Paris, je t’aime… sur un fond de Fly me to the moon
Mardi 7 septembre 2010Je regarde la lune et je me dis que je suis prêt à parier que personne ne se souvient plus de Felicia Sanders.
The song from Moulin Rouge et In other words chantés au milieu de la fumée dans les cabarets sont tellement loin. C’était avant que Kaye Ballard reprenne la chanson à son compte et l’enregistre pour Decca Records en 1954.
J’arrivais dans ce monde.
La chanson ne s’appelait pas encore Fly me to the moon et Neil Armstrong n’était qu’un rêve…
… 1954 … quand j’y pense, cela tient quasi de la préhistoire pour une jeune fille qui a 17 ans en 2010.

La jeune fille en couverture a le regard de ces gens capables de lire dans vos silences avant que vous la regardiez dans les yeux. Et le titre, Paris, je t’aime, me fait sourire. C’est exactement ce que je me dis chaque fois que je rentre à Bruxelles, après avoir flâné quelque part, dans l’île Saint-Louis, à Saint-Germain, autour de l’Opéra, sur les Champs-Elysées, aux Tuileries, au Sacré-Cœur… à Paris quoi. Puisque, à Paris c’est Paris partout.
À Lisbonne c’est pareil. Quand vous vous trouvez à Lisbonne, c’est Lisbonne partout. C’est peut-être pour cela que je me sens bien à Paris. C’est pour cela que quand j’y retourne je lui dit “Paris, je t’aime“.
Comme Myriam.
C’est comme ça.
J’ouvre le livre au hasard. Mon Dieu que j’aime ouvrir un livre quelque part et m’attarder sur quelques lignes.
Personne ne peut imaginer le bonheur que cela me donne.
Ouvrir un livre. Lire un paragraphe. Puis, le refermer tout doucement et prendre le temps de regarder autour et savourer les mots que je viens de lire jusqu’à ce que leur sens m’émeuve “… À cette heure-ci les enfants sages sont plongés dans leurs rêves. Mais lorsque les rêves sont oubliés, et que l’école est finie, l’eau froide des fontaines éloigne les enfants effarouchés…”
Pour moi cela tient du jouissif, je vous le jure… et la lune le sait.

Je m’aperçois soudain que j’ai rouvert le livre et que je viens de dévorer les à mes parents, à B.B…, à C.S…, Prévert, Beigbeder, Peter Doherty, la place de l’Opéra, Luchini, que je viens de passer une journée boulevard Saint-Germain et que j’attaque Minuit…
Il m’arrive d’entendre la lune se demander pourquoi je souris souvent. Ou je crois qu’elle se le demande. Ce qui est la même chose.
Je lui murmure que j’aime cette écriture agile et chantante. Ça sonne bien dans le silence. Dans ma tête il y a des images de Paris qui défilent aussi vite que les pages que j’avale avec gourmandise, et il m’amuse de penser que s’il y a une ou plusieurs chansons, comme des marque-page ou interludes, à la fin de chaque histoire, ou presque, c’est parce que Myriam a fait exprès. Elle se doutait qu’à mon âge il me faut faire des pauses. Pour reprendre mon souffle. Faut dire qu’entre “Quelques saisons plus tard” et “La jeune fille au trench rouge”, l’interlude David Hallyday et Laura Smet m’a bien plu.

La lune est toujours là qui m’observe et il me semble que le noir de la nuit n’est plus si intense... Où en étais-je?… Ah, voilà… Je reprends de plus belle, “Elle a les cheveux et les yeux bruns. Aujourd’hui elle porte une robe noire, un petit foulard aux couleurs…” et de nouveau les mots qui chantent dans mon silence jusqu’à ce que je m’entende dire tout bas : Michael Bolton? Fly me to the moon?…Sapristi… mais elle se moque de moi ma parole… je souris, et je poursuis sans m’arrêter, enfin, presque sans m’arrêter… puisqu’ il me vient à l’esprit que j’ai connu tant de Félix que ne croyaient qu’à ces substances à rêves, qu’il m’a fallu La superbe de Biolay avant Gainsbourg et son Gainsboroug en me demandant “Pourquoi la lune ne porte-t-elle pas le glorieux nom d’étoile?”… “Une clope à la main, un sourire en coin. Mais cette fois-ci en lévitation“, sur les étincelles d’étoiles de Melody Gardot, avant qu’”au beau milieu de la nuit, dans un appartement typique de la bourgeoisie parisienne, Pink Martini tourne en boucle…”
… “Mes yeux contemplent la ville. L’admirent. Un immense sourire se dessine sur mon visage. – Paris, Je t’aime!” …et, sans m’apercevoir je me trouve à murmurer qu’”À Paris, la vie ne s’arrête jamais.” Mars 2010.
Je cherche encore une ou deux pages à lire. En vain. Je me rends compte que je viens d’avaler les 125 pages de son bouquin… J’en voudrais juste une de plus. Il n’y en a pas. 125 pages point. 125… serait-ce un chiffre porte-bonheur?…
Je referme le livre. Je dévore le quatrième de couverture et puis je dévisage la jeune fille en couverture, avec le regard de ces gens capables de lire dans vos silences avant que vous baissiez les yeux.
Je pose le livre sur la table. Je souris. Un coup d’œil à la lune. Une dernière fois. Dans ma tête il traine encore et toujours ce vieil air de Fly me to the moon et il me vient une envie de reprendre tout. Depuis le début. Certain que je le lirai une fois encore, chez moi, assis face à la mer… et sans doute que j’irai murmurer une fois encore “Paris, je t’aime“…

Marque-pages ou interludes…
Grace/Wastelands, Peter Doherty (*)
Seize the Day, Wax Tailor
On se fait peur, David Hallyday & Laura Smet
When I look in your Eyes, Diana Krall
My One and Only Thrill, Melody Gardot
Fly me to the moon, Michael Bolton (**)
U-Turn (Lili), AaRON
Stadium Arcadium, The Red Hot Chili Peppers
La Superbe, Benjamin Biolay
The Pursuit, James Cullum (*)
Toute l’oeuvre de Serge Gainsbourg
Les étoiles, Melody Gardot
Un roman français, Frédéric Beigbeder
Sympathique, PInk Martini
Autour de midi, Tania de Montaigne
D’ici et d’ailleurs, Soha (*)
Si je manquais de ta peau, Pascal Obispo (**)
It Had Better Be Tonight, Michael Bublé
(*) Il s’agit du titre de l’album, j’ai choisi une chanson au hasard
(**) Les enregistrements trouvés étaient de très mauvaise qualité











