Une nuit de janvier 1627…

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Naufrage
Claude-Joseph Vernet

La bataille d’Alcacer-Kibir, en 1578, avait sonné le glas d’une période de gloire et de faste. La perte d’un roi immature avait ouvert le chaos de sa succession qui s’achève avec l’occupation du Portugal par Philippe II d’Espagne et sa proclamation en tant que roi en 1581, laissant la gérance  au cardinal Albert d’Autriche, nommé vice-roi du Portugal.
S’ensuit une lourde perte de souveraineté que les Portugais n’allaient retrouver que quelque soixante années plus tard. Mais en attendant ce jour d’octobre de 1640, Espagnols, Hollandais et Anglais (pourtant les plus anciens alliés des Portugais), profitent de la faiblesse du Portugal pour se partager le « gâteau » tant convoité de l’empire portugais. De l’Inde au Brésil.

Le Portugal était un pays profondément humilié et meurtri dans son peuple lorsque le destin décide d’écrire, par une nuit froide de janvier, une nouvelle page noire et sanglante qu’une mer en furie a depuis enfouie dans le silence paisible de l’aube.

Sept navires portugais, dont deux imposantes caraques ainsi que cinq galions de guerre, sont pris au piège d’une terrifiante tempête alors qu’ils se trouvent au large de Saint-Jean-de-Luz et d’Arcachon. Les bateaux où voyagent également la fine fleur de l’aristocratie portugaise sont chargés d’épices, de poivre, de  girofle, de cannelle, puis de soie et de tant d’autres richesses, mais surtout d’une énorme quantité de diamants.

Les quelques survivants qui rejoignent, épuisés, les côtes sont sans pitié dépouillés et massacrés par les habitants des côtes des Landes et du Médoc, trop empressés de fouiller les épaves et les meubles fracassés. Le parlement de Bordeaux et les bourgeois de Saint-Jean-de-Luz ont dû  intervenir énergiquement et fermement pour arriver à porter secours aux naufragés, devenant par la même occasion les plus grands bénéficiaires de cette catastrophe. Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Epernon, s’appropriera une bonne partie des diamants au grand désespoir du cardinal Richelieu qui mettra tout en œuvre pour le dépouiller mais sans succès.

Toujours est-il que dans la France lumineuse de Louis XII, cet épisode a été à l’origine d’une ombre diplomatique entre la France et un Portugal sans gouvernail.

Personne ne peut imaginer l’ampleur de la catastrophe qui a touché des milliers de familles plongées dans le deuil et qui a ruiné non seulement la marine portugaise, mais aussi le commerce.

Cette page de l’Histoire n’est probablement pas définitivement close, puisque quelque part au large des côtes françaises la mer a recouvert de sable les bateaux portant des noms de saints comme Santiago, Saint Joseph, Sainte Isabelle,  Saint Jean, Saint Philippe, etc… où dorment paisiblement, indifférents au temps et aux hommes,  des trésors jamais retrouvés.

L’aventurier, poète et historien D. Francisco Manuel de Melo, rescapé, a écrit cette tragédie dans Epanophore tragiue et je ne puis que vous inviter à la lecture du Naufrage des Portugais sur les côtes de Saint-Jean-de-Luz & d’Arcachon (1627), paru aux Éditions Chandeigne, en 2000.

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