Nuestras vidas son los ríos que van a dar en la mar,
qu’es el morir – Jorge Manrique

« …
Le hiatus obstiné, inexplicable, ne le protégeait pas, ce n’était pas comme un amortisseur qui aurait pu signifier distance et impassibilité. Il provoquait au contraire de la panique en Gregorius, la peur de se perdre lui-même en même temps que les choses familières qu’il avait voulu rappeler pour se retrouver, et de revivre ici la même angoisse que dans Lisbonne à l’aube, mais plus sournoisement et bien plus dangereusement encore, mais derrière le Berne perdu il n’y avait rien d’autre. Quand, le regard braqué sur le sol ferme et qui pourtant reculait, il heurta un passant, il fut saisi de vertige, pendant un moment tout tourna, il se prit la tête à deux mains comme pour la retenir, et quand tout fut de nouveau sûr et calme en lui, il vit une femme qui le suivait du regard et il lut dans ses yeux qu’elle se demandait s’il n’avait pas besoin d’aide.
L’horloge de l’église du Saint-Esprit indiquait huit moins quelques minutes, la circulation se calmait. …
… »
Pascal Mercier
[traduit de l’allemand (Suisse)
par Nicole Casanova]
Maren Sell Éditeurs