COUPABLE!… enfin, présumé coupable

Trois ordres de vérités nous guident:
les vérités effectives, les vérités mystiques, les vérités rationnelles.
[Gustave Le Bon]

Je dois vous avouer que, en mon âme et conscience, je n’en sais rien. Et je suis persuadé que je ne saurai jamais la vérité sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Quoi qu’il arrive.

Je ne puis vanter ni la tentante et laborieuse hypothèse du complot ni la trop simpliste sauvagerie d’un homme. Et pourtant. La vérité est, probablement, dans une de ces deux extrêmes. Aussi invraisemblables l’une que l’autre.

Pourtant, tout comme vous, je regarde la télévision, je me pose des questions. J’écoute ce qu’on dit. Je lis ce qu’on veut bien écrire. La presse, les blogues, les commentaires… Tant à gauche qu’à droite. Les spécialistes. Les psychologues. Ceux qui savent des choses. Ceux qui savaient des choses.  Ceux qui avaient déjà entendu dire des choses. Ceux qui l’avaient dit à demi-mot.  Avec des nuances.  Celles qui avaient subi des choses.

Partout on a exhibé un homme.  Le présumé coupable.
La liberté de la justice américaine est ainsi faite. Celle de la presse aussi.
Une femme accuse. Le procureur accable. La presse s’emporte avec ses cyniques petites réserves de convenance juridico-journalistique.
Le monde politique se déchire.
Les organisations de défense des droits des femmes font entendre leurs raisons. Haut et fort.
Et tout le monde s’accorde à se faire à l’idée qu’il est coupable. Point de doute.
D’ailleurs, les images d’un homme menotté, déchu, encadré d’une escorte policière, le démontrent. Sans ambiguïté.  Une image vaut bien mille mots… C’est ainsi.  Il n’y a pas de passe-droits.  Tous égaux. Heureusement qu’on ne badine pas avec la justice américaine. Ce n’est pas comme en Europe, avec sa prétendue présomption d’innocence.

On lit les gros titres. On regarde la télévision. Les émissions débat se multiplient. On écoute. On s’amuse de la dernière blague. On s’attriste. On demeure perplexe.

Le présumé coupable est livré à son propre destin. Lui à qui on prédisait encore il y a quelques jours un avenir lumineux. Il va entrer dans les livres d’histoire.  C’est certain.  Mais l’histoire aura bien du mal à s’écrire avec l’encre de l’honneur.

Les yeux collés à l’écran. On assiste à la déchirure d’une image et à la déchéance d’une vie. Enfin, plusieurs vies. Je crois. Puisque hors champ, loin de nos yeux, il y a une femme.  Des enfants.  Probablement des parents, une famille, des amis intimes. Et ils sont seuls.  Terriblement seuls.

Tout comme la présumée victime. N’oublions pas que s’il y a un présumé coupable il a aussi une présumée victime. Et il faut la respecter.  Il faut la protéger.  La plaignante a aussi des droits. Il ne faut pas l’oublier. Il ne faut jamais l’oublier. Il me semble que s’il est si légitime qu’on s’interroge et qu’on se sente concerné par le sort du présumé coupable, il n’est pas moins légitime qu’on ait des pensées pour la  présumée victime.  À vrai dire, la distance qui les sépare ne tient qu’au mot « présumé« .  Et à notre intime conviction.

L’homme vraisemblablement finira par connaître la liberté. Mais qu’il soit acquitté ou non, il ne s’en sortira plus.  Dans nos mémoires, le chemin est fait.  Ne l’oublions pas. Nous sommes tous des gens bien informés.  Et en plus, maintenant, voilà que nous, aussi, nous savons tous des choses.  Plein de choses qui nous indignent.

Entre l’heure où tout indique qu’un marathon juridique se prépare et ce qui en adviendra, entre spectacle médiatique, mensonges et révélations de mauvais goût, plus rien n’aura grand-chose à voir avec la vérité. Ni avec la justice.

Chacun fera son propre jugement. Chacun a déjà fait son jugement.  Alors qu’on ne sait strictement rien de ce qui s’est passé  ce jour-là.  Et, malgré moi, je finis par me rendre compte que moi aussi, lamentablement, j’ai ma petite opinion sur cette affaire.

Puisque cette fois-ci je ne pourrai pas me tromper. Comme par le passé. Lors d’autres cas où, après avoir tant lu et tant entendu et tant appris sur les uns et les autres, il s’était installé dans un coin de mon cerveau la certitude qu’ils avaient été coupables, avant qu’on finisse par découvrir, quelque temps plus tard qu’il y avait eu méprise.  Une terrible erreur judiciaire.  Comme on dit.

Mais ces choses-là appartiennent au passé.  C’était il y a longtemps. En France. Aujourd’hui ce n’est pas pareil.  Nous sommes en Amérique.  Et on n’y badine pas avec la justice.

Et puis, au fond, si on se trompe une fois encore, quelle importance?…  Après tout l’erreur est humaine. Et la bêtise aussi.

 

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Publié dans ZÉTAIT LE BLEU D'AVANT | 16 commentaires