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Le sermon aux poissons

mercredi, juin 6th, 2012

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Je me suis toujours dit que j’avais une chance inouïe de ne pas avoir ni l’envie ni le talent d’être un critique littéraire.
À ce titre, je dois avouer que je suis totalement incapable de dessiner, en quelques deux ou trois gros traits de mots savants, la moindre critique digne de ce nom. Puis, pour tout vous dire, je suis un si mauvais lecteur qu’il serait même indécent que je joue aux critiques de lignes.

Et donc, en disant cela, je ne trouve pas grand chose d’autre à dire d’un livre que j’avais ouvert avec un horizon de rêveries crevant les yeux.

L’histoire du Serment aux Poissons s’ouvre, sur le quartier lisboète de Graça. Un quartier cher à mon enfance. Et cela, mine de rien, rend la lecture tout de suite plus sympathique. Plus éparse. J’oserais même dire plus gourmande. On voyage plus qu’on lit.  Au mieux, on voyage à côté de la lecture d’un livre, duquel on se rend compte que sombre dans une histoire qui s’enlise et qui tourne en rond, et on se dit qu’on ne comprend pas pourquoi Antoine en veut autant à Montréal ni surtout ce qu’il cherche exactement à Lisbonne.
On sait qu’il veut fuir Montréal et renaitre à une nouvelle vie.  Ailleurs.  Et Lisbonne lui semble le lieu idéale pour cette renaissance. On sait qu’il a égaré son portable, qu’il s’accroche à un certain Manuel, et louche sur une nouvelle fille chaque deux-trois pages. Mais surtout on ne trouve aucune explication à cette fuite et à ce parcours qui le mènent de son mal être à la solitude involontaire et se terminent, curieusement, dans un lieu de Lisbonne, où j’aime aller diner, la Casa do Alentejo.

Je me suis dit que le sujet n’était pas si mauvais que cela.  Que l’écriture était prometteuse.  Même si le roman aurait pu être moins lisse s’il avait été lu à haute voix avant sa publication, et que Lisbonne aurait mérité un peu mieux que d’être une toile de fond, sans vie,  et si souvent sans couleurs sans odeurs ni soleil, comme une Lisbonne sans âme. Heureusement que je ne suis pas arrêté de faire vivre la mienne.  Celle où les mots des gens ont la couleur de ces quartiers que sans eux n’auraient pas d’existence.

Il reste le fait qu’un premier roman, c’est l’espoir de voir naitre un deuxième. Et puis Patrice Lessard, à ce qu’on m’a dit, est un gars on ne peut plus sympathique. Alors j’attendrai. À Lisbonne. Qui sait?…

… et nous partirons à l’aube, du Miradouro de Nossa Senhora do Monte, arpenter les rues de Lisbonne et nous perdre dans les ruelles d’Alfama, nous irons voir le Tage et puis, à l’heure où le soleil s’endort, nous irons nous reposer, en dégustant des cerises, au Miradouro São Pedro de Alcântara. Et je lui parlerai de Montréal.

 

[Photo et mots : Armando Ribeiro]