

Et de nouveau, Lisbonne, je te musarde,
Dans la dérive de quelqu’un qui scrute tout
De biais : bien dégorgé, le bœuf sur hallebarde,
Ou l’autre sorte de rouge qui t’éclabousse.
Du sang sur la sciure ou là sur la chaussée,
qu’est-ce de plus si c’est d’un homme ou d’un bovin ?
le sang toujours es coquelicot contrefait,
lorsqu’on l’a équarri du cœur qu’il fut en vain ?
La vieille boit quoi en terrasse ? Une groseille.
Une affiche, du mur d’en face, nous convie
à donner notre sang. Mon sourcil se réveille :
on dit que le sang c’est la vie ; mais qu’elle vie ?
Que faisons-nous ici, Lisbonne, tous les deux,
sur cette terre où nous avons ouvert les yeux ?
Anthologie de la poésie portugaise contemporaine 1935-2000
Editions Gallimard

E de novo, Lisboa…
E de novo, Lisboa, te remancho,
numa deriva de quem tudo olha
de viés: esvaído, o boi no gancho,
ou o outro vermelho que te molha.
Sangue na serradura ou na calçada,
que mais faz se é de homem ou de boi?
O sangue é sempre uma papoila errada,
cerceado do coração que foi.
Groselha, na esplanada, bebe a velha,
e um cartaz, da parede, nos convida
a dar o sangue. Franzo a sobrancelha:
dizem que o sangue é vida; mas que vida?
Que fazemos, Lisboa, os dois, aqui,
na terra onde nasceste e eu nasci?
[Photos: Armando Ribeiro]