Elle n’entendait plus que le silence

ecrivaine-francoise-gagne.jpg

[Tableau :  Françoise Gagné]

Elle n’entendait plus que le silence.

Elle levait parfois les yeux, mais elle n’entendait que le silence. Un silence apaisé et sans reproches.

Assis à une table au fond de la salle, je cherchais à m’évader de ce visage qui retenait toute mon attention. Un visage qui ressemblait à ceux de celles qui ont vécu un temps, parfois de trop, avec des hommes qui connaissent tellement peu l’amour qu’ils sont incapables de s’aimer eux-mêmes.

Vous savez… ces femmes qui, dès le matin, font un café trop chaud, trop fort, trop amer, trop…
Vous savez… ces femmes que la cruauté souriante des mots transperce leur âme et vide leur cœur de tous leurs rêves.
Vous savez… ces femmes qui marchent en silence parce qu’elles finissent par croire qu’elles sont différentes des autres. De toutes les autres. Si bien qu’elles font le choix de se taire de peur d’être incomprises. Pire. De se sentir encore fautives.

Que fais-tu?… Que lis-tu?… Où tu vas?… Ces mots inlassablement répétés, auxquels s’ajoutent d’autres quasi anodins « c’est bête », « t’es con », « c’est nul » … et auxquels on finit par croire puisqu’on vous les dit. Tellement de fois.

Et puis, un jour vous baissez les yeux et vous n’écoutez plus. Vous souffrez. Rien d’autre. Vos sourires s’éteignent comme des étoiles moribondes en fin d’existence.

Puis un jour, il part. Mais vous l’entendez encore, comme un écho, prononcer ces mots qui vous ont cisaillé les ailes. Vous avez tellement peur de le voir revenir, avec ses mots en bandoulière, que vous suspendez par moments votre respiration.

Parfois, elle levait les yeux, mais elle n’entendait que le silence. Un silence apaisé et sans reproches.

Je l’ai vue regarder le ciel, avec le sourire de ceux qui ont envie de réapprendre à voler. De ses propres ailes. Comme si elle savait que, désormais, elle serait toujours heureuse.

 

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
Ce contenu a été publié dans Mots, d'autres mots.... Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Elle n’entendait plus que le silence

  1. marcel dit :

    Comme tout cela est admirablement dit !
    Je reste, comme à chaque fois , »scotché » par les tournures de phrases … l’art de la prose à l’état pur.
    Un beau texte, pathétique et criant de vérité.

  2. Lali dit :

    « Comme si elle savait que, désormais, elle serait toujours heureuse. »

    Ou qu’elle ferait de son mieux…

  3. Denise dit :

    Réapprendre à voler…est un bonheur indescriptible et désormais elle sera toujours heureuse !

  4. Flairjoy dit :

    Voilà un texte qui frappe en plein coeur!
    Comment avez-vous pu deviner?
    À moins que ce soit le lot de plusieurs?
    Et peut-être qu’aucune ne peut y échapper?

    Alors on cherche désespérément des ailes, une plume, un pinceau,des images..pour ramasser ce qui nous reste de vie.

    Merci Armando de nous dire en vos mots!

Les commentaires sont fermés.