Décembre 2007 photo©Jeanne D’arc Miron
La barbe!
Çà c’est passé un jeudi de décembre 1952 et je venais tout juste d’avoir 5 ans.
À côté de chez moi habitait un vieux solitaire dans une vieille bicoque en bois de grange camouflée sous des arbres en broussailles. L’hiver rendait cet endroit plus mystérieux encore à cause des branches sèches, grises et dénudées où s’installait un vent à faire mourir de peur une petite fille à l’imagination débordante.
Aux petites heures du matin, j’écartais les rideaux et je pouvais voir le vieil homme promener son chien. Il lançait loin devant lui un morceau de bois sec et disait de sa grosse voix : « Rapporte Mozart, rapporte à papa! » Et Mozart le chien courait dans la neige folle pour rapporter fièrement le bâton à son maître. J’imaginais que le bâton pouvait aussi servir à le battre car je craignais le vieux monsieur à cause de sa laideur. L’été j’apercevais sa grosse tête bosselée et dégarnie, endommagée par un gros nez violacé et des oreilles en chou-fleur. J’avais donc qualifié ce gros bonhomme de Méchant- Monsieur- Dàcôté!
Donc, ce jeudi-là, devait être le plus féerique d’entre tous car ma mère et moi allions voir le Père Noël (l’homme de ma vie) au grand magasin du centre ville. C’était chaque année le jour le plus important, à part le matin de Noël où je recevais les cadeaux demandés. Arrivées au grand magasin, nous faisions la file mais le temps à attendre accentuait mon plaisir de pouvoir enfin donner ma liste au Père Noël. Elle n’était pas bien longue mais elle contenait entre autre une poupée presque aussi haute que moi et celle-là je la voulais à tout prix.
Lorsque ce fut mon tour, le Père Noël me reçut sur ses genoux avec ses ho ho ho habituels mais son gros ventre bougeait tellement que j’en perdis l’équilibre. Pour me retenir, je me suis suspendue à sa longue barbe blanche. Elle me resta dans les mains! Mais le pire c’est que non seulement j’avais accroché sa barbe mais aussi une couette de ses longs cheveux blancs. La perruque et le chapeau à pompon glissèrent le long de son nez violacé et fit voir à tous les parents confus et aux enfants désillusionnés, un crâne bosselé et dégarni ainsi que deux oreilles en chou-fleur!
Ha! La barbe! C’était le Méchant-Monsieur-Dàcôté!
Décembre 2007 © Flairjoy

Maintenant que tout le monde a entendu mon histoire, il est temps d’aller au lit!
Bonne nuit mes petits choux et mes petites chouettes!
Merci à tous d’avoir ajouté votre grain de sel et merci Armando de m’avoir fait une belle grande place sur ton blog!
Gros bisous! Gros câlins!
Grand-maman Flairjoy
Une histoire qui ne s’oublie pas et surtout racontée comme seule Flairjoy sait le faire!
Pour Flairjoy : une barbe qui en apprend beaucoup sur la vie… d’ailleurs , tu ne l’as pas oubliée !!
Pour Marcel : cela nous rappelle, ce que l’on oublie souvent… que l’enfant n’a pas les yeux à la même hauteur que nous et ne voit donc pas les mêmes choses !
J’aime beaucoup cette histoire de petite fille et du père Noël..le monde est bien petit parfois!!
Merci Flairjoy pour le partage de ce souvenir d’enfance.
Belle histoire Flairjoy ! De quoi faire des cauchemars de petite fille quand même : l’homme de ta vie, l’affreux monsieur d’à côté… brrrr…
Une bien jolie histoire qui n’est pas sans me rappeler celle-ci :
Nos filles étaient encore petites et nous venions de quitter un grand magasin où trônait Père Noël dans toute sa superbe. En entrant dans un autre magasin, quelle n’est pas notre surprise de tomber sur un frère jumeau, copie certifiée conforme du premier.
L’une des filles se mit à l’observer des pieds à la tête sans dire le moindre mot, mais on sentait que ça cogitait grave !
Elle dit, dans son jargon de l’époque : « C’est qui cui-la ? »
Ma femme répond que c’est toujours Père Noël et se lance dans une explication oiseuse sur le don d’ubiquité du suspicieux personnage.
Alors la petite réplique: « Quand est-ce qu’il a eu le temps de changer ses godasses ? »
Voilà qui vous cloue un bec, hein !
Comme c’est joliment raconté ! Souvenirs, souvenirs…
Merci Flairjoy.
Amitiés
Superbement frais
Bisous