
Prophétie
Là
où l’aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois
là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux
là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève
à rebours la face du temps
là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain
à l’espoir et l’infant à la reine,
d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d’avoir gémi dans le désert
d’avoir crié vers mes gardiens
d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes
je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l’air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.
Prophecy
[Translated by Gilles de Seze]
There,
Where adventure keeps clear its eye
Where women are shining forth with language
Where death is beautiful in your hand as a bird
milky time
Where the subterranean passage through its own
genuflecting gathers a wealth of eyelids fiercer than caterpilars
Where for the wonder it’s all grist and fire to the nimble mill
Where the vigorous night is bloody killing a speed of pure plantings
Where bee-like stars string the sky of a hive glowing
more brightly than night
Where the sound of my heels fills up the space and
draws up the other way round the face of Time
Where the rainbow of my word is in charge to joining
Tomorrow to Hope, and the Infante to the Queen.
For having insulted my masters bitten the sultan’s soldiers
For having bemoaned my fate in wilderness
For having shouted calls at my guards
For having beseeched jackals and hyenas shepherds of caravans
I am watching at
smoke rushing ahead like a wild horse on the
foreground frings for one instant the lava
of its frail peacock’s trail then tearing
off its shirt on a sudden open its breast and
I look at it mimicing the british islands
islets jagged rocks melting together little
by little into the lucid sea of the air
where are prophetic bathing
my ghoul
my rebellion
my name.
Je rends hommage à ce grand poète, Aimé Césaire.