
[Photo : Armando Ribeiro]
Je crois qu’on devrait toujours se méfier de ces guerres qui portent des noms enfantins…
Dans les livres d’histoire, la guerre des oranges est décrite comme un bref conflit, et pour faire court, né de la volonté d’un certain Napoléon de se rallier à l’Espagne pour châtier les Portugais, et ceci suite au refus du Portugal de rompre sa vieille et historique alliance avec les Britanniques, signée en 1373. Une alliance qui d’ailleurs, disons-le, n’a jamais empêché les Anglais de faire des coups bas au peuple lusitain, ce qui prouve la capacité insoupçonnable des gars du pays du poète borgne (allusion évidente à Luis de Camões, bien sûr) à se laisser faire, comme des crétins dociles, depuis la nuit des temps. Et avec fierté, en plus.

Toujours est-il que ce brave Napoléon, après avoir obtenu sans grande difficulté l’accord de Charles IV pour que Junot puisse traverser, peinard, le royaume de Cervantes, s’est mis de mèche avec les voisins préférés des Portugais, et a chargé un certain maréchal Manuel de Godoy, également nommé le Prince de la Paix (quel bande de déconneurs) de faire la sale besogne et, heureux de pouvoir rendre aux Lusitains les coups de pied au derrière pris en 1640, a, en avril 1801, envahi ce coin pacifique nommé Portugal et, je dois vous avouer que la chose ne s’est pas bien terminée pour les Portugais. Alors là, pas du tout.

Heureux comme Ulysse d’avoir cassé la tronche à ces malheureux Portugais, et fier de son carnage, le bien nommé Prince de la Paix (pourquoi pas le prix Nobel pendant que nous y sommes?) s’en est allé choisir quelques oranges qu’il s’est empressé d’envoyer à sa copine la reine d’Espagne, Marie-Louise de Parme, à qui, dit-on, le chaud lapin de maréchal aurait offert quelques bâtards dont on disait à la cour d’Espagne qu’ils étaient d’une indécente ressemblance avec le sanguinaire pacifiste.
Du coup, cela a élevé aussi cette andouille de Charles IV au noble rang de cocu, aussi content que Serge Lama dans la chanson… Bien fait pour eux!… Cependant, il est à noter que l’histoire, pourtant friande d’événements et de détails sordides, ne nous dit pas ce que la reine a fait des oranges et ne nous laisse pas d’autre choix que de mourir idiots… et très vieux. De préférence.

Et voilà les amis que les chroniqueur de l’époque, face à cette généreuse corbeille, n’ont pas trouvé mieux que de baptiser cet épisode sanglant du très enfantin et presque amical nom de « guerre des oranges« …
… et ce n’est qu’un début…
Si on s’attarde un peu dans le coin, on s’aperçoit rapidement qu’il ne faisait pas bon être Portugais à cette époque.
S’ensuivent les fameuses invasions françaises, d’abord par Junot, la Tempête, puis une deuxième par Nicolas Soult et une troisième par le général Masséna, jusqu’à que les Portugais (faut aussi comprendre un peu leur ras-le-bol), après la perte de beaucoup de vies, de sang, d’Olivença et de quelques oranges, en soient arrivés, « à coups de pied dans l’impérial derrière » à encourager Napoléon à aller rejoindre sa Joséphine de Beauharnais (qui ne savait plus où donner de la tête avec toutes les questions que lui posait sa femme d’ouvrage. Une brave Portugaise allergique aux oranges depuis sa naissance) qui l’attendait avec une impatience impulsive de vieille fille, quelque part en Belgique, à la campagne, du côté de Waterloo.
[Et il se croit drôle le Portugais!…]
La guerre des oranges se terminera donc, sans aucune gloire pour le Portugal, dans la position préférée de l’église, c’est à dire, à genoux, par la signature du Traité de Badajoz en 1810…

Ouf… Il était temps…
Mais quel bordel ils ont laissé dans la plaine de jeux…
Va falloir nettoyer tout ça.
Bande de sales gamins…
Faut toujours garder un œil sur eux… non mais… Je rêve!…

Tiens, du coup, j’ai soif… je prendrais bien un jus d’orange… Vous en voulez aussi?…

