Mário Eloy

autoportrait, 1928

Mário Eloy, considéré comme un des artistes portugais les plus marquants du vingtième siècle, est né en 1900, à Algés, en bordure de Lisbonne.

Il montre très tôt un caractère inquiet et irrévérencieux, manifestant une aptitude précoce pour la contestation. Dès l’âge de treize ans il abandonne l’école pour s’inscrire aux Beaux-Arts à Lisbonne, où il ne reste que deux ans, mécontent de l’enseignement qu’il trouve trop traditionnel. Au grand désarroi de son père et de son grand-père, orfèvres et grands passionnés de théâtre qu’ils pratiquent en tant qu’amateurs, Mário s’abandonne, entre quinze et dix-neuf ans à une vie de bohème, fréquentant avec assiduité les cafés branchés de Lisbonne, comme le Martinho da Arcada ou encore A Brasileira. Datent de cette époque ses premiers dessins et portraits de ses compagnons de bohème, avant qu’il ne parte pour Madrid, suite à un conflit avec ses parents.  Il avait en effet refusé un travail dans une banque qu’ils lui avaient trouvé, dans une manifeste volonté de le faire revenir « sur le droit chemin »… À Madrid il visite le Musée du Prado et l’universalité de l’art le bouleverse à un point tel qu’il prend sa décision quant à ce qu’il deviendra : artiste. C’est un ami intime de la famille qui, à la demande de ses parents, convainc Mário de revenir à Lisbonne, lui proposant un travail au Théâtre de D. Maria II. Le contact avec la vitalité de la vie artistique et du théâtre qui lui était si familier convient parfaitement à ses ambitions artistiques. Il peint le portrait de l’actrice Maria Helena Andrade de qui il tombe amoureux fou au point de tenter de se suicider. Après une première exposition en 1925, quelques manifestations artistiques d’importance où il a fait la connaissance d’artistes importants comme Almada Negreiros et des rencontres polémiques comme celle avec le très contesté ministre de la Culture de Salazar, en 1925, qui lui confie un travail, Mário Eloy quittr lr Portugal pour s’installer à Paris., ville trépidante où se côtoient artistes, modes et mouvements. Il vit avec l’argent que son frère lui fait parvenir, somme qu’il complète avec la vente de portraits. Il est également aidé par des exilés politiques ayant fui à Paris lors de l’implantation de la République.


 

À Paris, ou certains le comparent à Van Dongen, il fait des multiples rencontres et s’adonne à des activités importantes. Il expose en compagnie de l’artiste russe Hélène Puciatieka et avec l’Autrichien Erwin Singer, en 1927, à la Galerie Au Sacre du Printemps. Il découvre le cubisme de Braque et Picasso., mais grandement influencé par l’impressionnisme il ne se laisse pas atteindre par le surréalisme, ce mouvement littéraire qui s’est rapidement propagé à d’autres formes artistiques.

Dans la deuxième partie des années 20, il quitte Paris et s’installe à Berlin. Il est le seul étranger inscrit à la Société des Arts Plastiques et y rencontre Theodora Severin qui devient en janvier 1929 son épouse. On prétend qu’ils ont vécu des années de pénurie économique et que Mário Eloy a souvent rejoint le nombre des figurants anonymes pour le cinéma afin de pouvoir acheter de quoi manger. Alors qu’à Berlin on sent naître les premières odeurs du nazisme, Mário Eloy collabore avec la revue Der Querschnitt, où figurent des noms prestigieux comme Picasso et Jean Cocteau, notamment. C’est pendant les années 30 qu’il connait une sorte de splendeur artistique. Il expérimente de nouvelles techniques, formes et couleurs, fait quelques portraits de personnalités artistiques portugaises, peint de ballerines, Lisbonne, des bordels, la toile Komposition, sa seule nature morte. Son épouse, Dora, qui ne s’est jamais adaptée au Portugal et leur fils restés en Allemagne, vivent dans une grande précarité. En 1939, ils s’exilent en Tchécoslovaquie. Lors de l’invasion par les troupes allemandes, ils doivent de nouveau fuir et choisissent les Pays-Bas où la mère de Dora les accueille. À Lisbonne, Eloy sombre dans la maladie de Huntington. Ses derniers dessins sont dramatiques et couverts par des images de monstres, couteaux, suicides, corps démembrés… comme dans une vision de l’horreur des champs de déportation. Il peint avec un seul but : gagner de l’argent. Il meurt en 1951, dans une agonie atroce, se querellant avec son frère et abandonné de ses facultés, sans même s’apercevoir que deux de ses tableaux ont été sélectionnés pour la Biennale de Venise et sans connaitre de son vivant la reconnaissance et la renommée qu’il avait tant cherchées. En 1975, son fils, souffrant également de la maladie de Huntington, périt dans un incendie et avec lui une grande partie de l’œuvre de Mário Eloy.

 

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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6 réponses à Mário Eloy

  1. Par passion des Arts, je fais une petite Colonne dans le LusoJornal, sur tous les artistes portugais depuis +- 1900, qui ont été « touchés par la grâce de Paris » (dixit Bertrand Delanöe). Ceux qui y ont vécut, exilés, étudier, aimer,etc. Je suis au 51ème et contente d’avoir trouver chez vous de quoi écrire sur Eloy. Et bien présenté! Continuez, car il faut combattre l’indifférence et le manque de Culture!

  2. Costa dit :

    Un artiste plein d’humour et de romantisme, il traduit plusieurs peintres comme Modigliani, Gaugin, et Soutine. Un coloriste remarquable une puissance d’expression sans fard, il est digne de l’école de Paris.

  3. colo dit :

    Je ne le connaissais pas non plus et suis fort contente de le découvrir, merci.
    Moi j »aime particulièrement l’autoportait et le portrait…ces visages allongés à la Modigliani…mais on peut y voir d’autres influences, comme Cézanne dans la nature morte, non?
    Bon weekend Armando, un besito.

  4. JC dit :

    A peine perturbé le gars !!! 😉

  5. Denise dit :

    Un billet merveilleux dans lequel tu me fais connaître un nouveau peintre. Tes mercredis au Portugal sont très enrichissants.
    Comme Dominique, j’aime beaucoup la dernière toile de ce petit village au bord de mer qui représente la fête :-)

  6. Dominique dit :

    Encore une belle balade, un peintre inconnu pour moi et c’est ce qui fait tout le prix de ces mercredi au Portugal : la découverte
    j’aime beaucoup le dernier tableau, cette fête de village où l’on croit entendre la musique

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