Le tragique destin d’un roi…

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L’année 1668 vient à peine de commencer que l’Europe pose un regard étonné mais amusé sur le procès du roi D. Afonso VI, qui se déroule à Lisbonne, les après-midis de chaque lundi, mercredi et samedi des mois de janvier et de février. Y défilent à l’archevêché de Lisbonne, plus d’une cinquantaine de femmes âgées de 15 à 30 ans (à peu près, selon ce qu’il ressort du procès) venues témoigner, en audience publique, sur l’incapacité sexuelle du Roi, dans le but d’invalider son mariage avec Marie Françoise Élisabeth de Savoie.

En effet, cette dernière, qui aurait épousé D. Afonso VI à contrecœur et uniquement pour d’obscures raisons d’intérêt de l’État, prétendait que le mariage n’avait jamais été consommé et demandait donc l’annulation de celui-ci.

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Il faut dire que la princesse d’Aumale, habituée aux fastes de la cour de son cousin Louis XIV, ne se serait jamais remise du spectacle de la cour portugaise, qu’elle considérait pitoyable, et encore moins d’un mari, que l’histoire s’est accordé à décrire comme grossier, imbécile, peu élégant, et supposément atteint d’un dysfonctionnement érectile qui le rendait  incapable d’aimer et de se faire aimer, et cela à la suite d’une maladie infantile.

Toujours est-il que d’autres historiens défendent mordicus le fait que le déshonneur public du roi ne tenait que sur des complots et intrigues orchestrés par la jeune reine sous l’instruction de la couronne française exaspérée de constater, un an après le mariage, que le roi portugais n’avait pas la moindre intention de tenir les engagements d’alliance avec la France contre sa voisine Espagne, signés avant le mariage.

Louis XIV aurait alors envoyé un messager à Lisbonne (un certain Monsieur Preyssac), lequel, avec la complicité de la jeune reine, aurait mis au point l’accusation visant entre autres à discréditer son mari, le roi Afonso VI, qu’elle trompait d’ailleurs et sans retenue avec son frère, le prince D. Pedro II, qu’on disait beau, élégant, viril et jaloux de son frère.

Le procès honteusement public sur l’impuissance du roi, procès qui aurait été enrichi d’une ribambelle de  témoignages ironiques et amusés, plus ou moins douteux et abstraits, se terminera par la mise à l’écart du roi Afonso VI en faveur de son frère, D. Pedro II, qui s’empressera, avec la bénédiction papale, d’épouser sa maitresse, la déjà reine Marie Françoise Élisabeth de Savoie, qui deviendra ainsi l’épouse de deux rois.

Quant à Afonso VI, l’impotent, dont certains le défendent encore de nos jours en le disant victime d’un complot, mené sur plusieurs fronts par la couronne de France, son épouse, son frère jaloux et tout cela avec le consentement du clergé, il sera envoyé en exil, aux Açores (Angra do Heroimo) avant d’être emprisonné au Palais de Sintra, où il mourra dans le dénuement et la solitude, en 1683.

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