Lettre posthume

 

Je regarde l’annonce de ton départ et je suis pétrifié par l’étonnement. Je m’aperçois que, comme mon frère d’enfance, tu as choisi le jour de mon anniversaire pour t’en aller.

Je me rappelle de nos regards peureux et suspendus dans les couloirs froids d’un hôpital. C’est là qu’on s’est connus. Nos sourires étaient inquiets et ils ne voulaient que nous rassurer. Ou faire semblant qu’on l’était. Alors qu’en réalité on était morts de trouille. On regardait souffrir ceux qu’on aime. Impuissants. À la merci du destin. Et on était morts de trouille.

Je me souviens de nos premiers regards échangés. Je souris. Je te vois, chat craintif qui m’observait de ses grands yeux en se demandant si elle pouvait approcher. Tes mots étaient doux et ton sourire triste, captivant, pudique.
On a su au bout de quelques heures qu’on était de la race de ceux qui acceptaient les différences sans s’encombrer des préjugés.
On était heureux de se revoir à chaque nouvelle rencontre. Le regard ne trompe jamais.
Tu descendais de ton vélo, pour nous saluer. Pour prendre de nos nouvelles. Tu nous demandais toujours quand on irait aux Ardennes passer une fin de semaine avec vous et nous te faisions la promesse qu’on irait, lorsque des lendemains plus joyeux nous ouvriraient la porte.

Je me rends compte, comme à chaque fois, qu’à force de perdre notre temps à faire des choses très importantes, nous passons toujours à côté des celles qui sont essentielles.

Si tu savais comment cette fin de semaine qui nous n’avons jamais connue va désormais me manquer. Chaque fois que le souvenir de toi viendra me rendre visite.

Le silence est encore tiède et il me semble que le parfum de toi caresse soudainement mon visage, alors que je me rends compte que tu n’appartiens encore à ce monde que par le souvenir que j’ai de toi. Et je ne connais pas de mots pour te dire comment j’ai mal.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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9 réponses à Lettre posthume

  1. ovar dit :

    vivre,ne pas attendre d’avoir le temps!
    je t’embrasse.

  2. Lali dit :

    Le plus terrible dans l’absence, ce sont tous ces souvenirs qu’on n’a pas pris le temps de se faire et qui nous manqueront toujours… comme tu as su si bien le dire.

  3. BRAZEX dit :

    Il ne faut jamais laisser passer les opportunités de la vie, quand on se rend compte de tout ce qu’on a raté, et malheureusement après c’est trop tard. L’amitié est l’essence du partage.

  4. Denise dit :

    Armando, je reste sans voix, c’est triste et tes mots sont émouvants…

    Je t’embrasse

  5. Servanne dit :

    comme c’est émouvant … je n’ai pas de mots aujourd’hui …
    Je t’embrasse

  6. Regine dit :

    Je suis passée par là, et j’ai été très touchée par ce que tu as écrit. C’est triste que nous nous soyons revus dans de telles circonstances, mais c’est sans doute ça le cylce de la vie, tout négatif a son positif.
    J’en profite, tu ne m’en voudras pas, pour m’associer à tes mots et saluer moi aussi la femme adorable qu’était Isabelle.

  7. Santo dit :

    C’est très beau et triste à la fois….

  8. Lautreje dit :

    Et moi, demain j’accompagne Jacqueline pour son dernier voyage. Elle aussi, je la croisais en vélo, elle était du Pas-de-Calais. Sincèrement.

  9. canelle dit :

    Pppppffff ! C’est poignant cette lettre ! Beaucoup de sentiments divers dedans.

    canelle

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