Caravelles, Le siècle d’or des navigateurs portugais

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Un peu comme deux petites rivières qui courent depuis des siècles, chacune de leur côté pour rejoindre le vaste océan de la mémoire, certains vous diront que le mot « caravela » serait issu de l’arabe carib tandis que d’autres porteront haut leur voix pour affirmer qu’il viendrait de carvalho (chêne), un arbre très répandu au Portugal. Personnellement, je n’en sais rien et puis toutes ces certitudes se valent, lorsqu’assis à la table d’un café, on refait, à notre manière, les ruelles sombres de l’Histoire.

[Polyptique de Saint-Vincent attribué à Nuno Gonçalves, vers 1460]

Cependant, comme Olivier Ikor, l’auteur de Caravelles. Le siècle d’or des navigateurs portugais (Editions JC Lattès, collection Les aventures de la Connaissance), je crois que le mot « caravela » est joli comme un prénom de femme et qu’il sonne à mon cœur comme la musique d’un fado.

Le livre d’Olivier Ikor se lit comme un roman. On navigue au fil des pages comme au fil de l’eau. Les yeux écarquillés, émerveillés par la couleur vive des mots qui dessinent des lieux, à la façon d’un raconteur qui s’amuse à déguster les mots pour nous livrer, au milieu d’un récit, des ilots d’humour, … s’ensuit une bagarre à la John Ford ou le globe de Behaim devient le ballon avec lequel jongle le grand dictateur de Chaplin, tout en traçant, sans concessions et à gros traits, le portrait des hommes qui ont déchiré l’horizon de l’inconnu.

[mappemonde de Martellus,  1489]

[mappemonde de Cantino, 1502]

C’est Bartolomeu Dias et le cap de la Bonne-Espérance. C’est Vasco de Gama qui trace, par la mer, la route vers les Indes. C’est Fernão de Magalhães (Magellan) et le tour du monde. C’est Cabral qui caresse les rives du Brésil. Mais c’est également Dinis Dias qui s’en va vers les côtes africaines à la rencontre du Cap-Vert. C’est Bartolomeu Perestrelo à Madère, Lopo Gonçalves, Pêro Escobar, Diogo Cão et tous ceux qui non seulement ont offert de nouvelles terres au monde, mais aussi de nouveaux ciels, de nouvelles étoiles, des rêves nouveaux…

La plume de l’écrivain, qui vit à Lisbonne depuis 12 ans, chatouille les mythes, taquine tant de vérités acquises au long des siècles et, comme dans un livre enrichi d’histoires, donne une âme et une existence à toute une pléiade d’acteurs moins connus, qu’ils soient princes, juifs, musulmans, chrétiens, marchands ou marins, et qui ont tous eu, à un moment ou un autre, un rôle à jouer et sans lequels l’Histoire n’aurait sûrement pas été tout à fait la même.

L’empire portugais et celui de ses caravelles s’achèveront dans la douleur comme pour enfanter de la saudade, si mêlée à la mer et au sang qui coule dans les veines de tous les Portugais.

J’avoue que pour le Portugais que je suis, héritier légitime de ces équipages qui parlaient la même langue sans prier le même dieu, le livre d’Olivier Ikor est un enchantement. Un conte des mille et une nuits d’un siècle d’or des navigateurs portugais, en quelque sorte. Un voyage à travers les dédales des histoires pour débarquer dans le grand fleuve de l‘Histoire qui, tout étant portugaise, n’en est pas moins universelle.

Les images et les lieux défilent aussi rapidement que les bateaux, à propos desquels l’auteur dit dès les premières lignes c’est joufflu, c’est trapu, c’est pataud, et surtout c’est tout petit, une caravelle. Cela s’appelle Bonne-Espérance.

Pour la suite, il vous faudra passer chez votre libraire…

Du même auteur aux éditions JC Lattès

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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15 réponses à Caravelles, Le siècle d’or des navigateurs portugais

  1. Rico dit :

    Un livre très dur à lire et à finir de part son style catastrophique (avis personnel) et sa chronologie chaotique (des aller-retours incessants, aucune trame…)
    Quant aux digressions de l’auteur, elles ont la facheuse tendance à prendre le pas sur le récit.
    En revanche, un travail de recherche certain.

  2. courroux coucou dit :

    Lisez ce livre !

  3. Fios de seda dit :

    Fiquei curiosa, muito mesmo!

  4. Clementina dit :

    Armando, que bem que explicas as coisas complexas, tudo parece simples com as tuas palavras.
    Na verdade, o livro não poderia ter melhor publicidade que os teus comentários…

  5. Merci à vous tous de vos commentaires qui m’ont fait chaud au coeur. Vous êtes des anges et puis vraiment le livre est super.

  6. Lali dit :

    Il me faudra être patiente… le livre ne sera pas au Québec avant quelques semaines…

  7. chantal dit :

    Avec les mercredis au Portugal, pas de risque de s’ennuyer une seconde ! De quoi donner l’envie de monter à bord des « Caravelles », en ayant juste à faire un petite visite chez le libraire ! Tant de livres attendent sur l’étagère… il me faudra patienter pour partir en voyage avec ces navigateurs portugais… je crains le mal de mer, mais là çà devrait aller ! (lol)

    Merci Armando ! Bises amicales

  8. BRAZEX dit :

    Encore un grand travail de recherche qui nous présente Armando, et comme cadeau un livre qui me semble très intéressante et qui nous ouvre l’appétit pour des nouvelles découvertes.

  9. Dominique dit :

    En lisant ce billet j’ai un poème qui me vient aux lèvres sans effort

    Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
    Fatigués de porter leurs misères hautaines,
    De Palos de Moguer, routiers et capitaines
    Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.

    Ils allaient conquérir le fabuleux métal
    Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
    Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
    Aux bords mystérieux du monde occidental.

    Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
    L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
    Enchantait leur sommeil d’un mirage doré;

    Ou, penchés à l’avant de blanches caravelles,
    Ils regardaient monter en un ciel ignoré
    Du fond de l’Ocean des étoiles nouvelles.

    José-María de Heredia

  10. dora dit :

    Très intéressant ça donne envie de lire ce livre…

  11. Denise dit :

    Merci Armando pour ton magnifique reportage qui donne envie de lire ce livre. Je note sur ma liste!

    J’aime tes « Mercredis au Portugal »… comme c’est enrichissant! Merci pour ce beau travail de recherches.

    Bisous

  12. dominique dit :

    C’est tout de même plus impressionnant que la navigation sur le Web!

    Voilà un billet qui donne très envie d’acheter…

  13. Isa dit :

    Très intéressant et celui là je ne l’ai pas, mais je vais l’acheter. Un très bon travail de recherche comme toujours, gros bissssss Mandocas e continue, je promet de revenir tous les jours.

  14. ovar dit :

    j’ai pas mal de livres en attente, mais je vais quand même ajouter celui-ci. Tu me donnes vraiment envie d’en savoir plus.

  15. Armando

    Comment ne pas passer chez le libraire après une description aussi riche et inventive que celle-ci? La tentation est à ce point forte que la patience sera mise à rude épreuve avant de pouvoir ouvrir la première page du premier chapitre 😉

    Pierre R.

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