Archive pour la catégorie ‘QUELQUES MOTS BLEUS...’

L’attente du vieux marin

Vendredi 26 février 2010

Le vieux marin était parti vers l’inconnu plongeant la plage dans le vide et l’inquiétude.

Le soleil indifférent avait brûlé le sable pendant des journées entières, sans répis.

L’océan avait dansé des journées et nuits entières à ses pieds, lui offrant des vagues bouillantes mais sans nouvelles.

Au bout de quelques jours, une vague insignifiante et salie par le voyage lui apporta, dans le souffle de l’écume, quelques nouvelles du vieux marin. Enfin.

Juste de quoi la rassurer. De quoi apaiser son angoisse et la douleur de l’absence.

Et dans mon rêve, il y avait une plage qui s’endormait sans questions en regardant la mer. Rassurée d’apprendre que le vieux marin pensait toujours à elle et qu’il allait lui revenir. Et elle s’est endormie heureuse. Sans questions, sans amertumes  ni haines.

[Photo et texte : Armando Ribeiro]

Comme cadeau de Noël

Vendredi 25 décembre 2009

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[Texte : Armando Ribeiro]

 

Il me disait, comme cadeau de Noël, je voudrais tant tenir ma mère par la main. M’asseoir avec elle dans un jardin. Manger des gâteaux.  Sentir sa main caresser mes cheveux. Puis l’entendre dire qu’elle m’aime. Et qu’elle m’aimera toujours.

Il me disait, comme cadeau de Noël, je voudrais entendre mon père chanter en me prenant contre son cœur, comme si j’étais sa seule richesse. Je voudrais qu’il me raconte l’histoire du Petit prince ou autre. Mais qu’il me raconte une histoire.

Et puis je voudrais jouer au ballon avec mon frère. Et puis sauter à la corde avec ma sœur. Et puis je voudrais que nous courrions, comme les autres enfants, derrière les oiseaux, en mélangeant nos rires.

Comme cadeau de Noël, je voudrais voir des parents fiers. Et je m’en fous qu’on soit pauvres; et je m’en fous que le père Noël ne vienne pas nous déposer des cadeaux. D’ailleurs il n’existe même pas.

Il me disait, comme cadeau de Noël, je voudrais tant avoir des souvenirs.  Et puis et surtout, comme cadeau de Noël, je voudrais oublier mon enfance…

Un chant grand comme le monde

Mercredi 15 octobre 2008

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Ce matin-là, il n’avait qu’un seul chant.

Comme un cri de l’âme qui remplit tout l’espace laissé ouvert dans le bleu de l’univers.

Joyeux. Comme seuls peuvent l’être les chants du matin sans lesquels le silence n’aurait aucune raison d’existence. D’ailleurs, quand j’écoute un oiseau chanter, je me demande souvent si l’univers aurait un sens sans ce chant-là.

J’ai promené les yeux dans l’immensité du ciel bleu jusqu’à ce que mon regard se pose sur ce petit être heureux. De vivre. De chanter. D’être libre…

Ce matin-là, il y avait comme un parfum de début d’univers. Et il n’y avait qu’un seul chant.

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Texte et photo : Armando Ribeiro

Une vague aux cheveux blancs

Vendredi 5 septembre 2008

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L’enfant a regardé l’immensité du ciel bleu et puis il a déchiré de ses propres mains l’horizon. Il a regardé à l’intérieur de cette partie du monde où seuls certains êtres peuvent aller.

Là, il a mis toutes ces choses encombrantes, puantes, qui n’intéressent personne et ne font qu’amuser les sots. Il a mis tous leurs mots larvés de haine et de mépris. Ces mots qui blessent inutilement. Par vanité. Il a mis tous ces noms de tous ces morts, dont on n’a pas jamais voulu se défaire parce qu’on les croyait encore vivants. Juste un peu. Comme s’il voulait remplir un monde rien qu’avec des médiocres, des lâches, des menteurs, des faux poètes. De tous les sexes.

Puis, il a recollé les deux morceaux de l’horizon et il a de nouveau fermé le ciel, sans plaie ni blessure.

L’enfant m’a regardé et il m’a souri avant de me murmurer les mots de Sénèque : Il n’est pas bon de tout voir et de tout entendre. Fermons les yeux sur bien des offenses: la plupart ne nous atteignent pas parce qu’on les ignore.

Le ciel est devenu lisse. L’eau de la mer claire et propre. Une vague aux cheveux blancs est venue me saluer. C’était l’enfant.

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