lumineux, emmenée par la voix de l’Iitalien Mario Biondi. Une vraie voix de crooner. Et puis, ça s’écoute dès le matin au réveil et puis encore le soir pour faire de beaux et doux rêves. Écoutez-le et vous me direz des nouvelles : you just can’t resist. Oups… c’est déjà dit…
Quoi?… vous êtes toujours là? Il n’y a pas de disquaire dans votre bled?… Bon, alors allez faire une écoute par ici… et puis là, si vous voulez avoir aussi la cerise. Bande de joyeux gourmands.
Chris Botti, 2007 – Italia
Voilà, pour vous qui aimez le romantisme (si, si, si), ce disque est fait sur mesure. Puis, la présence d’Andrea Bocelli dans «Italia», celle de Paula Cole dans «The Very Thought Of You» ou encore le magnifique «I’ve Grown Accostumed To Her Face» avec l’éternel Dean Martin, sont autant de gourmandises que vous ne serez pas prêt d’oublier.
Il est incontestable que Chris Botti maîtrise avec grâce et magie l’instrument dont il arrive à sortir des caresses sonores si tendres qu’on a envie de fermer les yeux et de voyager avec lui dans ces océans de plénitude. Nessum Burma (Puccini) un extrait de l’opéra «Turandot» , Debora’s theme (du film d’Ennio Moriccone) et Estate sont autant de moments uniques et majestueux que vous aurez envie d’écouter sans cesse.
Ah le romantisme italien…Pour vérifier mes dires, c’est ici.
Colin Vallon Trio, 2004 – Les ombres
Ce n’est pas pour plaire à Denise, mais il faut absolument que je vous parle de ce trio suisse, qui a réussi un album de 12 superbes titres qui enchaînent des morceaux calmes, pleins de volupté et d’autres un peu plus soutenus.
Les orchestrations – piano (Colin Vallon), contrebasse (Lorenz Beyeler) et batterie (Raphaël Pedroli), – sont au service des mélodies et les mettent chacune en valeur dans toute leur force et leur potentialité. Le pianiste Colin Vallon imprègne chaque morceau d’un état émotionnel précis. Écoutez Une rose en hiver, Juste une, Voyage de nuit ou encore Les ombres, qui donne le titre à cet album et vous ne pourrez pas me dire sans baisser les yeux que vous n’aimez pas ces mélodies qui sonnent ouvertement le bon jazz. Pour entendre, c’est ici.
Philip Catherine, 2007 – Guitars two
C’est du belge. À ne pas confondre avec un certain Philippe Katerine.
De la grande musique, d’une musicalité et d’une subtilité merveilleuses. Une pépite, comme on dit.
La Belgique est un merveilleux pays de musiciens et Philip fait partie de ceux qui ont un doigté, une virtuosité discrète mais impressionnante, imprégnée de bien jolies émotions.
Treize mélodies, où se croisent rythmes et tempos avec somptuosité et sans jamais tomber dans la démonstration. On se demande comment c’est possible autant de talent et d’élégance. « Toscane » et « Souvenirs de Villiegen » sont purement et simplement magnifiques. D’autres preuves ici.
Pour moi, il s’agit d’un disque majeur de l’art de la guitare. Merci Monsieur.
Chet Baker, remasterisé en 2007 – Chet
Je termine en vous proposant mon « chouchou ». Chet Baker. L’album intitulé tout simplement «Chet» avec sa gueule d’ange sur la pochette nous le présente un jazzman de fin des années 50 pas encore « abimé ». Il est entouré de quelques pointures du jazz : Pepper Adams (sax bariton), Kenny Burrell (guitare), Bill Evans (piano) Philly Joe Jones (batterie) etc. Dès le premier morceau, Alone Together, le ton est donné, quelques accords de piano mélancoliques puis la trompette qui entre, tout en finesse et puissance retenues. Tout le reste de l’album est du même calibre. Du velours pour les auditives. à écouter lorsque la pluie cogne comme une brute contre les carreaux, ou encore dans les bras chauds de sa dulcinée.
Rien que ça.
Pour plus, c’est par là.
Bon samedi et bon jazz à tous, avec une pensée jalouse pour mes amis festivaliers de Montréal.








Tout à fait d’accord avec toi pour les conseils d’usage pour une écoute parfaite du grand Chet!
Wouahhhhhhhh !!! Comme tout est beau. Je n’ai pas vu le temps passer à tout écouter.
J’ai vraiment tout aimé. Chris Botti est FOR-MI-DA-BLE.
Pour le trio suisse, je te regarde droit dans les yeux et je te dis que j’ai adoré. Je ne connaissais pas et c’est toi qui me le fait découvrir. Merci ! Splendide.
Quel plaisir à écouter la guitare de Philip Catherine. Des moments très doux ainsi que Chet Baker qui me ravit.
J’aimerais bien avoir toutes tes connaissances musicales…
Voilà une belle fin de semaine, merci Armando pour tout ce travail.
Bon week-end.
Que de belles découvertes une fois de plus tu nous surprends avec une culture musicale incroyable, grandissimo !
Superbe semaine pour toi comme pour nous!
Je ne me lasse pas de tes découvertes.
Et tant pis si tu es jaloux…
Tu as les CD, on a le festival de jazz!