Instants de lecture

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« …

Nous commençâmes a descendre vers la rive. Le long manteau militaire de Véra était détrempé, presque noir. De loin, sur ce talus eux herbes brunes et couchées, on aurait pu la prendre pour une infirmière, pendant la guerre, se dirigeant vers un champ cou vert de blessés et de morts. Dans le regard des autres… À présent, je voyais tout simplement une femme qui marchait à mes côtés, le visage inondé de pluie, intensément vivant dans ce jour d’automne terne, évitant de poser le pied sur les dernières bottes de fleures et qui, en arrivant sur la rive, s’inclina, ramassa quelque chose sur le sable et me tendit : « Vous l’avez perdu, la dernière fois ». C’était le crayon avec lequel je notais dans mon carnet des formules telles que « sati carbonisée sur le bûcher de la fidélité », « la vie massacrée par un serment enfantin »…

Dans la barque, elle prit une rame, me laissant la seconde. La pluie tombait plus soutenue, amortissait les rafales. On ne voyait ni les isbas de Mirnoïe ni même les saules de la berge opposée. Nos mouvements se rythmèrent rapidement. Chacun sentait l’effort de l’autre comme une réponse au sien, à la moindre tension des muscles près. Nos épaules se touchaient mais la vraie proximité était ce lent mouvement cadencé, le soin que nous prenions de nous attendre l’un l’autre, de revenir à l’unisson des forces après un coup de rame trop appuyé ou une glissade de la pale sur la crête d’une vague.

… »

Andreï Makine
La femme qui attendait
Éditions du Seuil

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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Une réponse à Instants de lecture

  1. Zef dit :

    Très beau livre.
    Très bel extrait.
    Ça me redonne le goût de Makine.
    Merci.

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