[Image : blog O livro pela Capa]
Considérée comme un des poètes les plus importants du mouvement littéraire composé de cinq jeunes poètes portugais et connu sous le nom de Poésie 61, un mouvement qui prétendait renouveler le langage poétique et dont une revue éphémère du même nom a été éditée à Faro, laquelle a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la littérature portugaise, Luiza Neto Jorge a quitté la faculté de Lettres de Lisbonne où elle avait fondé le Groupe de Théâtre de Lettres pour partir à Paris où elle a vécu pendant huit ans, de 1962 a 1970,où elle a écrit la majeure partie de son œuvre.

Considérée aussi comme une conscience féminine dans la poésie, elle a publié un premier livre en 1960, suivi d’une œuvre aussi rare qu’obligatoire, dont seulement quelques poèmes ont été traduits ici et là, qui font partie incontestable de toute anthologie de la poésie contemporaine portugaise.
L’éditeur et connaisseur du Portugal Michel Chandeigne dira de son œuvre qu’elle est souvent d’une extrême violence, exalte un érotisme féminin qui fut à lui seul une provocation politique dans l’obscurantisme culturel et idéologique du Portugal d’alors. Encore aujourd’hui, par sa concision dramatique, son expression de la souffrance et des instincts profonds de l’être, elle demeure une permanente contestation de l’ordre moral et social qui stupéfiera plus d’un lecteur par son défi à tous les tabous et son sens aigu du sarcasme. Une pulsion vitale à nulle autre pareille et une tension immense animent chacun de ses vers où se conjugue une double insurrection du corps et de la parole.
Son incontestable talent de traductrice lui a valu le prix de traduction du prestigieux PEN Club pour La mort à crédit de Céline et on lui doit la traduction vers le portugais d’œuvres des poétes Paul Verlaine et Guillaume Appollinaire, de la première femme élue à l’Académie française, Marguerite Yourcenar, de l’auteur dramatique Jean Genet, de Boris Vian et de tant d’autres.
Elle a également fait des adaptations pour le théâtre et écrit des dialogues pour le cinéma, notamment pour le film Brandos costumes (La douceur de nos mœurs) réalisé en 1974 par Alberto Seixas Santos.
Luiza Neto Jorge est décédée à Lisbonne en 1989, avant ses 50 ans.
À ma connaissance, ses deux recueils de poèmes traduits en français, Prélude pour sexe et rêve, traduit par Marie-Claire Wromans (Bruxelles, 1994) et Par le feu, édition bilingue traduite par Christian Mérer et Nicole Siganos (éditions Le Passeur, 1996), sont, à ce jour introuvables.
Pour en savoir plus, je vous invite à visiter le blog O livro pela capa (le livre par la couverture) où j’ai quelques images et qui répertoire d’une façon plus complète l’œuvre de la poète.

Minibiographie
Je ne me veux ni dans le temps ni dans la mode
Sur tout je lance comme un dieu mes yeux de haut
Mais patatras! le moteur corps d’un soubresaut
Mauvais au moindre pas rend ma coda sans code
De vieillir, je tombe malade et j’en oublie
À quel degré la vie est geste et l’amour baise;
Différente je me conçois : à l’envers, oui…
Pas autrement, le format femme, j’y suis à l’aise.
Et si la nef vient de la profonde étendue
Hâtive m’enlever, m’assassiner, j’active :
À peine elle m’emporte et sans peur je me hisse
Sur la scène du plus ardu et du plus nu.
Un poème je laisse, à tout retardataire :
Un demi-mot à tout bon entendeur mon frère.
Não me quero com o tempo nem com a moda
Olho como um deus para tudo de alto
Mas zás! do motor corpo o mau ressalto
Me faz a todo o passo errar a coda.
Porque envelheço, adoeço, esqueço
Quanto a vida é gesto e amor é foda;
Diferente me concebo e só do avesso
O formato mulher se me acomoda
E se nave vier do fundo espaço
Cedo raptar-me, assassinar-me, cedo:
Logo me leve, subirei sem medo
À cena do mais árduo e do mais escasso.
Um poema deixo, ao retardador:
Meia palavra a bom entendedor.






Je vais, à l’instar de Dominique, faire des recherches de mon côté. On ne sait jamais d’avance les trésors qui se cachent dans nos bibliothèques!
La culture portugaise « é foda » !
Merci Armando de nous faire découvrir cette magnifique poète. Ses mots sont vraiment très beaux…
Bisous
oh merci, j’en suis émue …
Merci Armando, faire la connaissance d’un poète c’est toujours terriblement excitant
merci aussi pour ce poème qui se fait tentateur, je vais aller fureter à la bibliothèque qui est très bien fournie en poésie
bonne journée le passeur de poème !
Armando
Quelle poète. Et mourir si jeune. Prémonitoire : « De vieillir, je tombe malade… »
Pierre R.