On prend les mots dans l’étui de la mémoire du temps passé. Lointain. Des mots que disent les enfants et que vous vous apercevez que vous n’avez jamais prononcés. Ou alors seulement dans la tête. Ou en lisant les livres d’école lorsque ceux-ci s’attardaient à parler de ces choses-là.
Dieu, Patrie et Famille. Dans l’ordre, bien évidemment. Ce qui ramenait forcément la notion de famille à une vulgaire troisième place. Et même de la Patrie on disait la mère Patrie. Ce qui donnait une notion secondairement abstraite de la mère. Celle qui vous a donné la vie. La confusion des genres. Qui bouleverse les songes des enfants.
Je pense à tout ça. Assis au bord de la fenêtre de mes souvenirs. Tels que je me les suis fabriqués. Tels que je les ai perçus. Tel que je me souviens.
Je regarde encore passer devant mes yeux toutes ces heures vides, où vous vous habituez à ne pas exister. Pour personne. Vous regardez les tableaux des notes de fin d’année et vous avez 18 points. Personne n’est là pour vous sourire. Pour vous regarder avec fierté. A contrario, vous avez 6 points. Le rouge. L’échec. Personne n’est là pour vous gronder. Comme toujours. Personne n’est jamais là.
Puis, vous enrobez tous ces mots auxquels vos pensez sottement dans un vieux mouchoir sale. Ces mots qui ne vous servent à rien. Que vous ne pouvez adresser à personne. Vous y pensez de temps en temps. À votre anniversaire. À Nöel. Vous ouvrez le mouchoir et vous remarquez qu’ils sont toujours là. Tout neufs.
Puis le temps passe et vous oubliez jusqu’à l’existence du mouchoir. Vous apprenez à vivre avec ces premiers pages blanches de votre histoire. Que vous vous plaisez à écrire certains soirs de mensonge, où vous n’arrivez à faire autrement que parler un peu de vous. Parce trois paires d’yeux vous regardent et attendent de vous une histoire qui les rassure. Peu importe si elle est vraie. Pourvu qu’elle soit belle.
Et le temps passe. La colère de l’adolescence cède place au conformisme de l’adulte. Et l’âge venant, les pages blanches viennent vous hanter. Souvent. De plus en plus souvent. Et vous avez envie de les écrire. De les remplir de ce qui reste de la mémoire de vous. Avant que ceux qui peuvent encore écrire ces lignes disparaissent pour toujours.
Vous ne voulez ni explications, ni regrets. Juste quelques noms, des repères. Une histoire. Votre histoire.
Et alors vous vous souvenez de votre mouchoir sale. Où tant des mots sont gardés depuis tellement longtemps. Et vous vous apercevez soudain qu’avec les années le mouchoir est devenu immaculé. Même après plus de cinquante ans. Vous respirez à fond. Heureux. Et vous vous entendez dire, maladroitement, avec des mots tous neufs, jamais prononcés : Bon anniversaire maman!…
Je viens seulement maintenant de lire ce texte. Même si j’ai pris du retard comme « le mouchoir », j’ai fini par me rattraper. Les morceaux de vie qui n’ont pas été comme on aimerait, parfois nous poursuivent pendant toute notre existence, donc le meilleur est de les mettre en place le plus rapidement possible. Je te félicite d’avoir réussie la consolidation des pièces du puzzle.
Quelle tristesse – quel beau texte.
Continu à écrire – continu ta recherche afin de te retrouver
Que de nombreux « bon anniversaire maman « suivent maintenant.
Que le bonheur soit là, dans ces mots retrouvés, afin d’être totalement heureux, même s’il a fallut attendre des années.
Très beau texte, si émouvant, pour rattraper le temps passé.
Chacun de nous a un ou des mouchoirs, certains plus sales que d’autres et qu’il vide çà et là au hasard de rencontres ou de pages d’écriture, d’autres immaculés, devenus tels sans parfois même qu’il s’en soit rendu compte.
Et à cause de ces mouchoirs, peut-être un jour est-on à même de dire les mots qui brûlent nos lèvres et enflamme notre coeur, comme tu l’as si bien fait en ce jour dans un cri d’amour qui efface le silence.
Texte très émouvant, profond et si humain.
Oui c’est vraiment un texte fort émouvant et bien joliment écrit…
Mais quand on n’a jamais pu les lui dire…
Quand on sait qu’elle ne les entendra jamais…
Quand on ne connait même pas le son de sa voix…
Comme ces mots et ces phrases sont beaux. Parfois, il est bon de pouvoir écrire tous ces mots enfuis depuis si longtemps dans le coeur. Des mots remplis d’amour et de tendresse pour sa maman.
C’est bon pouvoir écrire dans les pages blanches et remplir de mots d’amour et tendresse ces pages oublies dans le passée. Continue à écrire ces pages, car sont elles que vont te donner une histoire et une raison de vivre. Bonne anniversaire à la maman de l’écrivain.
Quelle belle page d’écriture !