Le Journal d’une fille perdue

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Elle avait l’habitude de lire jusque tard. Elle écrivait aussi un peu. Rêvait beaucoup. Puis aimait promener son regard d’étoile en étoile, prenant la lune pour un berger romantique qui prendrait soin de ne pas laisser fuir les tendres baisers qu’on échange quand tout devient immobile.

Pendant des années, cette vie lui avait convenu. Elle l’avait même souhaitée. De toutes celles qu’elle avait connu, celle-là était la moins pénible pour son cœur fragile. Quelquefois, elle éteignait le feu de son corps par des rendez-vous de quelques heures. Sans âme.

Elle avait toujours su qu’un homme ne la regarderait jamais vraiment pour l’aimer comme elle l’avait rêvé. Et puis, elle était quelque part heureuse de l’avoir compris assez tôt. Cela l’empêchait d’être vraiment malheureuse. Après tout, elle avait pris ses repères, et cela lui convenait parfaitement.

Puis, sans qu’elle se soit vraiment rendu compte, un tendre nid s’est construit lentement dans l’arbre de son cœur. Malgré elle. Elle s’en est juste rendu compte quand ses yeux ont chanté les bonheurs qu’elle ne connaissait que dans les livres, ou dans les films où les filles sont toujours élégantes et belles, avec leurs épaules lisses et nues. Les mots doucement chuchotés et parfumés de désir. Toujours dits sans précipitation, avec cette poésie enivrante qu’on ne trouve que dans les livres, ouvrant son imaginaire sur tous les rêves.

Parfois, il lui arrivait de fermer yeux et de se voir Louise Brooks, perdue sous les lèvres du comte Nikolaus Osdorff dans Le journal d’une fille perdue, auquel elle avait ajouté un fond d’un Eric Satie tant entendu dans son enfance.

Désormais, tout cela faisait partie du grenier de ses souvenirs, où la mémoire l’amenait quelquefois encore. Désormais, elle savait que le vrai amour existe. Cet amour tendre, doux comme un rêve avec des vrais baisers qui s’attardent comme si vos lèvres étaient leur dernier rendez-vous. Cet amour avec des mots tellement inattendus et si humains, que désormais ils étaient là, comme une gourmandise à son réveil.

Des mots qui chaque fois lui donnaient un sourire. Et elle fermait les yeux. Et elle se savait Louise Brooks. Et elle entendait battre le cœur de tous ces mots qui lui appartenaient désormais. Rien qu’à elle. Puisque c’est lui qui les lui chuchotait. Chaque matin.

À propos de dubleudansmesnuages

Je laisserai vagabonder mon esprit nomade, sur le fil d'or de mes silences, pour vous parler des ces choses qui me maintiennent en équilibre. Je vous parlerai aussi des musiques que j'aime. Elles se promènent du Fado d'Amália, de Dulce Pontes, de Cristina Branco, de Mariza, jusqu'aux voix frissonantes de Diana Krall, de Stacey Kent, de Chiara Civello, de Karrin Allyson, de Stina Nordenstam, de Robin McKelle, de Sophie Milman, d'Emilie-Claire Barlow, et d'encore plein d'autres … Aznavour, Brel, Duteil, Art Mengo, Berliner, Cabrel, Balavoine, Julien Clerc, Fugain, Le Forestier, Goldman, Lama, Rapsat, Vassiliu, Daniel Seff, Peyrac et tous ceux que m’on fait aimer la chanson française. Je me perdrai certains soirs dans le paradis de la musique brésilienne : Eliane Elias, Astrud Gilbert, Gal Costa, Elis Regina, Bia, Bebel Gilberto, Maria Creuza, Nara Leão, Jobim, Vinicius, Buarque, Toquinho, Djavan … Il y aura des moments où je vous parlerai d'une des chansons de ceux que j'affectionne. Donovan, Leonard Cohen, The Doors, Tracy Chapman, The Scorpions, Dylan, Lennon ou McCartney (avec ou sans les Beatles), ou de voix d'or comme Sarah Brightman, Ana Torroja, ou Teresa Salgueiro. Puis, parfois, je me promènerai sans but précis entre Piazzolla et Lluis Llach, de Mayte Martin à Gigliolla Cinquetti ou Paolo Conte, de Chavella Vargas à Souad Massi en passant par Gabriel Yacoub. Parce que la musique n’a aucune frontière. La musique ne connait que des sensibilités. Des sonorités. Des larmes ou des sourires. Je vous déposerai ici l'une ou l'autre de mes photos. Les moins ratées. Je vous laisserai un peu de poésie. Des poètes portugais. Que j'aime. Infiniment. Et puis tous les autres dont les textes me touchent. Je ne vous parlerai que des gens que j’aime. Et puis un peu de moi. Si peu. Et puis, si j'ai le temps. Seulement si j'ai le temps, je vous parlerai d'autres choses. Plus intimes.
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2 réponses à Le Journal d’une fille perdue

  1. Lali dit :

    Pour moi qui aime tant Louise Brooks, héroïne du roman que je finirai bien par finir par finir, ceci est un magnifique cadeau.
    Bises.

  2. agnès dit :

    Ah, l’amourrrrr, l’amourrrrr toujourrrrrs :-)

    « Cet amour avec des mots tellement inattendus et si humains, que désormais ils étaient là, comme une gourmandise à son réveil. »

    Un beau texte… la phrase mise en citation est magnifique !
    Amitié Armando !

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