
Incommunicabilité
16 avril 1986
{extrait}
L’incommunicabilité entre les êtres est une source permanente de conflits. J’en veux pour preuve ce drame poignant dont les deux acteurs involontaires gardent à jamais au cœur l’ineffaçable cicatrice.
…
« Bonjour Monsieur »
– Bonjour Monsieur, réponde le chauffeur, aussi joviel, mais plus sarrasin.
– Voulez-vous me conduire à la Maison de la radio, s’il vous plait ? dit le jeune homme. (Seules 17 Français sur 100 savent que l’endroit s’appelle en réalité « Maison de Radio-France ». Ils travaillent tous les 17 à la maison de la radio. De Radio –France, pardon.)
– Kéké ti dis ? demande le chauffeur.
– Je dis : Voulez-vous me conduire à la Maison de la radio ?
– Kéké ti dis ?
– La maison de la radio, s’il vous plait.
– Kéké ti dis ?
– (Articulant:) Je voudrais aller à la Maison de la radio.
– Kéké ti dis ?
De seconde en seconde, l’atmosphère guillerette du début s’assombrissait des pires angoisses orageuses.
– Kéké ti dis ?
– (Retenu:) « Tu te calmes, il fait beau, tout va bien. Tu te calmes, il fait beau, tout va bien. Tu te calmes, il fait beau, tout va bien » se répéta le jeune homme.
– (Chantant:) Eh bien voilà. Je voudrais me rendre à la Maison de la radio. Vous avez entendu parle de la Maison de la radio ?
– Kéké ti dis ?
– (Crescendo:) La Maison de la radio … Ce grand bâtiment en rond, au bout de la Seine, avec du joli gazon devant … Il y a des studios de radio, France Inter, France-Musique, tout ça… La Maison de la radio, quoi.
– Kéké ti dis ?
– Bon. Allez. On se calme. L’adresse, c’est dans le XVIème. C’est 116 quais Kennedy. Quai Ken-ne-dy.
– Voui, voui, kéké-ti-dis, c’est qui j’dis. »
Pierre Desproges
Chroniques de la haine ordinaire II
(Points)
À propos de dubleudansmesnuages
Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre.
Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres …
Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française.
Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan …
Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro.
Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub.
Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires.
Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées.
Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent.
Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu.
Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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Je ne m’en rappelais plus de celui-là…une petite perle aussi
Superbe et savoureux extrait. Un grand merci. Cela m’a bien fait rire.
L’un des meilleurs !
Desproges me fera toujours sourire et même rire!
Bien trouvé, cet extrait, merci!