

Promise en mariage au prince héritier du Portugal, Jean III, l’archiduchesse, Éléonore d’Autriche, née à Louvain, a vu son destin changer lorsque le roi Manuel I, veuf pour la deuxième fois, séduit par le portrait de cette belle jeune fille de dix-neuf ans, l’a choisie pour épouse, sans se soucier des états d’âme de son fils, ni de ceux de la cour portugaise, choquée par son attitude.
C’est ainsi, qu’elle devient, en 1518, la troisième épouse d’un roi de quelque 30 ans son ainé, transformant du même coup, le sort d’Éléonore, de promise à belle-mère d’un prince, à qui son père avait déjà promis la succession du royaume.

Devenue veuve, trois ans et deux enfants plus tard, dont un garçon mort au berceau, elle s’est réfugié dans un couvent jusqu’à ce que son beau-fils, le roi Jean III, à qui elle avait été promise, lui ordonne de s’installer plus près de la cour. Elle menait alors une existence pieuse, partagée entre ses actions charitables auprès du peuple et la sainte messe à laquelle elle assistait chaque jour.
Les visites régulières de Jean III à sa belle-mère commençaient à alimenter les conversations de la Cour, laquelle insinuait qu’ils manifestaient l’un vers l’autre un peu plus que de la sympathie, laissant même courir la rumeur qu’une demande en mariage aurait été envoyée à Charles Quint, frère de la malheureuse reine et que celui-ci aurait refusé, étant donné qu’il avait décidé un autre destin pour sa jeune sœur.
En effet, le Traité de Cambrai, aussi connu sous le nom de Paix des Dames, signé en 1529, entre Louise de Savoie, Marguerite d’Autriche et Marie de Luxembourg, stipulait, entre autres, pour sceller l’entente, qu’Éléonore devait épouser le roi François I, veuf depuis cinq ans.

Le Portugal se serait opposé à ce mariage sans grande conviction, et la reine est partie rejoindre son destin, déchirée par la douleur d’être contrainte de laisser sa fille Marie de Portugal aux soins de Catherine de Castille, dite la Folle, devenue l’épouse de Jean III.
Le mariage d’Éléonore d’Autriche et de François I aura lieu à Bordeaux, en 1530. Un mariage purement politique, qui a mené la nouvelle reine de France à l’isolement et à la solitude, puisque son roi d’époux n’a jamais cessé de fréquenter, à la vue de tous, sa favorite, Anne de Pisseleu, d’une part et, d’autre part, parce que la paix tant espérée avec les Habsbourg n’a été que de courte durée.
Devenue de nouveau veuve en 1547, Éléonore quitte la cour de France avec dignité et sans regret. Elle se réfugie chez sa sœur à Bruxelles avant de retourner, quelque 20 ans plus tard, à Lisbonne pour visiter sa fille. Sourde aux larmes de sa mère, Marie de Portugal la rejette, mais pas son immense fortune, la vie ayant fait d’elle une des femmes les plus riches du Portugal, lorsqu’Éléonore d’Autriche, déchirée par la douleur, meurt, d’une crise d’asthme, sur le chemin de retour, à Talavera, en Espagne.

Celle qui est devenue l’espace d’une vie princesse d’Espagne et reine du Portugal et puis de France, sans avoir pourtant d’autre destin que celui d’obéir, dort à l’Escurial, dans le Panthéon des Infants, à une quarantaine de kilomètres de Madrid.