
Après avoir fait jaillir la lumière, scintiller les étoiles, voler les oiseaux et jeté de l’eau sur les poissons, Dieu, dans son infinie sagesse, a créé l’homme. Et l’homme était beau et svelte. Et l’homme était peinard. Rien ne venait jamais perturber l’existence de ce gaillard qui vivait insouciant et heureux comme Ulysse.
Pas d’heure pour se réveiller. Personne à qui rendre des comptes. Il se promenait partout. Il nageait heureux dans l’eau claire et propre. Et jouait à cache-cache avec les crocodiles. Puis, lorsqu’il avait sommeil, il se couchait là où ça lui convenait et s’endormait heureux. Sans jamais rêver du paradis.
Une vie on ne peut plus merveilleuse. Pas de caries. Pas de cheveux blancs. Pas une ride de vieillesse. Même pas un signe avant-coureur du genre les articulations qui grincent, ni de rhumatisme. Rien. Le bonheur.
Puis, un jour, on n’a jamais compris tout à fait pourquoi ou comment Dieu est passé par là et, surprise!… Dieu a remarqué que l’homme avait un truc qui pendouillait entre les jambes. Cela l’a intrigué. Pourquoi avoir créé un truc si idiot?…
Les bras et les jambes, Dieu savait pourquoi il les avait crées. Cela avait une utilité. Pour la tête, les yeux et les oreilles, c’était pareil. Il fallait que l’homme s’émerveille à chaque moment des choses qui l’entouraient, que l’homme écoute la mélodie de la vie.
Mais ça?… Ce machin qui lui pendouillait bêtement entre les jambes?… Dieu a ressenti un peu de honte. Pour la première fois il n’était pas trop fier de sa création. Il s’est rendu compte qu’il avait créé une chose à laquelle il ne voyait pas d’utilité.
Et c’est alors, après de longs siècles de réflexion, qu’un matin, alors qu’il faisait un temps à ne pas mettre un homme dehors, où Dieu s’ennuyait comme un Dieu, qu’en regardant un vieux pommier il s’est écrié :
Ça y est, je viens de trouver!…