Depuis quelques jours, Marc avait l’étrange sensation que l’amitié allait lui échapper. Il sentait un appauvrissement dans la sonorité des mots. Comme un creux. Cela était perceptible dans la tendresse avec laquelle on les enrobe d’habitude. Ce soin dans les mots qu’on apporte, quand on écrit avec l’encre du cœur.
Marc avait du mal à se dire à quel moment avait eu lieu la fêlure, mais il savait qu’elle était là. Et il avait ce sentiment douloureux que celle-ci allait finir par devenir une cassure. Définitive.
Et il se préparait doucement. Comme on se prépare au débordement d’une rivière, dont on a appris à comprendre les signes avant-coureurs et destructeurs. Il se préparait, avec prudence. Sachant qu’à tout moment, tout allait éclater.
Marc s’est aperçu des premiers signes du changement lorsque que son ami lui avait proposé venir le voir. Avec un enthousiasme d’adolescent. Ainsi qu’une autre amie commune, qu’il voulait aller voir seul, sans que Marc le dérange de sa présence. Étrange. D’ailleurs, sa manière de le lui dire était d’un ton brusque, hautain et vexant.
Marc avait fait semblant de ne pas comprendre. Il se rendait bien compte qu’il avait eu tort de faire semblant.
Son ami lui annonçait quelques jours plus tard, qu’il n’allait plus le voir, mais qu’il serait à Paris avec un ami, pour une semaine. Le ton était froid et expéditif. Paris ce n’est qu’à quelques deux heures. Marc aurait tellement aimé se rendre à Paris pour passer quelques heures avec celui qui voulait encore croire son ami. Surtout après deux ans de galère. Où il avait été toujours là. Chaque jour. Marc aurait bien aimé le serrer dans ses bras. Mais il y a des phrases aux couleurs tellement définitives que Marc a choisi de se taire.
Son ami, lui, a choisi de lui lancer des mots qui blessent. Des mots sans issue: «Je crois que je retrouve ce qu’il en est des relations humaines. J’ai guéri trop vite…»
Marc a souri. Puis il est retourné à ses silences. Perdre son regard dans les feuilles sans nom des arbres solitaires. L’amitié est un deuil qu’on fait de son vivant.

JC dit :
21 octobre 2008 à 13:01
“Marc a souri. Puis il est retourné à ses silences. Perdre son regard dans les feuilles sans nom des arbres solitaires. L’amitié est un deuil qu’on fait de son vivant.”
Bon sang comme c’est vrai !
Peu pas dire mieux….!! c’est si vrai et douloureux……..pour qui passe par ce chemin..
« Marc a souri. Puis il est retourné à ses silences. Perdre son regard dans les feuilles sans nom des arbres solitaires. L’amitié est un deuil qu’on fait de son vivant. »
Bon sang comme c’est vrai !
Quelle tristesse ! Je ne sais quoi dire dans une situation pareille, peut être « la vie é belle »